Médecins scolaires : « notre métier doit être revalorisé ! »

Le Syndicat national des médecins scolaires et universitaires dénonce une "extinction programmée" de la médecine scolaire. Entretien avec sa secrétaire générale.

Arzt mit Kind © Gina Sanders - Fotolia

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Entretien avec Jocelyne Grousset, secrétaire générale du SNMU-Unsa Éducation

 

Quel est le rôle du médecin scolaire ?

Notre mission principale est de participer à la promotion de la santé, via l’éducation à la santé de tous les élèves et la prévention au travers de visites médicales. Nous réalisons des examens médicaux : le bilan de santé de 6 ans, obligatoire, se pratique en grande section de maternelle. Les médecins de l’Education nationale ont aussi des missions spécifiques. Ils réalisent le projet d’accueil individualisé (PAI) pour les enfants atteints de maladies chroniques. Ils dépistent les handicaps et proposent les aménagements nécessaires à la scolarité. Dans certaines filières en lycée professionnel, les élèves doivent réaliser une visite auprès du médecin scolaire pour obtenir un avis d’aptitude aux travaux réglementés. Nous assurons aussi la protection de l’enfance : un médecin scolaire peut être amené à évaluer une situation de maltraitance. Le médecin scolaire agit face aux maladies transmissibles : par exemple, quand il y a une situation de tuberculose ou de méningite, il est le référent de l’institution pour la mise en sécurité des élèves. Et lors des situations de crise, s’il y a un décès ou une action violente, le médecin scolaire est souvent aussi en première ligne pour aider les élèves comme les enseignants.

Pourquoi est-ce si important  de préserver ce métier ?

Former des enfants qui, à l’âge adulte, sauront prendre les bonnes décisions pour leur santé me paraît fondamental. Face à la montée de la précarité, le médecin scolaire est le médecin de proximité pour beaucoup de familles. J’ai par exemple été confrontée à des enfants qui vont aux urgences pour une crise d’asthme, sans qu’aucun bilan de leur pathologie ne soit fait. Les soins des enfants ne sont pas toujours la priorité de certaines familles, d’autres encore n’ont pas forcément pensé à renouveler la CMU… Pour toutes ces raisons, notre rôle est essentiel. Nous n’assurons pas de suivi médical mais nous l’enclenchons.

263 postes de médecins scolaires étaient vacants en octobre : comment expliquez-vous que la spécialité attire si peu ?

Le métier n’est pas enseigné à la faculté de médecine et notre profession souffre d’un déficit d’image. La charge de travail est importante avec un nombre d’élèves qui augmente régulièrement, de nombreux déplacements et dans certains départements, des astreintes le week-end. Par ailleurs, nous sommes les plus mal payés parmi les médecins de la fonction publique (2000 euros brut par mois environ, en début de carrière) et nous ne percevons pas d’indemnité de technicité comme les autres médecins. Pourtant, j’accueille régulièrement des internes en médecine et ils sont ravis par leur stage. Malgré cet attrait, il y a 10 euros d’écart de rémunération horaire avec le centre municipal de santé de mon secteur. Quand vous êtes un jeune professionnel, il n’y a pas photo !

Certaines tâches ne pourraient-elles pas être confiées aux infirmières scolaires ou aux médecins de ville ?

Le médecin scolaire n’est pas un professionnel du soin mais de la prévention. Nous revendiquons de pouvoir prescrire le bilan orthophonique, la contraception, la vaccination… Mais quand on voit un enfant malade, on l’adresse à nos confrères libéraux. Nous sommes complémentaires, y compris avec les infirmières, notamment sur le dépistage des troubles sensoriels et du langage. Nous ne défendons pas des visites médicales systématiques. En revanche, il n’est pas concevable qu’à l’école il y ait des enfants qui voient mal, entendent mal ou avec des troubles des apprentissages non explorés.

Quelles sont les conséquences de la pénurie de médecins scolaires ?

Il y a 1100 médecins scolaires pour 12 millions d’élèves, soit environ 1 médecin pour 11 000 élèves. A Pantin (Seine-Saint-Denis) où j’exerce, je vois augmenter le nombre d’élèves depuis 2009. Résultat : on ne peut plus réaliser aucun examen systématique. Je n’ai réalisé que 15% des bilans de santé à 6 ans l’an dernier ! Nous n’avons pas d’autre choix que de prioriser nos actions. C’est un préjudice, spécialement dans les quartiers difficiles. Nous demandons donc au ministère de l’Education de respecter ses engagements en revalorisant notre métier. Et nous souhaitons une véritable réflexion sur le parcours santé de l’élève : la promotion de la santé à l’école est inscrite dans la loi de refondation de l’école. Nous demandons au ministère de décliner le parcours santé et les missions des professionnels de santé. En étant payés 30 euros de l’heure, un temps qui nous permet de voir plusieurs enfants, nous faisons le pari que nous ne sommes pas des médecins si cher que cela.

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