« Le bac pro trouve peu à peu sa place aux côtés des autres bacs »

L’invité · Secondaire

Plus de 205 300 lycéens passent le bac professionnel cette semaine, soit 3 élèves de Terminale sur 10. A quoi sert ce bac ? Entretien avec Roland Kastler, consultant, membre du Conseil d’administration de l’Association française pour le développement de l’enseignement technique (AFDET) et ancien Délégué académique aux enseignements technologiques.

Roland Kastler

Roland Kastler

Le bac pro est-il une filière d’avenir ?

Il a été créé en 1985 pour valoriser la voie professionnelle et permettre aux jeunes d’accéder directement au monde du travail. Jusqu’à il y a cinq ans, le diplôme se préparait en quatre ans après la classe de 3e, contre trois ans pour décrocher le bac général ou technologique. Cette année « supplémentaire » dissuadait certains jeunes d’emprunter cette voie.

Aujourd’hui, le bac pro représente dans certains secteurs d’activités le premier niveau de qualification attendu et reconnu. Son obtention constitue donc un moyen d’accès direct à l’emploi dans ces secteurs, et un atout déterminant pour être recruté par une entreprise, comme par exemple dans le secteur de la maintenance industrielle. Mais il faut regarder ensuite de plus près la situation dans chaque filière. Par exemple, le bac pro comptabilité seul ne suffit pas : il est nécessaire de poursuivre vers un BTS pour avoir une bonne chance d’être embauché. C’est la raison pour laquelle l’Education Nationale propose désormais aux élèves, ou apprentis qui en ont la motivation et les capacités, de préparer un BTS après un bac pro.

Ainsi, la voie professionnelle avec ses trois premiers niveaux de formation et de qualification (CAP, Baccalauréat professionnel et BTS) représente une filière d’avenir.

Le Bac pro en 3 ans a-t-il permis de « changer les regards » comme le souhaitait Xavier Darcos, ministre de l’éducation au moment de son instauration en 2009, puis Vincent Peillon ?

Il n’existe pas encore d’étude significative pour démontrer que davantage de collégiens s’orientent vers le bac pro en trois ans. Ceci étant, pour avoir été Conseiller du Recteur d’Aix-Marseille, j’ai constaté un nouvel intérêt de la part d’un certain nombre de collégiens pour s’orienter vers la voie professionnelle alors qu’ils avaient le « niveau » pour rester en formation générale. Il est probable qu’il s’agit d’une des causes de la forte augmentation du nombre de candidats au baccalauréat professionnel.

Le bac pro trouve peu à peu sa place aux côtés des autres bacs. Pour autant, l’évolution du « regard » de la société dans son ensemble à l’égard de la voie professionnelle reste très lente : on commence progressivement à parler du bac pro, notamment en cette période d’examens, mais la plupart des gens considèrent encore qu’il s’agit d’un « bac inférieur aux autres », alors qu’il permet de valider des compétences différentes.

Le bac pro constitue-t-il un rempart contre le chômage ?

Un rempart non, mais un atout indiscutable lorsque l’on observe les critères de recrutement des entreprises pour un premier emploi. Les diplômes professionnalisants (CAP, Bac pro, BTS, Licence pro, Master pro, Ingénieurs, etc..) ont une valeur bien supérieure sur le marché du travail, par rapport aux diplômes généraux qui ne sont qu’une étape avant la poursuite d’études.

Comment mieux orienter les élèves vers les bacs pros qui ont les meilleurs débouchés ? 86 bacs pros différents, n’est-ce pas un peu beaucoup ?

Ce n’est pas le nombre de bacs pros qui pose problème, même si certains intitulés sont trop « abstraits » et donc à revoir. Il faut effectuer un travail de fond pour valoriser davantage les filières professionnelles et technologiques à leur juste place, dès le collège. Il faut cesser de marginaliser les jeunes en leur disant, comme c’est encore trop fréquemment le cas, que s’ils ne travaillent pas assez, ils iront en filière professionnelle. On peut penser que l’organisation d’un Parcours de découverte des métiers et des formations (PDMF) qui vient d’être remplacé pour tous les élèves par le PIODMEP (Parcours d’Information, d’Orientation et de Découverte du Monde Economique et Professionnel) devrait leur permettre de mieux s’informer et réfléchir en temps utile à leur orientation. Mais tout dépendra de son organisation…

Environ 8% des bacheliers professionnels poursuivent leurs études à l’université. Comment expliquer cette tendance et sont-ils suffisamment outillés pour y réussir ?

Toutes les statistiques mettent en évidence que malheureusement la quasi-totalité des bacheliers professionnels échouent à l’université, non parce qu’ils ne sont pas « compétents », ils sont d’ailleurs souvent déjà relativement autonomes du fait de leurs périodes de formation en entreprise, mais parce qu’il y a un « delta » important dans certains domaines généraux ou académiques. Il est donc préférable, s’ils en ont la motivation et les capacités, qu’ils poursuivent en BTS (voire en DUT.) Trop fréquemment, ils s’inscrivent à l’université « par défaut ». Faute, souvent, de moyens financiers et parce qu’ils peuvent ainsi bénéficier, au moins pendant un an, de la sécurité sociale étudiante et parfois d’une bourse.

1 commentaire sur "« Le bac pro trouve peu à peu sa place aux côtés des autres bacs »"

  1. jean-pascal  22 juin 2014 à 21 h 52 min

    Bonjour.
    Effectivement, le bac pro convient tout à fait à des élèves qui souhaitent découvrir un métier. En effet, l’avantage d’un bac pro par rapport à un bac général, c’est que les jeunes, quelques fois en conflit avec les matières dites générales, entrent en bac pro pour découvrir un métier, puis finissent souvent par retrouver goût aux études. Et c’est une très bonne chose qu’ils puissent alors avoir la chance de pouvoir poursuivre en BTS ; car chaque élève doit pouvoir, à son rythme, atteindre le niveau d’étude le plus haut possible.
    Mais cette possibilité s’offre à tous les bacs pro, sauf à celui des métiers de la restauration. En effet, avant, avec le bac pro en quatre ans (2ans de BEP puis 2 ans de Bac Pro), les élèves les plus méritants pouvaient postuler en BTS. Maintenant, cela n’est plus possible.
    Pourquoi ? Je n’en sais rien. Par contre, cette situation est très mal vécue tant par les élèves, à qui on ne donne pas la chance de pouvoir évoluer à leur rythme, que par les professeurs qui avant pouvaient tirer les élèves vers le haut en les incitant à passer après leur BEP un Bac Pro, puis après leur Bac un BTS. Maintenant, les enseignants se retrouvent à voir évoluer durant trois ans des élèves, généralement de façon spectaculaire, mais qui, au bout du compte, n’auront pas la possibilité de pouvoir intégrer une classe de BTS.
    Et cette situation est une injustice en matière d’éducation.
    Cordialement.

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .


quatre + 7 =

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.