Rythmes scolaires : « nous n’appliquerons pas la réforme à la rentrée 2014 »

Trente-deux maires ont annoncé ce 11 juillet, lors d'une conférence de presse, qu'ils ne mettront pas en place la réforme des rythmes scolaires à la rentrée 2014. Parmi eux Christian Schoettl, maire de Janvry, dans l'Essonne. Interview.

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Pouvez-vous présenter le sujet de la conférence de presse du 11 juillet ?

Nous étions 32 maires de l’Essonne et du Val-de-Marne, rassemblés pour expliquer pourquoi nous n’appliquerons pas la réforme des rythmes scolaires à la rentrée 2014. Nous avons présenté un manifeste, qui sera adressé à Benoît Hamon, reprenant nos revendications et les raisons pour lesquelles nous n’ouvrirons pas nos classes le mercredi 3 septembre, mercredi de la rentrée.

Pourquoi rejetez-vous la réforme des rythmes scolaires ?

Parce que nous n’avons ni les locaux, ni le personnel, ni les moyens de la mettre en œuvre. Pour les communes comme Yerres, ça représente environ 550 000 euros, elles sont incapables de dégager une telle somme ! Si encore l’expérience de certaines communes en cours avait prouvé que la réforme avait un intérêt pour le cursus scolaire des enfants, on aurait pu se « saigner » financièrement, car l’argument financier ne doit pas être le seul. Mais ce n’est pas le cas.

Cette réforme oublie en plus l’ensemble des enfants handicapés qui fréquentent l’Ecole de la République, qui ne sont pas concernés par le périscolaire. Et qu’en est-il des personnels de santé, orthophonistes, psychologues, qui reçoivent les enfants le mercredi et ne travaillent pas le samedi ? Certains enfants seront obligés de rater l’école le mercredi pour pouvoir s’y rendre.

Il faudra aussi m’expliquer pourquoi M. Hamon accepte que la Guyane ne bénéficie pas de la réforme. C’est une inégalité de territoire et de traitement qui n’est pas sérieuse.

Vous avez déposé un recours au Conseil d’Etat pour faire abroger le décret. Où en est votre action ?

Elle représente l’un de nos espoirs majeurs. Nous avons lancé deux procédures : une au Conseil d’Etat, donc, et une au tribunal administratif. Pour le Conseil d’Etat, nous avons reçu au mois de mai la réponse de l’Education nationale, qui dit en substance que cette réforme ne coûte rien aux communes. Donc nous avons rédigé un mémoire en réponse, que nous avons déposé il y a une semaine, et nous avons bon espoir que le Conseil d’Etat juge cette affaire dans le courant du mois de juillet. Nous espérons également que le tribunal administratif traitera notre cas au mois de juillet.

Juridiquement, si le Conseil d’Etat trouve que ce décret est légal, malheureusement… je ne dis pas qu’il ne me restera que mes yeux pour pleurer, mais ce serait désespérant ! Car je peux vous dire que les arguments de nos avocats sont extrêmement sérieux. Si l’Etat n’a attaqué que quelques délibérations sur les quelques milliers qui ont été prises contre les rythmes scolaires, ce n’est pas le fruit du hasard, c’est parce que l’Etat est extrêmement inquiet sur la validité juridique de ce décret.

Que risquez-vous si vous maintenez les 4 jours malgré l’interdiction ?

Le plus grand risque est que le maire soit suspendu par le préfet ou qu’il soit démis de ses fonctions. Vous pensez bien que ce n’est pas sérieux ! J’étais même prêt l’autre jour à me suspendre tout seul, à une grue par exemple, en disant « suspendez-moi » ! Le décret ne prévoit aucune pénalité, donc l’Etat est très désarmé. Dans ma commune nous avons eu une réunion avec les parents, et les choses sont claires, ils présenteront leurs enfants aux horaires que nous avons fixés. Et je ne sais pas ce que l’Etat peut faire.

Que proposez-vous alors pour remplacer la semaine de 4 jours, l’Académie de médecine ayant reconnu qu’elle était néfaste pour les enfants ?

Je ne suis pas du tout contre une réforme des rythmes scolaires ! J’étais en conférence de presse il y a quelques semaines avec Claire Leconte, chronobiologiste, qui me disait que le décret Peillon, modifié Hamon, est une catastrophe. Je pense qu’il aurait fallu avoir le courage de supprimer des vacances scolaires et d’étaler les jours.

Par exemple, cela a été refusé, mais la commune de Sceaux, à une époque, avait proposé de réduire un peu les vacances scolaires et de faire venir les enfants 17 samedis matin. Juste les samedis matins « pourris », pour parler très mal. Ceux où il n’y a pas le pont de la Pentecôte, pas la fête des mères ou des pères, ceux du mois de janvier où l’on ne part pas en week-end… Les meilleurs rythmes scolaires c’est les samedis matins, tout le monde le sait, mais personne ne l’a voulu, et l’Education nationale encore moins que les autres ! Je n’ai qu’un exemple, sur 196 communes, où le samedi matin a été accepté en Essonne. Alors que si on oppose l’argument de la chronobiologie, il est évident que c’est le samedi matin qui doit être privilégié.

Plutôt que de s’occuper des rythmes, il faudrait qu’il n’y ait pas 28 ou 30 enfants par classe, une partie des problèmes de scolarité serait résolue !

12 commentaires sur "Rythmes scolaires : « nous n’appliquerons pas la réforme à la rentrée 2014 »"

  1. Alnert  21 juillet 2014 à 18 h 39 min

    C’est intéressant, mais il y a aussi une autre chose à écrire, en faisant ce choix, approuvé par les citoyens dont je fais parti, les maires imposent une deuxième chose: en cas d’obligation préfectorale, les enfants n’auront rien comme activité. rien du tout. juste le droit d’aller en cours de récré en attendant que le temps passe.Signaler un abus

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  2. lionel  22 juillet 2014 à 19 h 41 min

    Nous n’appliquerons pas les nouveaux rythmes scolaires prévus dans notre commune de st félicien (Ardèche),et si par malheur la municipalité se retrouve obligée de l’appliquer,alors nous, parents d’Élèves ,ne mettrons pas nos enfants le mercredi,présence des maitresses ou non dans l’établissement !!
    Nous ne voyons que cette solution en cas ultime,et nous nous y tiendrons ! ! Bon courage à tous ceux qui se battent contre cette grotesque réforme ! lionelSignaler un abus

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  3. foetusman  22 juillet 2014 à 20 h 52 min

    Bravo Monsieur le Maire… A force de répéter, peut-être que ça entrera dans le crâne obtus de nos dirigeants, et que cette réforme débile mourra !Signaler un abus

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  4. marick (95)  22 juillet 2014 à 21 h 02 min

    Je suis contre les mercredis matin travaillés (je suis à 80% avec mercredi non travaillés) et contre les 3/4 d’heures de garderie supplémentaires pour mes enfant qui en font déjà entre 2h et 2h30 les autres jours. Mais je suis pas pour autant pour rallonger les vacances d’été : les salles de classes contiennent en moyenne une trentaine d’enfants et donc avec autant de chaleur humaine, elles sont souvent munies de grandes baies vitrées par lequel le soleil entre généreusement avec des fenêtres qui ne font que s’entrouvrir pour raison de sécurité et ou la climatisation est inexistante, bref en période estivale, les salles de classes sont au mieux des saunas au pire des fours … pas l’idéal pour étudier … En revanche si les instituteurs absents étaient remplacés avec des dialogues entre remplaçant et remplacé lorsque c’est possible, le niveau des enfants s’améliorerait surement : le nombre d’absences non remplacées affichées à l’école est assez impressionnant !Signaler un abus

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  5. Dominique  23 juillet 2014 à 0 h 14 min

    Je ne suis pas pour cette réforme, mais évitons de dire n’importe quoi. « Cette réforme oublie en plus l’ensemble des enfants han­di­ca­pés qui fré­quentent l’Ecole de la République, qui ne sont pas concer­nés par le péri­sco­laire ». Certains des élèves de ma CLIS sont concernés par le périscolaire, ce n’est pas parce qu’ils sont reconnus porteurs d’un handicap que le périscolaire ne les concerne pas. « Et qu’en est-il des per­son­nels de santé, ortho­pho­nistes, psy­cho­logues, qui reçoivent les enfants le mer­credi et ne tra­vaillent pas le samedi ? Certains enfants seront obli­gés de rater l’école le mer­credi pour pou­voir s’y rendre. »Les personnels de santé qui suivent les élèves de ma CLIS les reçoivent souvent sur le temps classe, ça a toujours été et ça ne sera pas pire, ils ne « ratent » pas la classe, ils bénéficient de soins sur le temps-classe, nuance !Signaler un abus

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