« Les professeurs d’EPS n’enseignent pas que du sport »

Qu’en est-il de l’Education Physique et Sportive aujourd’hui ? Françoise Brisset, professeur d’EPS au collège des Tilleuls à Claye-Souilly répond à nos questions sur cette discipline.

Séance de volley-ball (F.DURAND/SIPA).

Séance de volley-ball (F.DURAND/SIPA).

Pouvez-vous présenter l’Education Physique et Sportive ?

C’est une matière à part entière au même titre que l’histoire-géographie ou les mathématiques. Au collège l’EPS est enseigné 3h mais en 6ème elle compte 4h par semaine, ce que j’estime suffisant. Toutefois selon les établissements, le temps de transport pour se rendre aux installations sportives empiète sur la pratique, et à ce moment-là je trouve qu’il n’y a pas assez de temps dédié à l’EPS. Au niveau du brevet des collèges, cette matière compte comme coefficient 1 dans le contrôle continu. C’est une matière évaluée avec un référentiel nationale et des directives à respecter.

En arrivant au collège, je constate que les anciens élèves de primaire, venus de différents établissements, ont un niveau parfois insuffisant. En ce qui concerne le lycée, l’EPS est pratiquée 2h par semaine. Cette matière est présente au baccalauréat et une option EPS est aussi possible lors de cet examen.

Au travers de l’EPS, nous cherchons aussi à développer le respect des autres, le respect des différences, l’autonomie, le goût de l’effort et le travail en groupe avec en support des activités physiques et sportives.

Quel a été votre parcours scolaire pour devenir professeur d’Education Physique et Sportive ?

Mon parcours est particulier : après l’obtention de mon bac scientifique, je me suis orientée vers une faculté de sciences pour ensuite rejoindre l’école normale de PEGC à Versailles. J’ai suivi pendant 4 ans des études bivalentes c’est-à-dire sciences de la nature et EPS. On sortait avec un diplôme qui s’appelait le CAPEGC (un diplôme bivalent). J’ai enseigné ces deux matières un certain temps et au fil des années, je n’ai plus eu que de l’EPS. Plus tard, je suis passée dans le corps des certifiés en EPS. J’ai continué à gravir les échelons. Maintenant je suis en fin de carrière, certifiée hors classe.

Aujourd’hui, la formation a changé. On s’inscrit dans une faculté. On obtient une licence au bout de trois ans et un master en deux ans. Apparemment la formation dispensée maintenant est plus théorique et moins axée sur le côté physique.

Pensez-vous que la formation dispensée actuellement procure aux professeurs d’Education Physique et Sportive les connaissances nécessaires pour enseigner ?

Si je prends l’exemple de notre plus jeune professeur d’éducation physique et sportive, oui je trouve que la formation actuelle est impeccable. Toutefois, cela dépend du sérieux et de l’investissement des personnes. Pour se perfectionner de toute façon, à côté de la formation initiale, des stages de formation tout au long de la carrière permettent d’échanger et d’être à jour sur les pratiques et leurs évolutions.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans l’enseignement ?

L’éloignement des infrastructures sportives est le principal handicap de cette matière. Et les activités dépendent des installations dont nous disposons, par exemple un gymnase ou une piscine. Le nombre important d’élèves par classe est également une difficulté, ainsi que parfois leur adhésion. Il y a toujours des récalcitrants ! Ils ont vraiment du mal à sortir et à ranger le matériel. J’ai enseigné 10 ans à Aulnay-Sous-Bois, c’était beaucoup plus difficile que là où je suis aujourd’hui, depuis 1987, à Claye-Souilly. C’est un collège calme, un peu à la campagne, avec moins de 500 élèves. En général, les élèves adhèrent. Nous avons, il est vrai, un rapport privilégié avec les élèves, car c’est une matière qui plaît. Mais quand il faut travailler pour acquérir des compétences, nous sommes parfois confrontés à un manque de motivation de leur part.

De plus, il faut que ces derniers acceptent de montrer leur corps, de se montrer aux autres lorsqu’ils sont évalués. C’est tout un travail, l’EPS n’est pas que du sport. Nous faisons tellement de choses à côté : on les motive, on les rassure, on leur donne des conseils…

Il y a également une autre difficulté : le surpoids des élèves. Même s’il reste peu élevé, le surpoids gêne dans les apprentissages. Il faut d’ailleurs faire la distinction entre ceux qui sont en surpoids, et ceux dont le poids gêne pour la pratique de l’EPS. Or 7 à 10% des élèves sont gênés par leur poids. C’est un problème délicat car l’enfant se sent stigmatisé. Ces élèves-là ne font pas exactement les mêmes activités que les autres : ils ont accès à une activité physique adaptée.

Doit-on donner une place plus importante à l’EPS?

L’EPS a déjà une place importante. Mais même si je veux défendre ma matière, ce n’est pas avec l’EPS que l’on obtient le bac ! Dans la série scientifique par exemple, les mathématiques et la physique-chimie ont un fort coefficient. L’EPS le plus souvent un coefficient 2.

Les options EPS au baccalauréat peuvent, à la rigueur, permettre aux élèves d’obtenir des points en plus…

L’EPS est en général une matière appréciée des élèves, cela permet-il une relation particulière entre vous et eux ?

Oui, notamment à l’A.S. ! Nous avons vraiment une relation privilégiée avec les élèves car se sont uniquement des volontaires. Mais il y a aussi tout ce système de compétition : on les motive, on discute avec eux… C’est comme un club ! Il y a le côté convivial et festif. Régulièrement notre collège va au championnat de France de Badminton. On vit des moments intenses au niveau sportif.

Avec les élèves en cours d’EPS, tout dépend de l’ambiance générale de classe. Il faut savoir imposer son autorité pour après la relâcher. Oui, il y a de la détente, mais on est là pour apprendre et pour progresser.

Enfin lors du conseil de classe, on se tourne souvent vers le prof d’EPS, car il a une vision différente des élèves. Il les voit sous un autre angle que ses collègues et son avis est souvent pris en compte.

2 commentaires sur "« Les professeurs d’EPS n’enseignent pas que du sport »"

  1. marcsus  15 mars 2014 à 16 h 21 min

    Et il y a aussi les projets interdisciplinaires qui permettent aux élèves de vivre le corps danse, théâtre, cirque etc… grâce aux programmes et aux projets d’action culturelle largement investis par l’EPS.Signaler un abus

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  2. marcsus  15 mars 2014 à 16 h 26 min

    Sans oublier les actions de prévention à la santé, les techniques de relaxations, la participation au conseil de vie lycéenne…Signaler un abus

    Répondre

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