Rythmes scolaires : les grandes villes font les comptes

Les nouveaux rythmes scolaires coûteraient cher aux grandes villes. La pérennisation du fonds de soutien au-delà de 2015-2016 vient cependant d’être annoncée. Le point avec Jean-Luc Moudenc.

Jean-Luc Moudenc

Jean-Luc Moudenc

Jean-Luc Moudenc est le maire (UMP) de Toulouse, le président de Toulouse Métropole et de l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF).

L’enquête de l’AMGVF révèle un surcoût de 2 millions d’euros en moyenne pour les grandes villes, engendré par la mise en œuvre des nouveaux rythmes scolaires . Ce chiffre est-il représentatif ?

Nous l’avons calculé à partir des réponses de 22 grandes villes. Celles qui ont mis en place la réforme à la rentrée 2013 nous ont fourni un montant définitif. Celles qui ne l’ont instaurée qu’à la rentrée 2014, une estimation. Ce surcoût représente le montant que les municipalités doivent puiser dans leur budget, une fois soustraites les aides du fonds d’amorçage, celles des caisses d’allocations familiales et la participation des parents.

Les aides du fonds d’amorçage ont pourtant été suffisantes à certaines villes pour couvrir intégralement les dépenses liées à la réforme. Comment l’expliquez-vous ?

Les villes qui ont affiché un surcoût nul ou modéré sont souvent celles qui disposaient déjà d’un accueil périscolaire, d’un centre de loisir associé à l’école. A l’image de Toulouse, où nous nous sommes appuyés sur le dispositif existant : une organisation éprouvée, des animateurs déjà formés…

L’un des points faibles de cette réforme est son application uniforme sur le territoire national, sans tenir compte des spécificités des municipalités. Il aurait été préférable qu’elle soit instaurée progressivement, au rythme des possibilités financières des collectivités.

Le surcoût à la charge des municipalités baissera-t-il dans les prochaines années ?

Il n’y a pas vraiment de raison qu’il diminue, bien au contraire. Le poste de dépenses le plus important concerne le personnel et sera constant. De plus, certaines villes ont planifié la construction ou l’aménagement de locaux dédiés, entrainant des frais supplémentaires dans les prochaines années. Le fonds d’amorçage ne couvre que la moitié du coût réel de la réforme. Dans un contexte de baisse des dotations aux collectivités locales, les difficultés budgétaires des municipalités risquent de s’accroître. Au final, nous risquons d’être contraints de demander aux familles de participer au financement du périscolaire lorsqu’elles ne le faisaient pas, ou de majorer les participations existantes. Mais cette ressource est limitée car chacun souhaite conserver le caractère social de la démarche.

La majorité des villes ayant répondu à l’enquête sont des villes de droite. La réforme des rythmes scolaires n’est-elle pas un moyen de contester une fois de plus l’action du gouvernement ?

Non, notre objectif est de partager avec l’Etat le constat des dépenses réelles engagées, dans le dialogue. Nous allons engranger moins de recettes et devoir supporter plus de charges, alors que nous avons pris des engagements de stabilité fiscale. Nous sommes donc satisfaits que le Premier ministre Manuel Valls ait annoncé la pérennisation du fonds de soutien aux rythmes scolaires.

De plus, huit villes de gauche ont participé à l’enquête. Avec 22 villes répondantes, les dernières élections municipales ayant été très favorables à la droite, nous avons considéré que l’échantillon était représentatif.

En dehors des difficultés budgétaires, quels types de problèmes les municipalités ont-elles dû gérer au moment de la mise en place de la réforme ?

Notre enquête révèle aussi des difficultés organisationnelles : recrutement d’animateurs diplômés en nombres suffisant, répartition des enfants dans les activités, crispation ou grèves des personnels municipaux, manque de locaux… Ainsi que des soucis relationnels, notamment avec les parents d’élèves qui espéraient d’autres activités plus coûteuses que celles mises en place, ou qui voyaient leur quotidien bouleversé par la réforme. Des tensions décrites avec les enseignants également, parfois bousculés en raison de la mise à disposition de leurs salles. Les maires et leurs adjoints sont en première ligne pour gérer toutes les conséquences de la réforme sur le terrain.

 

Lucie Pehlivanian

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