Le robot Philae pourrait révolutionner la science

Après s’être posé sur la comète Tchouri, le robot Philae s’est mis au travail. Les mesures réalisées pourraient être d’une importance scientifique capitale.

Rosetta et Philae © Stéphane Masclaux - Fotolia

Rosetta et Philae © Stéphane Masclaux – Fotolia

Place aux analyses. Posé sur la comète Churyumov-Gerasimenko, alias « Tchouri », depuis le 12 novembre, le robot Philae, atterrisseur de la sonde spatiale européenne Rosetta, a collecté des données, suivant le programme de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Au Cnes (Centre national d’études spatiales) de Toulouse, où sont rassemblées les informations transmises par Philae à la Terre, Philippe Gaudon, chef du projet Rosetta, se réjouit : “c’est une première mondiale, qui a fait le buzz, au point que la Nasa a dû rappeller qu’il s’agissait d’un projet européen, et non le sien !”

Un robot en hibernation

Mais la satisfaction des scientifiques n’est pas entière. Suite à une défaillance de ses harpons, Philae n’a pas atterri à l’endroit prévu, rebondissant à 1,3 km de la cible. “C’est une zone accidentée, située à un endroit ne voyant le Soleil que 3 heures par jour, contre 8 heures sur le site initial”, explique Philippe Gaudon. Résultat de ce manque d’ensoleillement, les batteries solaires de Philae ne sont pas suffisamment chargées pour permettre au robot de fonctionner au delà de ses 60 heures d’autonomie.

Après de premières analyses, Philae s’est ainsi “endormi”. Pour tirer l’engin de son hibernation, qui peut durer longtemps (le temps d’un rapprochement important de la comète avec le Soleil, d’ici à mai 2015), les scientifiques espèrent réussir, lors d’une phase d’ensoleillement, à déplacer Philae de quelques mètres, afin de l’envoyer à un endroit plus éclairé… et de le remettre sur ses trois pieds.

Lors de son atterrissage, le robot s’est ainsi posé “de travers”, incliné de 30° en avant. Ce qui pourrait compromettre la réussite de l’opération de la foreuse de Philae, chargée de collecter des échantillons dans les profondeurs de Tchouri.

Avant d’être mis en veille, Philae a eu le temps de collecter des informations scientifiques, transmises au Cnes de Toulouse. Selon Philippe Gaudon, les 10  instruments de Philae ont fonctionné. Ainsi, les 7 caméras miniaturisées, les chromatographes, les spectomètres, les analyseurs de gaz, et les radars du petit robot ont permis d’effectuer une “moisson” d’informations, sur la composition chimique du noyau de Tchouri, sur sa structure interne, ou encore sur ses propriétés magnétiques et électriques.

Retour vers le passé

Le Cnes de Toulouse trie les données (brutes) reçues du robot, et tente de les rendre compréhensibles, afin de permettre aux chercheurs de les déchiffrer. Parmi elles, des informations sur les “briques moléculaires élémentaires” du système solaire, présentes sur Tchouri. Des macromolécules organiques présentes au moment de la formation des planètes.

Pour les chercheurs, Philae a rempli sa mission, et les informations recueillies devraient s’avérer d’une importance capitale d’un point de vue scientifique. “Tchouri, qui date de 4,5 milliards d’années, est un fossile archéologique du début de l’histoire du système solaire : contrairement à des comètes comme Halley, qui repasse souvent près du soleil, Churyumov-Gerasimenko est restée loin de l’étoile, au delà de l’orbite de Neptune, pendant des milliards d’années. Elle est entrée dans le système solaire interne il y a seulement 200 ans, et s’est donc très peu dégradée”, explique Philippe Gaudon. “En analysant sa composition, nous pourrions remonter au début de la formation du système solaire”, s’enthousiasme-t-il.

Ce voyage dans le temps permettra aux scientifiques de vérifier si l’eau (la glace) qui se trouve à la surface de Tchouri à quelque chose à voir avec l’eau de nos océans – notamment, en analysant le rapport entre hydrogène et deutérium, un isotope de l’hydrogène créé à l’époque du Big Bang.

A la source de la vie

Les chercheurs pourront déterminer si, aux débuts du système solaire, quand notre planète était bombardée par des planétoïdes, les comètes auraient ou non “importé” de l’eau sur Terre. “Et de là, il aurait pu y avoir un enchaînement vers la vie – si à l’intérieur des comètes, l’on retrouve, parmi les molécules organiques détectées, des acides aminés, ce serait un début de preuve !”, lance Philippe Gaudon.

Si Philae se réveille, il permettra aussi aux scientifiques de l’ESA de mieux comprendre ce qu’est réellement une comète. Ils pourront analyser, au fil du temps, le contenu du dégazage de Tchouri – qui survient lorsque la comète approche du Soleil. “Quand cela se produit, une partie de la comète se transforme, du solide au gazeux. C’est ce phénomène de sublimation que nous aimerions, aussi, comprendre”, indique Philippe Gaudon.

Mais pour l’instant, “il faut que les scientifiques prennent le temps d’analyser toutes les données déjà collectées”, conclut l’ingénieur. Nous devrions en savoir plus d’ici à fin novembre.

1 commentaire sur "Le robot Philae pourrait révolutionner la science"

  1. Michel  19 novembre 2014 à 20 h 51 min

    Une bonne moisson de données qui va ravir les scientifiques, les poètes de l’espace…
    Une mission de rêve, un exploit humain et constructif, un travail de compréhension de ce qui nous entoure…
    On attend la suite avec enthousiasme.Signaler un abus

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