Le code informatique à l’école, une bonne idée ?

Une initiation au code informatique sera proposée "dès septembre" à l’école. Réaction de Colin de la Higuera, professeur en informatique à l’université de Nantes et président de la Société informatique de France (SIF).

Colin de la Higuera

Colin de la Higuera

Le ministre de l’Education nationale, Benoît Hamon, vient d’annoncer qu’une initiation au code informatique sera proposée sur le temps périscolaire aux élèves de primaire dès septembre : qu’en pensez-vous ?

C’est une annonce ambitieuse et un peu révolutionnaire. Cela démontre un intérêt pour un enseignement du XXIe siècle et une stratégie globale, avec un apprentissage dès le primaire, poursuivi au collège et au lycée. On a eu tellement de difficultés à réintroduire la spécialité « informatique et sciences du numérique » en Terminale S en 2012, qu’une telle accélération sur ce dossier paraît inespérée. En Estonie, en Lettonie, des pays souvent cités en exemple, mais aussi dans plusieurs Länder allemands et au Royaume-Uni, l’apprentissage du code à l’école est déjà une réalité. La France emboîte le pas. Il y a une prise de conscience collective de l’importance du numérique et de l’informatique, je m’en félicite.

De quoi parle-t-on exactement quand on évoque le « code » ?

Le code, c’est d’une part la pensée informatique, c’est-à-dire le fait de réfléchir à un algorithme que l’on reprogramme pour que la machine réalise les actions souhaitées. D’autre part, il est nécessaire de savoir décrypter des concepts fondamentaux : qu’est-ce qu’une machine ? Comment ça s’organise ? Il faut apprendre les rouages, un peu comme on le ferait en médecine pour les organes du corps humain. De nombreux exercices sont possibles dès le plus jeune âge. Il existe des langages informatiques adaptés aux enfants. Grâce à l’informatique « débranchée », il est possible de coder une information en utilisant, par exemple, ses doigts ou des billes.

Quelle est la nécessité d’éveiller les élèves au code ? Ne devrait-on pas plutôt se concentrer sur les usages ?

Hier, on pouvait se contenter d’être de simples consommateurs de l’informatique. Désormais, l’informatique est partout et chacun manipule des outils numériques. L’éveil aux usages a lieu depuis une vingtaine d’années mais ça ne suffit plus. Les logiciels évoluent extrêmement vite. Résultat : ceux qui réussissent à s’adapter sont ceux qui comprennent les mécanismes sous-jacents, c’est-à-dire le code.

Qui prendra en charge cet enseignement ? Les enseignants sont-ils suffisamment bien formés et outillés ?

C’est le principal point d’interrogation. Benoît Hamon a dit que l’initiation sera proposée sur le temps périscolaire, donc au milieu associatif et non aux enseignants. C’est une bonne idée car c’est là que se trouvent les compétences et ça fonctionne déjà, on le voit notamment avec les « coding goûters ». Et puis confier cette tâche aux enseignants suppose de former plus de 300 000 professeurs des écoles. Toutefois, un premier problème se pose : l’offre risque d’être déséquilibrée entre les villes et les campagnes, il sera donc difficile d’assurer l’équité territoriale et la pérennité de l’initiative. J’ai l’impression qu’il y a la volonté d’expérimenter, mais que la mise en œuvre n’a pas été totalement réfléchie. Le risque est évidemment de faire des déçus.

Dans le second degré, les professeurs de mathématiques et de technologie sont-ils les mieux placés pour enseigner le code, comme le suggère le ministre ?

Non. On ne peut pas imaginer que le professeur d’Histoire puisse enseigner la Première Guerre mondiale sans connaître la Seconde Guerre mondiale. Or on sous-entend qu’une petite formation pourra permettre aux enseignants d’enseigner l’informatique. Malheureusement cette erreur a été commise dans certains pays et tous regrettent amèrement de ne pas avoir sollicité des informaticiens ! Il est impératif que l’enseignant en sache plus que ses élèves, au début et à la fin de la formation. De ce point de vue, la création d’un CAPES informatique me paraît incontournable.

6 commentaires sur "Le code informatique à l’école, une bonne idée ?"

  1. Loys Bonod  21 juillet 2014 à 15 h 25 min

    « On ne peut pas ima­gi­ner que le pro­fes­seur d’Histoire puisse ensei­gner la Première Guerre mon­diale sans connaître la Seconde Guerre mon­diale. »
    Ce serait plutôt l’inverse, non ? 😉Signaler un abus

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  2. Flo  22 juillet 2014 à 1 h 30 min

    @Loys Bonod : non, c’est bien dans cet ordre.

    Prenons un autre exemple. Un prof de math explique à ses élèves que l’équation x² + x + 1 = 0 n’admet pas de solution. L’année suivante, un autre prof de math explique à ces mêmes élèves que l’année dernière, on leur a simplifié les choses, en qu’en réalité il existe des solutions pour cette équation, mais parmi les nombres complexes, pas les nombres réels.

    Imaginez maintenant que le premier prof de math ne connaisse pas les complexes. Cela pourrait le conduire à dire des choses erronées, comme « jamais de votre vie, vous ne verrez de solution à cette équation, c’est impossible » ou être incapable de répondre à certaines questions, comme « Monsieur (ou Madame), mon grand frère m a parlé des nombres complexes, c’est quoi ? ».

    Il en est exactement de même pour l’enseignement du code, de l’informatique, et de tout enseignement en général.Signaler un abus

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  3. Loys Bonod  22 juillet 2014 à 19 h 56 min

    Votre raisonnement est en lui-même discutable, un professeur du secondaire n’étant pas un spécialiste de sa discipline et ignorant nécessairement beaucoup de choses. Mais surtout il ne s’applique pas à la première guerre mondiale, dont les causes peuvent difficilement être trouvées dans la seconde. il suppose enfin qu’un professeur enseignant la seconde guerre mondiale aurait connaissance plus approfondie de l’Histoire que celui enseignant la première guerre mondiale : à ce compte les professeurs enseignant l’Antiquité seraient des quasi-ignorants !Signaler un abus

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  4. Charlie  25 juillet 2014 à 12 h 37 min

    Comment peut-on d’un côté considérer que l’apprentissage du « code » (notion à géométrie variable) par des associations sur le temps périscolaire est une bonne idée « car c’est là que se trouvent les com­pé­tences et ça fonc­tionne déjà, on le voit notam­ment avec les « coding goû­ters ». Et puis confier cette tâche aux ensei­gnants sup­pose de for­mer plus de 300 000 pro­fes­seurs des écoles » ;
    et de l’autre considérer que l’initiation à l’informatique par les professeurs de technologie en collège serait très une mauvaise idée ?

    Dans le même ordre d’idée ne pourrait-on pas exiger un CAPES de physique-chimie pour l’enseignement de la mayonnaise dans les écoles de cuisine ? Ou encore exiger un CAPES ou une agrégation de mathématiques comme préalable au CAPES d’informatique ?

    Alors que la France souffre d’une lourde pénurie de candidats au CAPES de mathématiques, et d’informaticiens, Colin de la Higuera ne propose rien d’autre que d’ouvrir à un hypothétique CAPES d’informatique des dizaines de milliers de postes en lieu et place des dizaines de milliers de professeurs de technologie actuellement en place dans les collèges. A noter que le temps de formation, comparé au primaire, serait décuplé, les estimations les plus optimistes chiffrent à une dizaine d’heures annuelles en CM2 le temps maxi qui pourrait être consacré à une initiation de l’informatique sur le temps scolaire en primaire.

    Tout ça donne l’impression d’une totale incompétence et D4un total gâchis, alors même que l’initiation à l’informatique, à la programmation, à l’algorithmie est une nécessité.

    OUI à un CAPES spécifiquement dédié à l’informatique pour le niveau lycée. Oui aux propositions du ministre sur le niveau collège.

    Librement,
    CharlieSignaler un abus

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  5. bdel  25 juillet 2014 à 23 h 18 min

    Étonnante cette idée de « capes informatique ». Pour avoir « un peu » pratiqué l’informatique (une dizaine d’années de développement logiciel) et connu aussi l’enseignement (en tant que prof. agrégé) je ne vois pas ce qui empêcherait un prof de math normalement constitué d’enseigner l’algorithmique en lycée. C’est d’ailleurs déjà le cas. Quant aux profs de génie électronique (sans doute ce qu’a voulu dire le ministre) ils me paraissent parfaitement en mesure d’initier les élèves aux aspects « hard » (point de vue matériel) de la chose. Remarque : nombre d’ingénieurs n’ont vraiment pratiqué l’informatique qu’à partir d’un âge « avancé » (i.e post-pubère au moins) sans que cela ne semble poser problème.Signaler un abus

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