Qu’enseigne-t-on en cours de musique au collège ?

Selon bon nombre de médias, la disparition de la flûte à bec serait devenue effective à la rentrée au collège. L’association des professeurs d’éducation musicale s’agace de cette « caricature ».

Flûte à bec

Flûte à bec © kidza – Fotolia.com

Les oreilles des enseignants de musique ont sifflé à la rentrée. Le retrait prétendu de la flûte à bec des programmes scolaires a fait les gros titres de nombreux médias , suscitant une avalanche de réactions des parents d’élèves, tantôt nostalgiques et tantôt ravis.

Les professeurs d’éducation musicale, pour la plupart, sont dans l’incompréhension : « L’association Familles de France a retiré la flûte à bec de son panier type de fournitures scolaires et cela a agi comme une traînée de poudre, comme si c’était une révolution », déplore Anne-Claire Scébalt, en charge du bulletin d’informations de l’APÉMu (l’association des professeurs d’éducation musicale). Alors, pipeau la disparition récente de l’instrument à vent ? « C’est devenu une image d’Epinal ! En réalité, cela fait bien longtemps que la flûte à bec n’est plus utilisée au collège. » Pour preuve, l’enseignante cite une enquête réalisée par son association auprès d’un millier de profs de musique en 2012, soit quatre ans après la parution des programmes actuels : « il y a deux ans déjà, seuls 10% des enseignants interrogés déclaraient qu’il y avait une flûte par élève dans leur classe et 56% d’entre eux n’utilisaient plus du tout l’instrument. » « Très franchement, poursuit Marie-Stéphane Punsola, enseignante d’éducation musicale à Toulouse, si certains collègues optent encore pour la flûte à bec dans leurs cours c’est une minorité. Mais ce n’est pas nouveau ! Son utilisation n’a jamais été obligatoire, ni même interdite. Tout dépend du projet musical… »

Une plus grande liberté pédagogique

Selon l’APÉMu , il est injuste de laisser penser que l’enseignement de la musique se résume au cours de flûte : « les pratiques instrumentales et vocales se sont diversifiées au collège ». Les programmes officiels rappellent d’ailleurs la finalité de l’éducation musicale : « En prise avec l’univers sonore et musical de la société contemporaine, l’éducation musicale au collège accompagne les élèves dans une approche maîtrisée de ces réalités en mouvement (…). Prenant en compte la sensibilité et le plaisir de faire de la musique comme d’en écouter, elle apporte les savoirs culturels et techniques nécessaires au développement des capacités d’écoute et d’expression. »

« L’enjeu pour les enseignants, c’est de faire pratiquer leurs élèves », insiste Anne-Claire Scébalt. Pour cela, une multitude de nouveaux outils existent : « alors qu’il y a 25 ans, un clavier coûtait très cher, il peut aujourd’hui y en avoir plusieurs dans une même classe. Les tablettes et la musique assistée par ordinateur se sont aussi démocratisées, par exemple. Chaque enseignant choisit l’équipement propice à son projet pédagogique. Les professeurs d’éducation musicale disposent d’une grande liberté pédagogique et c’est encore plus vrai depuis 2008. Il ne faut pas oublier qu’on n’apprend pas aux collégiens à être des instrumentistes. On forme des citoyens capables de se positionner par rapport à un environnement musical foisonnant ! »

La voix, instrument privilégié

En pratique, la voix de l’élève est devenue « l’instrument privilégié de la réalisation des projets musicaux », indiquent les programmes scolaires. « Le véritable changement, c’est que le programme est désormais décliné en compétences, avec deux champs principaux : produire et percevoir. Cela invite à puiser dans toutes les expressions musicales. »

Concrètement, Marie-Stéphane Punsola aborde en ce début d’année, un répertoire très varié : une chanson d’Alexis HK avec ses élèves 6e, un chant d’Afrique de l’Ouest avec les 5e, un Negro Spiritual avec les 4e et « We will rock you » de Queen avec les 3e. « Des notions du langage musical seront abordées par le biais de ces projets musicaux et réinvesties dans le travail d’écoute d’œuvres du répertoire de musique occidentale et extra-européenne, travail qui conduira les élèves à avoir des repères culturels », explique l’enseignante. « Il y a autant de cours de musique que d’enseignants car le programme ne nous impose pas d’œuvres », se félicite-t-elle. « Les cours d’éducation musicale sont paradoxalement parmi ceux qui ont le plus évolué ces dernières années », résume Anne-Claire Scébalt, « et cela fait beaucoup de bien aux élèves ! Les cours d’éducation musicale les mettent en mouvement et laissent une grande place à leur créativité. »

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