20.06.2014
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"Le bac pro trouve peu à peu sa place aux côtés des autres bacs"

Plus de 205 300 lycéens passent le bac pro­fes­sion­nel cette semaine, soit 3 élèves de Terminale sur 10. A quoi sert ce bac ? Entretien avec Roland Kastler, consul­tant, membre du Conseil d'administration de l'Association fran­çaise pour le déve­lop­pe­ment de l'enseignement tech­nique (AFDET) et ancien Délégué aca­dé­mique aux ensei­gne­ments technologiques.
Roland Kastler

Roland Kastler

Le bac pro est-il une filière d'avenir ?

Il a été créé en 1985 pour valo­ri­ser la voie pro­fes­sion­nelle et per­mettre aux jeunes d'accéder direc­te­ment au monde du tra­vail. Jusqu'à il y a cinq ans, le diplôme se pré­pa­rait en quatre ans après la classe de 3e, contre trois ans pour décro­cher le bac géné­ral ou tech­no­lo­gique. Cette année « sup­plé­men­taire » dis­sua­dait cer­tains jeunes d'emprunter cette voie.

Aujourd'hui, le bac pro repré­sente dans cer­tains sec­teurs d'activités le pre­mier niveau de qua­li­fi­ca­tion attendu et reconnu. Son obten­tion consti­tue donc un moyen d'accès direct à l'emploi dans ces sec­teurs, et un atout déter­mi­nant pour être recruté par une entre­prise, comme par exemple dans le sec­teur de la main­te­nance indus­trielle. Mais il faut regar­der ensuite de plus près la situa­tion dans chaque filière. Par exemple, le bac pro comp­ta­bi­lité seul ne suf­fit pas : il est néces­saire de pour­suivre vers un BTS pour avoir une bonne chance d'être embau­ché. C'est la rai­son pour laquelle l'Education Nationale pro­pose désor­mais aux élèves, ou appren­tis qui en ont la moti­va­tion et les capa­ci­tés, de pré­pa­rer un BTS après un bac pro.

Ainsi, la voie pro­fes­sion­nelle avec ses trois pre­miers niveaux de for­ma­tion et de qua­li­fi­ca­tion (CAP, Baccalauréat pro­fes­sion­nel et BTS) repré­sente une filière d'avenir.

Le Bac pro en 3 ans a-t-il per­mis de « chan­ger les regards » comme le sou­hai­tait Xavier Darcos, ministre de l'éducation au moment de son ins­tau­ra­tion en 2009, puis Vincent Peillon ?

Il n'existe pas encore d'étude signi­fi­ca­tive pour démon­trer que davan­tage de col­lé­giens s'orientent vers le bac pro en trois ans. Ceci étant, pour avoir été Conseiller du Recteur d'Aix-Marseille, j'ai constaté un nou­vel inté­rêt de la part d'un cer­tain nombre de col­lé­giens pour s'orienter vers la voie pro­fes­sion­nelle alors qu'ils avaient le « niveau » pour res­ter en for­ma­tion géné­rale. Il est pro­bable qu'il s'agit d'une des causes de la forte aug­men­ta­tion du nombre de can­di­dats au bac­ca­lau­réat professionnel.

Le bac pro trouve peu à peu sa place aux côtés des autres bacs. Pour autant, l'évolution du « regard » de la société dans son ensemble à l'égard de la voie pro­fes­sion­nelle reste très lente : on com­mence pro­gres­si­ve­ment à par­ler du bac pro, notam­ment en cette période d'examens, mais la plu­part des gens consi­dèrent encore qu'il s'agit d'un « bac infé­rieur aux autres », alors qu'il per­met de vali­der des com­pé­tences différentes.

Le bac pro constitue-t-il un rem­part contre le chômage ?

Un rem­part non, mais un atout indis­cu­table lorsque l'on observe les cri­tères de recru­te­ment des entre­prises pour un pre­mier emploi. Les diplômes pro­fes­sion­na­li­sants (CAP, Bac pro, BTS, Licence pro, Master pro, Ingénieurs, etc..) ont une valeur bien supé­rieure sur le mar­ché du tra­vail, par rap­port aux diplômes géné­raux qui ne sont qu'une étape avant la pour­suite d'études.

Comment mieux orien­ter les élèves vers les bacs pros qui ont les meilleurs débou­chés ? 86 bacs pros dif­fé­rents, n'est-ce pas un peu beaucoup ?

Ce n'est pas le nombre de bacs pros qui pose pro­blème, même si cer­tains inti­tu­lés sont trop « abs­traits » et donc à revoir. Il faut effec­tuer un tra­vail de fond pour valo­ri­ser davan­tage les filières pro­fes­sion­nelles et tech­no­lo­giques à leur juste place, dès le col­lège. Il faut ces­ser de mar­gi­na­li­ser les jeunes en leur disant, comme c'est encore trop fré­quem­ment le cas, que s'ils ne tra­vaillent pas assez, ils iront en filière pro­fes­sion­nelle. On peut pen­ser que l'organisation d'un Parcours de décou­verte des métiers et des for­ma­tions (PDMF) qui vient d'être rem­placé pour tous les élèves par le PIODMEP (Parcours d'Information, d'Orientation et de Découverte du Monde Economique et Professionnel) devrait leur per­mettre de mieux s'informer et réflé­chir en temps utile à leur orien­ta­tion. Mais tout dépen­dra de son organisation...

Environ 8% des bache­liers pro­fes­sion­nels pour­suivent leurs études à l'université. Comment expli­quer cette ten­dance et sont-ils suf­fi­sam­ment outillés pour y réussir ?

Toutes les sta­tis­tiques mettent en évidence que mal­heu­reu­se­ment la quasi-totalité des bache­liers pro­fes­sion­nels échouent à l'université, non parce qu'ils ne sont pas « com­pé­tents », ils sont d'ailleurs sou­vent déjà rela­ti­ve­ment auto­nomes du fait de leurs périodes de for­ma­tion en entre­prise, mais parce qu'il y a un « delta » impor­tant dans cer­tains domaines géné­raux ou aca­dé­miques. Il est donc pré­fé­rable, s'ils en ont la moti­va­tion et les capa­ci­tés, qu'ils pour­suivent en BTS (voire en DUT.) Trop fré­quem­ment, ils s'inscrivent à l'université « par défaut ». Faute, sou­vent, de moyens finan­ciers et parce qu'ils peuvent ainsi béné­fi­cier, au moins pen­dant un an, de la sécu­rité sociale étudiante et par­fois d'une bourse.

Charles Centofanti

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jean-pascal
le 22 juin 2014

Bonjour.
Effectivement, le bac pro convient tout à fait à des élèves qui sou­haitent décou­vrir un métier. En effet, l'avantage d'un bac pro par rap­port à un bac géné­ral, c'est que les jeunes, quelques fois en conflit avec les matières dites géné­rales, entrent en bac pro pour décou­vrir un métier, puis finissent sou­vent par retrou­ver goût aux études. Et c'est une très bonne chose qu'ils puissent alors avoir la chance de pou­voir pour­suivre en BTS ; car chaque élève doit pou­voir, à son rythme, atteindre le niveau d’étude le plus haut pos­sible.
Mais cette pos­si­bi­lité s'offre à tous les bacs pro, sauf à celui des métiers de la res­tau­ra­tion. En effet, avant, avec le bac pro en quatre ans (2ans de BEP puis 2 ans de Bac Pro), les élèves les plus méri­tants pou­vaient pos­tu­ler en BTS. Maintenant, cela n'est plus pos­sible.
Pourquoi ? Je n’en sais rien. Par contre, cette situa­tion est très mal vécue tant par les élèves, à qui on ne donne pas la chance de pou­voir évoluer à leur rythme, que par les pro­fes­seurs qui avant pou­vaient tirer les élèves vers le haut en les inci­tant à pas­ser après leur BEP un Bac Pro, puis après leur Bac un BTS. Maintenant, les ensei­gnants se retrouvent à voir évoluer durant trois ans des élèves, géné­ra­le­ment de façon spec­ta­cu­laire, mais qui, au bout du compte, n'auront pas la pos­si­bi­lité de pou­voir inté­grer une classe de BTS.
Et cette situa­tion est une injus­tice en matière d’éducation.
Cordialement.

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