Allergies : sont-elles bien prises en charge à l’école ?

Quelques drames récents nous rappellent que les allergies, heureusement rares, sont à prendre très au sérieux. Une pathologie mieux encadrée, à l’école, grâce au projet d’accueil individualisé (PAI).

Pascale Couratier

Pascale Couratier

L’actualité nous le rappelle parfois avec force : les allergies ne sont pas à prendre à la légère. Chez l’adulte comme chez l’enfant, un choc anaphylactique (réaction exacerbée) pris en charge trop tardivement peut s’avérer fatal. C’est pourquoi, depuis 2003, les parents d’élèves asthmatiques et allergiques, notamment, ont la possibilité de demander à l’établissement scolaire de leur enfant de mettre en place un projet d’accueil individualisé (PAI). Rédigé sur la base des données transmises par le médecin de la famille, après avoir réuni pour une concertation les parents, le médecin scolaire, le directeur d’établissement et la collectivité, ce document détaille les mesures à prendre pour faciliter la vie de l’élève en collectivité et assurer sa sécurité : régime alimentaire, précautions nécessaires, médicaments à administrer, contenu de sa trousse d’urgence… Ensuite, la formation des enseignants chargés d’appliquer le PAI relève de la responsabilité du médecin scolaire, celle du personnel de restauration revient à la collectivité locale.

8% d’enfants allergiques

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Le choc anaphylactique peut se traduire par des démangeaisons, de l’urticaire, un œdème de Quincke touchant la gorge, de l’asthme, des nausées, des douleurs abdominales… On parle de choc lorsque deux symptômes se manifestent. La tension artérielle risque alors de chuter très vite, une tachycardie et un malaise survenir.

L’Afpral publie des guides pédagogiques et pratiques destinés aux enseignants et aux responsables de restauration scolaire rédigés avec les parties prenantes, validés par l’AFNOR et par l’ANSES.

Pour Pascale Couratier, présidente de l’Association française pour la prévention des allergies (Afpral), l’organisation des repas doit privilégier la sécurité, mais avec pragmatisme, sans mettre l’enfant à l’écart. « Certains sont encore contraints de manger seuls à l’infirmerie alors qu’ils sont capables de refuser un aliment allergène, par exemple », regrette-t-elle. Selon cette dernière, 8% des enfants environ connaissent des problèmes d’allergie, 4 à 5% d’ordre alimentaire. « Mais tous ne bénéficient pas forcément d’un PAI… », précise-t-elle. Lorsque des symptômes se manifestent, en l’absence ou non d’un PAI, le Samu (15) doit être appelé immédiatement, sans hésitation, comme le confirme le protocole national sur l’organisation des soins et des urgences dans les collèges et les lycées. « C’est au chef d‘établissement d’organiser la réponse à l’urgence », indique Béatrice Gaultier, co-secrétaire générale du syndicat national des infirmier(e)s conseiller(e)s de la santé (SNICS) de l’Education nationale.

Un stylo salvateur

En cas de doute, Pascale Couratier insiste sur la nécessité d’utiliser les stylos injecteurs d’adrénaline, si l’école en a à sa disposition, dans la trousse d’urgence de l’enfant. « La manipulation est simplissime, à la portée de tous. Et il faut absolument garder en tête qu’une injection inutile ne provoque pas de réaction secondaire grave, alors que pas d’injection du tout peut être fatal ! » Utiles pour faire face avec sérénité à toute situation, les formations au secourisme pour les enseignants ont tendance à se développer. Mais elles gagneraient à se généraliser. Pour Pascale Couratier, les équipes éducatives auraient aussi intérêt à se tenir informées plus souvent sur le sujet. « La recherche avance et les prises en charge évoluent régulièrement… »

Un débat à mener

En janvier 2015, l’affichage des allergènes les plus courants, présents au menu, sera obligatoire dans les cantines. De quoi rassurer beaucoup de monde, mais sans pour autant faire disparaître le problème de fond, toujours plus crucial. Aujourd’hui, en effet, le monde éducatif recense déjà quelque 200 000 PAI. « Deux à trois par classe », note Pascale Couratier. Et leur nombre continue de s’accroitre, tout comme celui, exponentiel, des personnes allergiques… « Selon les statistiques européennes, 50% de la population pourrait être concernée en 2030 ! » Une situation critique qui devrait inciter chacun à réfléchir sérieusement à la question de la qualité de l’alimentation proposée aux élèves, notamment à la cantine ou au self, estime Béatrice Gaultier. « Le débat s’inscrit légitimement dans le cadre de l’éducation à la santé qui fait elle-même partie des missions de l’école. On ne peut pas se contenter de répondre à l’urgence ! Le personnel, les parents et les élèves doivent ouvrir démocratiquement la discussion. Quel niveau d’exigence devons-nous avoir ?»

Nadia Gorbatko

3 commentaires sur "Allergies : sont-elles bien prises en charge à l’école ?"

  1. Françoise  19 décembre 2014 à 18 h 23 min

    Vous parlez de médecin scolaire. Dans mon école, 5 PAI pour allergies dont 4 alimentaires et pas de médecin scolaire qui vient dans l’école pour nous décrypter et expliquer l’ordonnance du médecin traitant. Il nous appartient donc, enseignants comme personnel municipal ou des centres aérés de nous débrouiller. C’est nous imposer des responsabilités en plus sans nous donner les réels moyens.Signaler un abus

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    • Barreau-Yu  22 décembre 2014 à 13 h 51 min

      Françoise, vous soulevez le problème de la non présence du médecin scolaire. Effectivement, c’est inacceptable : le médecin scolaire doit être présent pour expliquer et former les enseignants aux soins d’urgence et à la manipulation du stylo-injecteur d’adrénaline, geste qui peut sauver une vie en cas de réaction allergique grave. Insistez pour qu’il vienne (une allergie n’est pas une pathologie banale, la vie peut être mise en jeu). Seulement, les médecins scolaires semblent être affectés à tellement d’établissements qu’ils ne peuvent être partout (le médecin départemental de Loire Atlantique a envoyé un courrier aux infirmières scolaires expliquant que des économies devaient être faites …. sur le dos de nos enfants, bien sûr ! ) Depuis ce courrier, ce sont les professeurs (dont je fais partie) qui doivent rédiger eux-mêmes, par exemple, les aménagements scolaires pour les enfants dys, par exemple… imaginez les dérives possibles !). Je crois qu’on se moque de nous et surtout des enfants…

      Par ailleurs, concernant la formation aux premiers secours des enseignants ( PSC1), la manipulation du stylo -injecteur d’adrénaline n’est pas encore enseignée ! J’avais fait la remarque à la personne qui avait fait la formation dan mon collège.
      Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir !

      Patricia Barreau-Yu Signaler un abus

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  2. Marthe  23 décembre 2014 à 0 h 11 min

    Merci pour vos articles. Si dans l’école élémentaire de mon fils son PAI est bien appliqué par les enseignants, j’ai dû me battre contre la négligence et la mauvaise volonté des agents municipaux de la garderie qui n’adhèrent pas au PAI. La mairie leur a à peine expliqué de quoi il s’agit et n’exige pas d’elles de l’appliquer, ni même de faire attention à ce qu’elles lui donnent au goûter. Pendant des mois ce fut un bras de fer incompréhensible! Depuis qu’un centre aéré avec des animateurs formés (et bienveillants envers le petit allergique et ses parents!) est ouvert, je respire enfin.. Mais je n’ai pas encore fini, je galère encore pour avoir des informations sur les ingrédients qui composent les repas. Aucune information n’est inscrite sur les barquettes livrées par le restaurateur. Les menus changent au dernier moment, des plats sont servis sans être prévus au menu. Tout cela dans l’indifférence de la municipalité (et même du centre médico scolaire du secteur!). Sans parler des réflexions que mon fils (7 ans!) et moi supportons (« c’est de l’esbroufe pour rien », « tu n’es pas allergique à ta mère? » ) Lettre avec accusé de réception, demande de rendez vous au maire, ils réagissent à peine!. Mon mari et moi agissons crescendo pour que les choses changent, mais quelle galère!Signaler un abus

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