L’évaluation des élèves en chantier

Le CSP a remis au gouvernement ses propositions pour mieux valider les acquis du socle commun. Ses préconisations pourraient bouleverser le système d'évaluation actuel.

Copies doubles

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Le Conseil Supérieur des Programmes (CSP) a mis en ligne, lundi 1er décembre, ses propositions pour l’évaluation et la validation des acquis du “socle commun de connaissances, de compétences et de culture” – ce que l’élève doit maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire.

Le document, remis au gouvernement, rompt avec le système d’évaluation actuel, puisqu’il préconise, pêle-mêle, l’abandon des moyennes, la fin de la toute-puissance des notes chiffrées, et la mort du brevet tel que nous le connaissons.

Une refonte de la notation

Pour que l’évaluation des acquis des élèves soit plus efficace et “plus objective”, le CSP s’attaque d’abord à la notation. “Des travaux de recherche ont montré que la note n’était pas une mesure parfaitement neutre, qu’elle était relative au contexte”, écrit le Conseil.

Plutôt que de supprimer purement et simplement la notation, le CSP conseille de “réfléchir aux manières de la concevoir et de la moduler”. L’objectif étant de lui permettre “d’indiquer réellement la situation d’un élève”, plutôt que de servir “d’outil de récompense ou de sanction”. Pour mettre  en  place  une  évaluation “positive”, le CSP envisage l’utilisation “d’autres mesures que la notation décimale” – autrement dit, la fin des notes sur 20.

Le Conseil Supérieur des Programmes propose aussi d’en finir avec les “moyennes de moyennes”, qui créent un système de “compensation généralisée”, sans fournir “d’indications sur les apprentissages de l’élève”.

A la place des notes sur 20, utilisées jusqu’ici pour valider un cycle d’apprentissage ou pour évaluer l’acquisition du socle commun de connaissances, le CSP propose de mettre en place un nouveau barème – des “grilles à 6 ou 7 niveaux” d’évaluation, basées sur le système de notation allemand (de 1 à 6) et sur les “lettres” américaines.

Ces grilles sont très précises, et évitent une tradition française qui consiste, à travers les notes inférieures à 10, à valoriser l’échec plutôt que d’encourager la réussite », explique Michel Lussault, président du CSP, à BFM TV.

Un parcours éducationnel

note contrôle

© imagika – Fotolia

Le CSP propose de “mettre fin à la concurrence entre l’évaluation des programmes et celle du socle”. En d’autres termes, il propose de “redéfinir” le diplôme du brevet et de remplacer le système actuel par une procédure “simple et cohérente”, permettant d’associer l’évaluation progressive des acquis (à chaque fin de cycle) et la “validation terminale” du socle commun.

Dans une “logique de parcours”, associant contrôle continu et examen final, le CSP préconise la suppression du Livret personnel de compétences (LPC). Il propose à la place la tenue “d’évaluations bilans”, à “certains moments de l’année”, et  à chaque fin de cycle, du CP à la fin du collège.

Le CSP veut faire correspondre, aux 5 domaines du socle commun, 8 blocs de compétences, et à ces blocs, des niveaux de maîtrise, attendus à l’issue des différents cycles.

Durant l’année, les “bilans d’acquis” seraient réalisés à partir “d’observations d’activités de classes” et de “situations d’évaluation sommative”. Lors des fins de cycle, il s’agirait d’exercices choisis dans une “banque nationale”. A terme, les évaluations bilans permettraient de suivre les progressions de l’élève, et de “faire apparaître des niveaux de maîtrise.”

Un brevet remodelé

Plutôt que le brevet actuel, qui se situe en fin de 3ème et qui comporte trois matières (histoire-géographie, français, mathématiques), le CSP propose de valider l’acquisition du socle commun tout au long du cycle 4, tout en gardant les épreuves finales. Valider le socle devrait en outre permettre à l’apprenant d’obtenir automatiquement son diplôme.

Les élèves devraient conduire deux “projets personnels”, de type TPE, en 4ème et en 3ème. Ils seraient aussi évalués au cours du cycle lors d’épreuves “certificatives”. Enfin, une “épreuve terminale” d’examen, anonymée et nationale, devrait permettre d’évaluer “plusieurs compétences du socle”.

sujets brevet 2014 français mathématiques

Examen du brevet © pst – Fotolia.com

“Des ruptures significatives”

Ces différentes phases d’évaluations pourraient se faire “avec ou sans notes”, celles-ci “n’étant qu’un des moyens possibles pour rendre compte du niveau de l’élève”, indique le CSP. Enfin, le Conseil écarte la possibilité de valider les acquis d’un bloc de compétences grâce à ceux d’un autre – ce qui mettrait fin au système actuel de compensations.

Pour le Syndicat des enseignants (SE-UNSA), les propositions du CSP “marquent des ruptures significatives avec les pratiques traditionnelles d’évaluation et de certification” du système éducatif. “En restructurant  le socle commun en 8 blocs de compétences non-compensables entre eux pour la certification, elles rompent avec la logique de la moyenne générale”, note le syndicat.

“En proposant des descripteurs qualitatifs des niveaux de maîtrise attendus à la fin de chaque cycle pour chaque bloc de compétences, le CSP permet aussi de sortir de la multiplication des items à valider, tout en offrant une alternative aux notes chiffrées et aux moyennes”, conclut le SE-UNSA.

5 commentaires sur "L’évaluation des élèves en chantier"

  1. Loys Bonod  3 décembre 2014 à 22 h 50 min

    On se demande bien en quoi le CSP, chargé de proposer des programmes, serait légitime pour proposer une réforme sur l’évaluation qui n’entre pas dans sa lettre de mission. D’autant qu’une « conférence de consensus », avec un jury bien choisi, est organisée simultanément. Serait-ce le bateau ivre, ou bien le port d’attache serait-il déjà fixé ?Signaler un abus

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  2. Il Rève  4 décembre 2014 à 7 h 30 min

    Changer le système d’évaluation des élèves pour que rien ne change. Ce n’est pas de la faute de la note si l’élève ne réussit pas. C’est la faute du système d’enseignement qui n’est pas conçu comme un lieu d’apprentissage et de transmission de connaissances. La classe est le plus souvent un lieu d’exposition des connaissances, le plus souvent par le professeur. La classe n’est pas le lieu de l’intériorisation, incorporation de ces mêmes connaissances. L’apprentissage des leçons se fait ailleurs. A la maison, le plus souvent. Et l’on mesure ce que d’une part la séparation entre l’enseignement et l’apprentissage et d’autre part la différenciation des lieux de l’apprentissage (qui sont directement liés au CSP des familles) peut apporter d’incohérence, d’injustice, et d’irresponsabilité. Incohérence car l’école qui doit instruire, éduquer et former ce dédouane de ses missions en les exportant à l’extérieure de son enceinte. Injuste car les familles sont inégalitaires entre elles, ainsi que les quartiers inégaux entre eux, voire certains départements. Irresponsable car l’apprentissage se faisant hors les murs de l’école elle ne peut en aucun cas en revendiquer ni la maitrise ni la responsabilité. Cela devient « de la faute de l’élève ».
    Pour pallier a autant de dysfonctionnements il est nécessaire de répondre dans les faits à quelques questions très simples.
    Comment remettre l’école au centre des apprentissages culturels fondamentaux ?
    Quelles pratiques d’évaluation des acquisitions, en termes de connaissances, de compétences et d’attitudes doit on mettre en place pour favoriser la constitution d’un citoyen cultivé, autonome et social?Signaler un abus

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  3. Il Rève  4 décembre 2014 à 8 h 48 min

    Complément à « changer le système…
    « Comment remettre l’école au centre des apprentissages culturels fondamentaux ?
    Autrement dit comment faire du lieu de la classe le centre des acquisitions des connaissances, compétences et attitudes ? Ce qui suppose que le rôle de l’enseignant s’infléchisse vers celui qui « permet de faire apprendre en classe ».
    Quelles pratiques d’évaluation des acquisitions, en termes de connaissances, de compétences et d’attitudes doit on mettre en place pour favoriser la constitution d’un citoyen cultivé, autonome et social ?
    Autrement dit l’évaluation des productions des élèves doit permettre d’une part de mettre en évidence le niveau de connaissances, compétences et attitudes, d’autre part identifier la nature des déficits culturels associés, enfin proposer des temps de remédiations favorable à une « nouvelle étape » d’acquisition.

    Mais si cette voie n’est as adoptée, il y a de fortes hypothèses pour que l’échelle de notation de 0 à 20, trouve par accolement une correspondance directe avec des lettres A B C et D ou avec des couleurs Vert, Bleu, Jaune et Orange.
    Et surtout ne dites pas que les ESPE, hier les IUFM, ne forment pas les enseignants à ce type de démarche (à l’observation / évaluation des productions des élèves comme processus d’enseignement / apprentissage) eux qui depuis bientôt 20 ans (les ESPE bien souvent se situent dans la continuité des IUFM, le montant et la répartition des moyens en baisse le plus souvent) tentent dans des dispositifs innovants (c’est à dire réalistes et contextualisés) de formation de faire passer les jeunes enseignants d’une approche empirique de la relation pédagogique à une construction rationnelle de leur intervention auprès des élèves.Signaler un abus

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  4. Viviane Micaud  5 décembre 2014 à 16 h 52 min

    La proposition du CSP est pour moi, un document d’entrée pour le jury de la conférence de consensus. C’est plus facile de travailler en critiquant une proposition que de bâtir sur du sable.
    Les membres de la conférence de consensus devront se poser des questions sur la faisabilité et sur la pertinence de cette proposition.
    Ce qui me gène le plus est que l’on ne voit pas la rupture : Avant 12ans (fin de 6ème) et entre 12 et 15 ans le temps de l’adolescence où l’enfant a besoin de repères pour se projeter dans l’avenir. Or, cette limite est fondamentale. Aucun pays n’a pas d’évaluation quantifiée qui sert de repères après 15 ans.Signaler un abus

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    • Viviane Micaud  5 décembre 2014 à 16 h 54 min

      J’ai fait une erreur de frappe dans le dernier message. Je voulais écrire à la fin du dernier paragraphe après 12 ans.Signaler un abus

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