Tablettes numériques : sont-elles utiles en classe ?

L’Etat et les collectivités locales mettent en avant leurs investissements en faveur du numérique à l’école, avec l’objectif de doter tous les collégiens de tablettes. Un projet controversé.

tablette tactile

© apops – Fotolia.com

« A la rentrée 2016, tous les élèves de 5e seront équipés d’une tablette. » Confirmant les annonces de la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem, le président de la République François Hollande a insisté, ce 6 novembre sur TF1, sur ce volet de son « plan numérique » pour l’école. Mais pour quels résultats ? Aucune étude d’envergure n’a encore été menée en France. Néanmoins, le rapport EXTATE, publiée en avril 2014 par l’Université de Cergy Pontoise, relève que les tablettes sont porteuses d’une promesse, « celle d’apprendre mieux en s’amusant ». Mais cette étude, réalisée auprès de 8 écoles primaires, pointe aussi des problèmes, notamment le besoin de formation des enseignants et les contraintes inhérentes à l’outil lui-même.
Sur le terrain, comme le souligne le rapport, les pratiques de cet instrument restent « balbutiantes ». Sous couvert de l’anonymat, un principal de collège du nord de la France se désespère : « un seul enseignant de l’établissement à testé la tablette avec ses élèves, en cours de technologie. Et il se plaint de problèmes de stockage pour les vidéos, de l’absence de Wifi pour se connecter partout dans l’établissement et de l’absence de port USB pour y remédier. » Résultat : les tablettes restent souvent au fond des cartables, ou ne servent que comme outils de loisir.

« Un tract électoral »

« Les tablettes n’ont aucun intérêt ! », lâche le philosophe Bernard Stiegler, spécialiste des technologies numériques. « Ce sont des ordinateurs bridés et des joujoux de marketing. » Bruno Modica, enseignant agrégé d’Histoire géographie et président de l’association Les Clionautes, tournée vers les usages numériques, est du même avis : « la distribution de tablettes tactiles s’apparentent à un tract électoral, très coûteux pour les parents. Autant je suis favorable à la distribution d’ordinateur portable, que j’utilise personnellement en cours, autant je suis hostile aux tablettes distribuées aux collégiens sans éducation à la pratique numérique au préalable. » Selon lui, les tablettes ont un accès immédiat et ludique, ce qui en rend leur prise en main rapide. Mais elles présentent un inconvénient insurmontable à ses yeux : à la différence d’un ordinateur portable, elles n’ont pas de vrai clavier. Elles ne nécessitent donc pas d’effort de maîtrise de l’écriture, ni de réflexion sur les sujets donnés. « En fait, insiste Bruno Modica, la tablette favorise le zapping, alors que les élèves, au collège et encore au lycée, doivent être amenés sur le chemin de la concentration. Nous n’avons pas besoin d’une fenêtre ouverte aux sollicitations marchandes qui, au final, ne donnera pas aux élèves l’habitude de la concentration et de l’effort. »

L’argument du poids des cartables battu en brèche

Pierre Mœglin, professeur en sciences de l’information et de la communication à Paris 13, rappelle que la diffusion des tablettes à l’école répond à trois objectifs. Le premier : favoriser la mobilité des apprentissages, de l’école à la maison, c’est-à-dire décloisonner l’espace scolaire. « Sur ce point, avec quelques réserves, le bilan des premières expériences est plutôt positif », dit-il. Le second : diminuer le poids des cartables et favoriser l’avènement d’une génération de manuels scolaires interactifs et ouverts. « Or, rien n’est acquis : la très grande majorité des manuels ont été simplement numérisés, sans contenus enrichis. Le papier a la vie dure. » Troisièmement : il s’agit d’instiller les rudiments d’une culture scolaire numérique, en profitant de la légèreté des tablettes, de leur autonomie et de leurs interfaces plus conviviales que ceux des ordinateurs. « En fait, l’essentiel est ailleurs : il faudrait une véritable formation, associant compétence technique, intelligence de l’algorithmique, compréhension des enjeux documentaires et communicationnels. Nous en sommes loin ! », résume Pierre Mœglin.

Comprendre les mutations des savoirs

Le philosophe Bernard Stiegler, par ailleurs membre du Conseil national du numérique (CNNum), va dans le même sens : « La question est moins celle du matériel que des logiques intellectuelles à mettre en œuvre. Bien sûr, le numérique est dans la société et il faut l’introduire le mieux possible dans le champ scolaire. Mais la question fondamentale c’est de comprendre les mutations des savoirs. »
Et de rappeler que le CNNum préconise dans son récent rapport de mener une campagne massive de thèses, « 500 par an dans toutes les disciplines ». L’objectif ? Comprendre les changements induits par la société numérique sur la transmission des savoirs et les méthodes d’apprentissage. « Les chercheurs doivent faire leur travail de recherche mais dans des conditions très nouvelles, avec de nouvelles écoles doctorales spécialisées, ajoute Bernard Stiegler, il faut que la France forme des chercheurs de haut niveau dans ces domaines. Le numérique à l’école, ce n’est pas juste l’informatique ! »

1 commentaire sur "Tablettes numériques : sont-elles utiles en classe ?"

  1. Alex  10 novembre 2014 à 11 h 50 min

    Ces politiques sont vraiment des ânes et myopes de surcroît, un portable (qui coûte à peine plus qu’une tablette !) est tellement plus utile qu’une tablette : un clavier pour écrire correctement mais aussi pour utiliser la plupart des sites pédagogiques qui utilisent des animations en flash ou pouvoir installer des exécutables…les tablettes ne savent pas lire la plupart des formats existants sur le plan pédagogique (sauf les tablettes microsoft peut être les seules que je ne connais pas).

    Et comme le souligne le principal d’un établissement, ils mettent souvent la charrue avant les boeufs…le wifi dans les établissements est un pré requis…Signaler un abus

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