« Un acte d’enseigner pertinent intègre une dimension d’optimisme »

L’école n’est pas épargnée par le pessimisme ambiant... Le Pr Michel Lejoyeux, directeur des services de psychiatrie et d’addictologie des hôpitaux Bichat et Maison-Blanche, livre quelques astuces pour redevenir optimiste.

Pr Lejoyeux

Pr Lejoyeux

Le pessimisme est-il un mal à la mode et pourquoi ?

Je ne pense pas qu’il le soit, en tout cas sur le plan personnel. En revanche, la médiatisation se fait aujourd’hui surtout autour d’informations et d’ingrédients pessimistes. Capter l’attention par la peur est le propre du fonctionnement des médias. Tout se passe comme si l’on réactivait ce plaisir qu’ont souvent les enfants à entendre des histoires horribles. Ce qui plaît, c’est ce qui inquiète. Les médias n’en sont pas responsables mais ils surfent sur notre attrait collectif pour le pessimisme.

Peut-on être un bon enseignant si l’on est pessimiste ?

Dans mon livre « Réveillez vos désirs », je cite l’expérience du psychologue Robert Rosenthal qui confie à deux groupes d’étudiants deux types de rats de laboratoire : certains très intelligents et d’autres simplement normaux. L’objectif est de traverser un labyrinthe. Résultat, au bout d’un mois, les rats annoncés comme exceptionnels développent des capacités hors norme, tandis que les autres ont des capacités banales. Il s’agissait en fait des mêmes rats… Cela prouve que la capacité à être optimiste vis-à-vis de son public est une nécessité. En clair, l’optimisme est contagieux, il est la clé de la réussite. C’est ce que j’appelle la « prophétie auto réalisatrice ». Un acte d’enseigner pertinent intègre forcément une dimension d’optimisme. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, d’avoir des doutes et des motifs d’inquiétude.

Le pessimisme est-il une maladie ? Quels sont les risques ?

Non, mais il expose à de nombreuses maladies. Avec des choses très étonnantes : le pessimisme déclenche, par exemple, les hormones du stress. Des corrélations entre le pessimisme et le risque de coagulation du sang ont été démontrées : plus on est pessimiste et plus on a de chance de développer des caillots. Après un infarctus, les pessimistes ont une espérance de vie moindre par rapport aux optimistes. Par ailleurs, les pessimistes suivent moins bien les recommandations de leur médecin et ils ne croient pas au dépistage. Le pessimisme est donc plutôt un facteur de mauvaise santé.

Comment devenir optimiste ? Des techniques existent-elles ?

Couverture livre

Couverture livre

L’optimisme se nourrit de la satisfaction d’un certain nombre d’envies positives. On n’est pas optimiste par nature. On l’est quand on est capable de reconnaître et de réaliser certaines de ses envies, de ses rêves. Un travail très intéressant a été mené, une nouvelle fois avec des rats. Trois conditions ont été mises au jour pour faire naître l’optimisme :

  • il ne faut pas se sentir en danger, sinon l’optimisme est une vue de l’esprit.
  • il faut être en groupe car toutes les rencontres, avec les enseignants ou les parents, augmentent l’optimisme.
  • On s’est aussi aperçu que les rats sont moins optimistes quand ils perdent la mémoire : autrement dit, il faut être capable de se souvenir de ses réussites.

Parmi les techniques, je suggère de jouer au jeu du loto, en s’interrogeant sur ce que l’on ferait si l’on gagnait le gros lot. C’est une manière de lever la contrainte économique, de s’apercevoir de l’étendu de ses désirs et que ces derniers ne sont pas forcément les choses les plus clinquantes.

Je préconise aussi d’essayer d’entendre la « voix intérieure ». C’est l’expérience de Woody Allen dans Annie Hall, il entend parler Diane Keaton, qui exprime ses vrais désirs. Il s’agit là d’un travail d’introspection qui vise à rechercher ses désirs profonds.

Et puis, grande histoire de psychologie : l’effet « ours blanc » . Léon Tolstoï se voyait imposer par son frère de ne jamais penser aux ours blancs. Et évidemment, très vite, il en était obsédé. Quand on impose quelque chose, notre esprit a le goût du contraire. C’est donc aussi de manière paradoxale par l’interdiction que l’on peut retrouver l’envie.

 

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