Cyberviolence : « la majorité des jeunes est concernée »

Un collégien sur cinq est touché par la cyber-violence révèle une enquête du ministère de l’Education. Décryptage avec Catherine Blaya, présidente de l’Observatoire international de la violence à l’école, et professeure en sciences de l’éducation à l’ESPE de Nice.

Cyberharcèlement

Cyberharcèlement © Dan Race – Fotolia.com

Selon l’enquête de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), 18% des collégiens déclarent avoir été victimes de la cyber-violence en 2013 : faut-il s’en inquiéter et pourquoi ?

C’est un impératif ! Comme pour le harcèlement « traditionnel », les conséquences de la violence par SMS ou sur Internet peuvent être très graves. Ce phénomène peut conduire une victime à commettre une tentative de suicide. La cyber-violence est d’autant plus difficile à vivre que la victime n’a pas de répit : les insultes et brimades s’exercent sur la toile 24h/24 et 7j/7. De plus, bien souvent les victimes le sont aussi dans leur établissement scolaire. Ce sont donc des jeunes particulièrement vulnérables.

La cyber-violence concerne plus de jeunes qu’on ne le croit. Selon l’enquête de la DEPP, un jeune sur cinq en est victime, mais on oublie l’agresseur et les témoins. La plupart du temps, les cyber-agresseurs le deviennent pour gagner en popularité au sein d’un groupe de pairs. De leur côté, les témoins de violences régulières souffrent de traumatismes psychologiques. La majorité des jeunes est donc concernée par ce phénomène. Les recherches de l’Observatoire international de la violence à l’école (1) montrent que 72% des agresseurs sont aussi victimes et que 48% des victimes sont aussi agresseurs.

Comment expliquer que la cyber-violence touche plus les filles (21%) que les garçons (15%) ?

Il s’agit d’une violence psychologique, le plus souvent à caractère sexiste, qui cible l’apparence. D’une part, les filles sont plus vulnérables à ce genre d’attaques. D’autre part, elles osent plus que les garçons sur la toile. La différence, qui existe entre les deux sexes dans la violence « traditionnelle », est réduite sur Internet même si les filles restent plus touchées par le phénomène. Elles publient davantage leur photo que les garçons. Elles sont beaucoup plus dans une « extimité », c’est-à-dire une mise en scène de leur vie privée et de leur image. Les garçons se targuent d’ailleurs de pouvoir « casser » très facilement une fille, en la traitant par exemple de grosse. Les filles se font souvent les instruments de la domination masculine car pour écarter une autre fille, dont elles seraient par exemple jalouses, elles utilisent les mêmes arguments en attaquant sur l’apparence.

La violence progresse-t-elle dans les établissements scolaires ou est-ce qu’elle s’est déplacée sur Internet ?

L’augmentation de la cyberviolence est à nuancer. Les campagnes de sensibilisation contre ce type de violences dans les établissements libèrent la parole et entrainent mécaniquement une augmentation des déclarations. Ce qui est sûr : l’utilisation des réseaux sociaux et du cyberespace progressent, et l’on sait très bien que la cyberviolence est corrélée au temps passé et à la diversité des activités sur Internet. En moyenne, la violence n’augmente pas, sauf dans certains établissements où les populations sont plus vulnérables. On ne peut pas parler non plus de migration de la violence mais plutôt d’une porosité entre ce que les jeunes appellent la « real life » et ce qui se passe sur le web, car la communication est continue. En clair, on parle sur la toile de ce qui s’est passé au collège et, inversement, au collège on règle ce qui s’est passé sur la toile.

Quels conseils donner aux enseignants et aux parents pour agir ?

La cyberviolence a le pouvoir de détruire une réputation et une image en un clic. Une fois le message lancé, l’agresseur lui-même n’en est plus maître. Les autres peuvent contribuer à le disséminer et y ajouter leur griffe. Les enseignants et les parents ont un rôle à jouer, en écoutant et en prenant au sérieux la parole des jeunes, sans penser spontanément que ce n’est pas grave et qu’ils vont apprendre à se défendre seuls. Interdire l’accès au net n’est pas la solution, ce n’est pas pour ça que les messages ne circuleront plus. Il est vain de vouloir tout contrôler. Ainsi, il ne faut pas couper le dialogue avec les jeunes. Mieux vaut dialoguer avec eux sur ce qui se passe sur la toile, les prévenir des risques et leur enseigner un usage positif de l’outil… Et si le jeune n’a pas envie de parler, il existe des services d’écoute, comme Jeunes violences écoute  et Net écoute  (0800 200 000), ou encore les psychologues scolaires. Il est important aussi que les témoins interviennent, en parlant à un adulte. Sourire et faire passer le message agressif ou insultant, c’est déjà devenir complice de la cyberviolence.

Note(s) :
  • (1) Catherine Blaya est présidente de l’Observatoire international de la violence à l’école et professeure en sciences de l’éducation à l’ESPE de Nice

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