Faut-il sélectionner à l’entrée en licence ?

Trois présidents d'université, François Germinet, Gilles Roussel et Pascal Reghem, nous répondent.

François Germinet

François Germinet

Difficile de ne pas s’entendre sur les derniers chiffres officiels  : en France, les étudiants issus de baccalauréats professionnels ne sont que 3,2% à réussir leur licence en 3 ans, contre 33% pour les étudiants issus de baccalauréats généraux. « Je les appelle les oubliés du système, explique François Germinet, président de l’Université de Cergy-Pontoise. Au sein de mon établissement, seuls 10 des 250 étudiants issus de bacs pro parviennent avec succès au terme de leur licence. Côté bacs techno, ils sont environ 15%, contre 60% chez les élèves issus des filières générales. »

La sélection, un tabou

Pour autant, la sélection demeure un terme tabou, chez les présidents d’université comme ailleurs. Pour Gilles Roussel, président de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, le cœur du débat se trouve davantage autour de la question des pré-requis : « Un bac pro commercial suffit-il pour faire aboutir des études de droit ou de mathématiques ? Aujourd’hui, nous n’avons pas le droit de poser cette question, alors qu’elle est fondamentale pour la réussite de l’étudiant. »

L’enseignement supérieur met progressivement en place des réponses face à l’augmentation du nombre d’étudiants et à

Gilles Roussel

Gilles Roussel © Photothèque UPEM / Photographe : Yann PIRIOU

l’hétérogénéité de leurs parcours. A l’Université du Havre, le diplôme préparatoire aux études scientifiques (DUPrES) permet depuis 5 ans aux étudiants qui ne proviennent pas de la filière scientifique de combler certaines lacunes. « Ils intègrent ensuite des licences mais majoritairement ils partent en DUT, en BTS ou en école d’infirmière, commente Pascal Reghem, à la tête de l’Université. Exercices, pédagogie adaptée, nous mettons des moyens importants à la disposition de cette vingtaine d’étudiants avec un projet professionnel clair. »

Bientôt une « année zéro » ?

À Cergy-Pontoise, c’est un semestre « nouveau départ » qui est proposé à une cinquantaine d’étudiants de licence 1 en cours de décrochage. « Nous revenons avec eux sur les fondamentaux de l’enseignement qu’ils suivent, mais nous retravaillons aussi leur projet professionnel, en cherchant quelle formation pourrait leur permettre de le mener à bien », explique le président de l’Université, soulignant qu’au terme de ce semestre, les étudiants recommencent une première année, au sein de l’université ou ailleurs.

Dernièrement, une troisième proposition a été avancée par la Conférence des Présidents d’Université : celle d’une « année-zéro », imaginée entre le baccalauréat et la licence 1, que devraient valider les étudiants dont le parcours dans le secondaire n’est pas suffisamment cohérent avec le choix de licence. « Pour nous, c’est du bon sens plus que de la sélection, affirme Gilles Roussel. Il ne s’agirait pas d’aller vérifier des notes, mais des garanties de sérieux. Elle permettrait à l’étudiant de combler certaines lacunes et surtout d’être sensibilisé au travail universitaire, ainsi qu’aux parcours professionnalisants qui pourraient lui convenir. »

Pascal Reghem

Pascal Reghem (15 mai 2012)

Ce n’est pas pour autant que les présidents d’université s’opposent à l’objectif fixé d’amener 50% d’une classe d’âge au niveau licence. « Parce que le diplôme de l’enseignement supérieur est le premier rempart contre le chômage, indique François Germinet, et parce que l’université est un temps de respiration entre le bac et la vie professionnelle. Mais ce n’est pas le seul et nous serions ravis d’accueillir davantage de jeunes ayant déjà vécu une expérience professionnelle. »

 

Victor Alexandre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous