« Les notes sont un outil de pouvoir des enseignants sur les élèves »

Le colloque "Evaluation et démocratie" s’est tenu la semaine dernière à Besançon. L’occasion d’analyser le système de notation actuel des élèves et de réfléchir à son avenir. Le point avec Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat SNPDEN-UNSA.

Philippe Tournier secrétaire général SNPDEN UNSA

Philippe Tournier, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN-UNSA).

Que pensez-vous de l’évaluation pratiquée actuellement en France ?

Notre système d’évaluation sur 20 n’est pas satisfaisant. Avoir son bac avec 10 de moyenne signifie que l’on a obtenu que des 10 par exemple, ou alors des notes très différentes, comme un 3 et un 17. Ce n’est pas la même chose ! Le concept même de moyenne pose problème. Lorsqu’un élève obtient son année à 10, cela certifie qu’il a acquis seulement la moitié des savoirs… Le but de notre système n’est pas de valider ce que les élèves savent, mais de les ranger. Il s’agit juste de déterminer si l’élève A est devant l’élève B.

Quels sont les problèmes de ce modèle ?

L’évaluation est académique, donc nous trions les élèves sur des critères académiques comme la dissertation ou le problème mathématique. Les démarches auprès de la collectivité, l’engagement, l’humanitaire, les compétences sociales ou en travaux manuels, ne sont pas valorisés dans ce système. Autre problème : les élèves considèrent leurs notes comme le salaire de leur savoir, pas comme une validation. Une fois qu’ils connaissent leur résultat, ils ne s’intéressent pas du tout à la correction du sujet. Les notes sont également un outil de pouvoir des enseignants sur les élèves. Face à trente adolescents, ce genre d’outil est bienvenu pour aider l’enseignant à maintenir son leadership. Si cette évaluation disparaissait, il faudrait bien la remplacer par quelque chose.

Comment faire pour le changer ?

Il y a eu des précédents. A la fin des années soixante on a voulu remplacer l’évaluation sur 20 par un système ABCDE. Mais au final cela fait plus de trente ans que l’on essaie de supprimer ce système tout en y revenant, inexorablement. Le blocage vient du ministère, pas des enseignants. Il y a un vrai double discours : le ministère nous dit qu’il faut changer l’évaluation des élèves tout en maintenant le statu quo. On vante les méthodes alternatives de notation mais on fait le contraire, c’est de l’hypocrisie. Changer l’évaluation des élèves en France c’est changer les examens type baccalauréat et brevet.

Quelles sont les perspectives d’évolution demain ?

Pour le futur, tout est imaginable ! La question est plus de déterminer comment mettre en œuvre les transformations. Très peu de gens travaillent sur la prospective après trente ans d’immobilisme. Tout le monde est très prudent, les notes survivent après 50 ans de critique, ce n’est pas sans raisons ! A l’heure actuelle, personne ne pense qu’il va  y avoir une évolution de la notation dans les années à venir. Le futur qu’on définissait il y a trente ans est toujours là, rien n’a changé.

Le système actuel est tout à fait en harmonie avec ce qui est attendu de lui : le tri des élites sociales. Savez-vous que de 1995 à 2010, le taux d’accès au bac s’est arrêté alors qu’il progressait constamment ? Il y a moins de bacheliers aujourd’hui qu’en 1995. La machine a été officiellement relancée depuis 2010 avec les bac pro mais, pour les bac généraux, il y a une panne depuis plus de vingt ans. Le système est paralysé. La situation ne cesse de se dégrader et ce n’est pas le recul de la rentrée qui va changer quelque chose.

8 commentaires sur "« Les notes sont un outil de pouvoir des enseignants sur les élèves »"

  1. Jan Vaniais  23 mai 2014 à 13 h 16 min

    Ah, parce qu’elles ne sont pas un outil de pouvoir de l’administration sur les professeurs ?
    Remplacez « élèves » par « enseignant » et « enseignant » par « proviseur » dans cet article et vous verrez qu’il reste très intelligible.
    Un outil de domination dites vous ?Signaler un abus

    Répondre
  2. Neoptec  23 mai 2014 à 14 h 17 min

    Le problème de l’évaluation n’est pas la note chiffrée ! avoir un A ou un F en revient strictement au même ! C’est surtout comment on attribue un 10 ou un 3 et ce que cela représente en termes de savoirs qui posent problème ! Les outils numériques tels que ePASS peuvent aider à structurer l’évaluation et permettre enfin de savoir qu’elles sont les connaissances et compétences acquises ou non !Signaler un abus

    Répondre
  3. Chiche  23 mai 2014 à 15 h 11 min

    Les pédagogues(et autres spécialistes autoproclamés) essaient de mettre les élèves et enseignants sur un pied d’égalité depuis des décennies et on voit aujourd’hui les résultats désastreux. Plus de priorités, plus de hiérarchie, plus d’autorité, plus de travail de la part des élèves… Oui la note donne de l’autorité au professeur, autorité qui aujourd’hui manque cruellement dans nos classes. On devrait faire deux types d’école : une sans notes, sans devoirs, sans travail, sans contrainte, sans coefficients, sans priorité aux fondamentaux pour les élèves des pédagogues et une autres complétement inverse pour mes enfants et mes petits enfants. Et pour les autres me direz-vous et bien : ils choisiront entre les deux et tout le monde sera contents.Signaler un abus

    Répondre
  4. jpg  23 mai 2014 à 15 h 20 min

    Ex-adhérent SNPDEN, actuellement pensionné, je tiens à louer la position de Philippe TOURNIER. Il était temps!
    Je m’interroge sur cet acte courageux et déterminant, y aurait-il un profond changement des autorités rectorales ? Elles ont rarement fait évoluer les pratiques enseignantes… dans le réel. La notation des personnels et l’hypocrite notation des chefs d’établissement soutient ce système tout-à-fait obsolète. Courage pour faire ENFIN bouger 900000 PERSONNES. Il m’apparaît essentiel d’aller vers une réelle déconcentration. Le développement économiques, les emplois; l’innovation, la survie de notre pays, tout cela nécessite une révolution, une responsabilisation devant les familles, et les apprenants.
    COURAGE ! JP GuilianelliSignaler un abus

    Répondre
  5. Bienmais  23 mai 2014 à 15 h 25 min

    Bien vu Jean Vaniais. On sent d’ailleurs cette domination dans cette interview : je sais « moi » ce qu’il faut faire pour les enfants de pauvres. Effectivement ne pas leur mettre de notes afin que les enfants de riches puissent travailler cachés pendant que les enfants de pauvres seront leurrés grâce à des croix dans des cases et à l’obtention de diplôme sans aucune valeur, en leur disant « tu n’es pas bon en math et en français, c’est pas grave tu as plein d’autres compétences… » Le temps que les enfants de pauvres s’aperçoivent (s’ils y arrivent) de la supercherie, les autres seront bien devant ni vu ni connu. On ne pourra même plus comparer les établissements les uns aux autres comme ça, plus personne ne pourra voir que nos enfants sont dans de meilleurs établissements. Si jamais on va trop loin, pas très grave, il restera l’école privée pour les enfants de riches car là on ne va bien sur pas supprimer les notes !Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous