« Aider les femmes à accéder aux plus hautes fonctions universitaires »

L’Agence universitaire de la francophonie vient d’organiser un colloque international sur la place des femmes à l’université. Bernard Cerquiglini, recteur de l’AUF, nous en dit plus.

Bernard Cerquiglini

Bernard Cerquiglini

Lors du colloque « Femmes universitaires, Femmes de pouvoir ? », qui a eu lieu à Dakar les 13 et 14 novembre derniers, quel constat a été fait ?

Le constat est clair : un plafond de verre surmonte l’enseignement supérieur dans les pays francophones. Il se situe exactement entre doyenne et présidente d’université. Les femmes ont du mal à accéder aux plus hautes fonctions. Nous avons considéré qu’il était de notre devoir de les aider car depuis 53 ans que l’AUF existe, nous avons d’abord aidé les jeunes filles à suivre des études supérieures, puis les jeunes femmes à faire des carrières universitaires, maintenant la suite logique est d’aider les femmes à accéder aux plus hautes fonctions universitaires.

Une charte pour l’égalité femmes-hommes a été adoptée début 2013, des réseaux se sont constitués… Que préconisez-vous pour aller plus loin ?

Nous constituons un réseau de plus ! Avec 800 établissements adhérents, l’AUF a créé un réseau francophone des femmes responsables d’université pour qu’elles se connaissent, se réunissent et travaillent ensemble. Ce premier colloque international ne s’est pas tenu par hasard à Dakar. Dans quelques jours, les 29 et 30 novembre, se tiendra dans la capitale du Sénégal  le XVe sommet de la francophonie autour du thème de la jeunesse et des femmes comme moteurs du développement. Le but était donc de formuler des recommandations aux chefs d’Etat et de gouvernement qui participeront au sommet, car beaucoup de choses relèvent du politique. C’est à eux de former et de sensibiliser les responsables universitaires actuels. Il est par exemple possible de rappeler à un président d’université qu’il serait judicieux de nommer deux femmes et deux hommes lorsqu’il a 4 doyens auprès de lui. Installer un observatoire de la parité au sein de chaque université est une autre préconisation, tout comme financer des travaux de recherche pour produire des données scientifiques sur la situation des femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche. Même si les universitaires doivent se prendre en main, dans les pays où le président est élu, il y a aussi beaucoup à faire du côté du politique.

Quelle est la situation en dehors de la France, dans les autres pays francophones ? Y a-t-il un exemple à suivre ?

Non, globalement c’est médiocre partout. Entre 8 et 15% de femmes ont accès aux plus hautes responsabilités dans l’enseignement supérieur. Ce qui est curieux, c’est que dans les organismes de recherche, les choses progressent. Ce qui prouve que l’inégalité n’est pas inscrite dans le marbre. Ce qui est regrettable c’est que l’enseignement supérieur, lieu de savoir, de réflexion et d’autonomie de la pensée, reproduit les discriminations.

En matière d’inégalités, pourquoi la parité à l’université est-elle la priorité ? Est-ce vraiment le plus important ?

Bien sûr qu’il y a de nombreuses autres urgences. Il faut notamment que les universités du sud améliorent leur gouvernance, qu’elles se saisissent des technologies de l’information et de la communication, qu’elles repensent leur curriculum pour une meilleure professionnalisation… Mais il ne faut pas oublier non plus la situation des femmes. Elles sont un des moteurs du développement. Il n’est pas normal qu’elles soient discriminées à l’université.

Les femmes exercent-elles différemment des hommes leurs responsabilités à l’université ?

C’est un débat mais à l’évidence oui. Il y a un rapport au pouvoir de la femme qui est sans doute moins stressé et moins égocentrique. A titre personnel, je constate que les femmes présidentes d’université sont très dynamiques, efficaces et pratiques, et un peu moins dans le développement de l’égo que les hommes.

2 commentaires sur "« Aider les femmes à accéder aux plus hautes fonctions universitaires »"

  1. Henni  26 novembre 2014 à 15 h 36 min

    Bonjour,

    Je cite: « Ce qui est regrettable c’est que l’enseignement supérieur, lieu de savoir, de réflexion et d’autonomie de la pensée, reproduit les discriminations. » Ceci s’explique simplement parce que: 1/ les universitaires n’ont pas tous un haut sens moral; 2/ l’université n’est pas un lieu d’autonomie de pensée: c’est aussi un écosystème avec sa hiérarchie, ses ambitieux, ses porte-cotons, ses victimes, etc… fonctionnant donc sans éthique particulière.

    Autre chose: si je souhaite sincèrement que les femmes soient plus représentées dans les instances dirigeantes des établissements, je souhaite surtout que ces instances soient avant tout un lieu de compétences et de sens du bien collectif. Une femme incompétente est aussi inquiétante qu’un homme incompétent. D’ailleurs, je connais le cas d’une présidente d’université que l’on a plus vu préoccupée par son action politique au sein d’une municipalité que de l’établissement dont elle avait la charge. Mais bon, n’ayant pas accès à son emploi du temps personnel, je ne saurais dire le degré de son implication dans la « bonne marche » de l’établissement en question.Signaler un abus

    Répondre
  2. Medzi  11 mai 2016 à 19 h 27 min

    Je partage ce avis les hommes à la tête des institutions ne s’intéressent pas au social. Ils sont accrochés au prestige, à la longévité au poste et satisfont les intérêts de ceux qui leur permettent de régner le plus longtemps possible. Voilà pourquoi le monde a besoin des institutions fortes. Un arsenal juridique qui limite la durée de chaque mandat pour un poste donné, l’accès au poste sur la base du mérite et si possible sur concours écrit où oral.Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous