« 20% des enseignants souffrent de la voix »

Un enseignant sur deux souffre d’un trouble vocal au cours de sa carrière, selon la MGEN. Alors que mercredi 16 avril a lieu la Journée Mondiale de la Voix, Corinne Loie, orthophoniste à la MGEN et chanteuse lyrique, explique comment préserver ses cordes vocales.

Corinne Loie

Corinne Loie

Les enseignants sont-ils en première ligne en matière de troubles de la voix ?

Un tiers des professionnels utilisent leur voix de manière intensive. Les enseignants en font partie, comme les commissaires priseurs, les avocats, les ecclésiastiques, les commerciaux, les professionnels médicaux et, entre autres, les politiques. 20% des enseignants souffrent de la voix, contre 4% chez les autres professionnels. Les enseignants participent chaque semaine à un marathon vocal. Pour se montrer persuasifs, ils ont souvent recours à l’insistance. Cela fatigue l’organe vocal. Ils s’accordent peu de pauses vocales et ils exercent dans un environnement stressant, un facteur aggravant. Rien n’est fait pour ménager leur voix : on ne vérifie pas l’acoustique des classes, alors que dans certains pays d’Europe comme la Finlande les enseignants parlent dans un micro et sont sonorisés.

Certains professeurs sont-ils plus exposés que d’autres ?

Oui, il y a notamment une prévalence des problèmes vocaux chez les femmes. Les professeurs des écoles en maternelle sont plus exposés que leurs collègues du second degré, à l’exception des professeurs d’éducation musicale, d’éducation physique et sportive et des enseignants en lycée professionnel. Ces derniers sont confrontés au bruit des machines et aux particules irritantes pour la muqueuse.

Les enseignants prennent-ils suffisamment soin de leur voix ?

Pas assez. Dans bien des cas, ils sont catapultés dans le métier sans la préparation suffisante. Ils ont donc, pour la plupart, une utilisation « réflexe » de la voix. Mais nous ne sommes pas tous égaux face aux problèmes de voix : les hommes utilisent leurs cordes vocales en moyenne environ 110 fois par seconde, contre 220 fois pour les femmes. Si une femme maltraite sa voix, on comprend qu’elle aura alors plus de chance de déclencher une pathologie vocale qu’un homme et pourquoi les femmes sont plus sujettes à l’enrouement et à l’aphonie.

A quels risques pour la santé s’expose-t-on en négligeant sa voix ?

Chez les enseignants, beaucoup de cordes vocales ne ferment plus très bien. Il faut se représenter les cordes vocales comme deux petits « silos » placés à l’horizontal derrière la pomme d’Adam. La qualité de la voix dépend beaucoup de la tonicité et de la fermeture de ces bandelettes. Les enseignants, soumis à un stress important, contractent excessivement leurs cordes vocales. Cela provoque un relâchement musculaire, source de fuite d’air. Résultat : une voix soufflée, des difficultés à monter dans les aigus et à parler fort.

Parmi les autres risques : celui de développer un œdème au niveau des cordes vocales, ou bien des nodules, une pathologie très fréquente chez les enseignants ou encore un polype, surtout s’il y a un terrain tabagique

Comment un enseignant peut-il prendre soin de ses cordes vocales au quotidien ?

Adopter une bonne hygiène de vie : bien dormir, bien s’hydrater en évitant les sodas et boissons gazeuses acides, ne pas manger trop épicé, porter de la soie autour du cou… Mais je préconise aussi les méthodes de régénération et de préparation de la voix. Le recours à certaines pratiques régénératrices se révèle souvent précieux : la sophrologie, le yoga, la relaxation et tout ce qui relève de la méthode Alexander.

Parmi les astuces contre la fatigue vocale, je conseille de s’allonger sur un sol dur, de relâcher tous ses muscles et de respirer profondément. Le souffle est le moteur aérien de la voix, tandis que le dos est la structure sur laquelle s’accrochent tous les éléments constitutifs du corps vocal. Le travail postural est donc très important. D’une manière générale, la connaissance de soi est primordiale. Et attention à la préparation de la rentrée scolaire ! Cela ne s’improvise pas. 15 jours avant la rentrée, il convient de lire chaque jour à haute voix, de faire des vocalises voire de chanter : en clair, de préparer le muscle au marathon vocal qui l’attend.

1 commentaire sur "« 20% des enseignants souffrent de la voix »"

  1. Profencolère  15 avril 2014 à 0 h 19 min

    C’est très intéressant mais pourquoi ne pas attaquer le mal à sa source ?
    Des classes trop chargées, donc plus d’occasions de se servir de sa voix, des enfants irrespectueux et n’ayant pas de repères, à qui il faut répéter plusieurs fois les consignes, empêcher de nuire par la parole, voire le cri, plus de réunions, plus de dialogues avec les parents, voilà ce qui fatigue la voix, génère pharyngite, aphonie…etc, c’est un travail de plus en plus lourd en temps, en prise de paroles. L’Education Nationale ne devrait-elle pas agir à ce niveau ? C’est encore une façon de dire aux enseignants qu’ils sont responsables de leurs problèmes, ça ne change pas beaucoup !!Signaler un abus

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