Relaxé en première instance, un prêtre jugé en appel pour avoir hébergé des sans-abris

logo AFP

Le Père Gérard Riffard, 70 ans, relaxé en septembre pour avoir ouvert une salle paroissiale à des demandeurs d’asile à Saint-Etienne, comparaissait à nouveau devant la justice mardi à Lyon après un appel du parquet.

Officiellement, le septuagénaire comparaissait pour une infraction à l’urbanisme. Pour avoir enfreint un arrêté municipal en hébergeant des sans-abris dans une salle paroissiale, la justice a considéré qu’il avait « ouvert sans autorisation un établissement recevant du public ».

Mais les débats se sont focalisés sur l’urgence de l’accueil des personnes en détresse, que l’Etat ou les services sociaux ne prennent pas en charge: « Ce n’est pas un dossier d’urbanisme! », a ironisé l’avocate du mis en cause, Me Chantal Jullien.

Celle-ci a notamment rappelé que « le délit de solidarité a été aboli le 30 décembre 2012 »: « On ne poursuit plus et on ne condamne plus ceux qui font preuve de générosité! », a-t-elle souligné, en référence à cet ancien délit d’aide aux sans-papiers qui pouvait valoir cinq ans de prison et 30.000 euros d’amende.

Lorsque les demandeurs d’asile frappent à la porte du prêtre, « ils ont épuisé toutes les demandes d’hébergements, ils courent un immense danger dans la rue », a ajouté l’avocate. Le prêtre, qui accueille toujours une cinquantaine d’adultes et une quinzaine d’enfants a invoqué la nécessité « de mettre à l’abri » des personnes en détresse.

Appelé à la barre, un témoin a impressionné la cour: Paul Bouchet, « 90 ans passé », ex-bâtonnier de Lyon, ex-conseiller d’Etat et président d’ATD Quart Monde, a élevé la voix pour rappeler que « la rue peut tuer ».

« Il ne faut pas en faire un coupable mais un exemple! », a lancé M. Bouchet, fin connaisseur des arcanes du pouvoir et des chiffres: le 115 ne satisfait pas la moitié des demandes, selon lui.

Rappelant que le Père Riffard était une personne « éminemment respectable » l’avocat général, Denis Vanbremmersch a reproché au contrevenant d’être « un électron libre » n’ayant pas obéi aux « règles sociales ».

L' »enfer est pavé de bonnes intentions », a-t-il dit, estimant que les réseaux d’immigration clandestine profitaient de ces accueils.

Il a requis une peine-amende « partiellement ou totalement assortie de sursis » de 5 euros par jour d’hébergement reprochés, soit 1.200 euros au total puisque la justice avait relevé 239 jours de non respect de l’arrêté.

En première instance le parquet avait requis une peine dix fois plus élevée: 50 euros x 239 jours.

Peu avant le procès une quarantaine d’enseignants de Lyon et Vaulx-en-Velin, qui occupent entre cinq à six écoles chaque soir pour héberger des enfants sans-abris, manifestaient devant les grilles du palais de justice pour soutenir le prêtre.

Le jugement a été mis en délibéré au 27 janvier prochain.

Tous droits de reproduction et de représentation réservés. ©2014 Agence France-Presse
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Recherche dans les archives

Vous