« Dernier mot aux parents » : un terme « non approprié »

Un rapport sur le suivi de l'expérimentation du "dernier mot aux parents", dresse un bilan contrasté de ce système visant à tendre vers une "orientation choisie" et non "subie".

© Olivier Tuffé - Fotolia.com

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Afin de tendre vers une orientation « choisie » et non « subie » par les élèves et leurs familles », 101 collèges expérimentent depuis septembre 2013, le choix donné à la famille dans le cadre de la procédure d’orientation à l’issue de la classe de troisième.

Un rapport d’étape sur le suivi de cette expérimentation, rédigé par l’inspection générale de l’éducation nationale (IGEN) et l’inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR), diffusé par le ministère de l’éducation nationale le 11 décembre, dresse un bilan à mi-parcours.

Un « dialogue renforcé tout au long de l’année »

L’expérimentation du dernier mot aux parents, fixé dans l’article 48 de la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République, « vient pallier deux problématiques reliées au décrochage scolaire : d’une part l’orientation subie (surtout dans la voie professionnelle) et d’autre part une censure lors du choix d’orientation de la part de l’élève, résultat d’une estime faible des capacités d’apprentissage », peut-on lire sur le site de l’éducation nationale. Selon la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco), il s’agit de « favoriser la réussite éducative en suscitant l’implication et l’engagement de chaque élève dans son parcours ».

Le système expérimenté est simple. Normalement, en fin de troisième, les parents expriment avec leur enfant des vœux d’orientation. Ces vœux définitifs sont examinés par le conseil de classe qui émet une proposition. Si cette proposition est conforme aux vœux de la famille, pas de problème. Mais dans le cas contraire, les parents doivent rencontrer le chef d’établissement, qui peut accepter la demande d’orientation de l’élève, en posant la condition que celui-ci s’engage à suivre un dispositif de remise à niveau. Et si le désaccord persiste, la famille dispose de 3 jours pour recourir ou non à une commission d’appel.

L’expérimentation en cours supprime la commission d’appel. Elle privilégie « un dialogue renforcé tout au long de l’année ». Elle prévoit aussi un entretien à la fin de l’année avec le chef d’établissement et le professeur principal et un possible entretien avec un conseiller d’orientation psychologue. En dernier ressort, le choix de la voie d’orientation (le « dernier mot ») est laissé à la famille.

Une « responsabilité nouvelle »

Group of students in a hallway

Group of students in a hallway© AntonioDiaz – Fotolia.com

Concernant les enseignants, « on note une évolution du regard sur les parents et une prise de  conscience de la nécessité de participer à la connaissance du devenir des élèves à l’issue du collège », indique le rapport de l’IGEN et de l’IGAENR.

Les parents, « surpris par l’expérimentation » au départ, « paraissent assez satisfaits dans l’ensemble », constatent les inspecteurs. « Conscients d’une responsabilité nouvelle, ils sont demandeurs d’un dialogue renforcé », indique le rapport, qui constate néanmoins que certains éprouvent « une certaine angoisse à l’idée d’être seuls à assumer la décision finale ».

D’après le rapport, les parents « insistent sur le fait que l’exercice du choix ne saurait dispenser le conseil de classe de jouer un rôle pédagogique, d’apporter un éclairage, de manière à guider les parents et à les aider à mieux assurer et  assumer  leur  prise  de  décision ». Mais globalement, « le droit de choisir est considéré comme positif pour les parents parce qu’il implique davantage de dialogue et de concertation avec les enseignants », ajoutent les inspecteurs.

Familles « éloignées des codes scolaires » : un défi

Le rapport constate en outre que « les familles les plus éloignées des codes scolaires éprouvent de grandes difficultés à venir à la rencontre des équipes éducatives et à dire leur point de vue quant aux choix d’orientation », et « qu’il y a là un défi à relever pour l’institution ».

Les inspecteurs généraux encouragent ainsi l’application de stratégies engagées par certains collèges, comme « la remise individuelle des bulletins, la tenue de réunions d’information hors  enceinte  de  l’établissement  (dans  des  centres sociaux parfois),  ou la mise  en  place d’une école des parents ».

Le « dernier mot », un terme « non approprié »

Enfin, pour l’IGEN et l’IGAENR, qui soulignent une « confusion entre orientation et affectation qui reste forte », l’expression « dernier mot aux parents » n’est pas appropriée. « Elle porte l’idée polémique d’un affrontement presque systématique entre les parents et les équipes éducatives, conflit dont les parents, quoi qu’il arrive, seraient le seul vainqueur », écrivent les inspecteurs.

« La bonne  orientation,  pour  la  plupart  des  équipes  éducatives  interrogées,  est  celle  qui correspond  à  la  décision  du  conseil  de  classe. Ainsi,  les cas  litigieux ayant  donné  lieu  à  des entretiens avec le principal et le conseiller d’orientation‐psychologue à l’issue du conseil de classe du troisième trimestre sont considérés comme résolus quand la famille se range à la décision de l’équipe éducative », indique le rapport.

« Le dernier mot aux parents est alors à interpréter davantage comme l’occasion de renforcer les échanges avec les équipes éducatives et moins comme une opportunité d’exprimer un vœu et de l’assumer », concluent les inspecteurs généraux.

1 commentaire sur "« Dernier mot aux parents » : un terme « non approprié »"

  1. Viviane Micaud  23 décembre 2014 à 14 h 13 min

    Le dernier « mot aux parents » ne changent strictement rien. Le principal problème de fin de 3ème se situe dans l’affectation dans les filières professionnelles pour lequel rien n’est fait.
    Les biais sociaux sont principalement liés à des mécanismes d’autocensure liés aux représentations de la société, pour lequel le « dernier mot » aux parents a plutôt des conséquences négatives.
    L’amélioration du dialogue avec les parents les plus éloignés de l’école n’est nullement lié à ce gadget voulu par l’inspection générale pour supprimer le redoublement, quelque soient les conséquences pour les enfants.Signaler un abus

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