Des dispositifs relais pour « reprendre goût à l’école »

Alors que Vincent Peillon a fait de la lutte contre le décrochage scolaire l’une de ses priorités, retour sur les dispositifs relais mis en place par l’Éducation nationale.

Classe relais

Classe relais © Drivepix – Fotolia.com

Environ 140 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme. Collégiens en plein rejet de l’école, élèves en révolte, absentéistes, jeunes en pleine démotivation et en voie de déscolarisation… Voilà le public auquel s’adressent les dispositifs relais. Bien souvent, ces collégiens, de la sixième à la troisième, ont bénéficié de toutes les mesures d’aide et de soutien déjà existant au collège.

« Ce sont des élèves qui ont de gros problèmes familiaux, certains sont en famille d’accueil », explique sur un forum en ligne une professeure de français dans un atelier relais. « Ils sont souvent très turbulents et il est difficile de les faire travailler en autonomie. » C’est pourquoi ces dispositifs bénéficient d’un encadrement renforcé avec des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), des associations ou des collectivités territoriales.

« Mon objectif, quand un jeune arrive dans une classe relais, est de lui permettre de dissocier ses problèmes personnels de sa relation à l’école », explique Sébastien, éducateur de la PJJ qui travaille deux jours par semaine en classe relais. « On leur redonne confiance en eux, on brise les barrières défensives qu’ils se sont créées pour leur donner une image différente du statut d’élève et de l’école. »

Chiffres clés

En 2012-2013, 8 684 élèves sont passés par ces dispositifs, soit 5 940 en classe relais et 2 744 en atelier relais. Les académies qui ont le plus de dispositifs relais sont les académies à dominante urbaine qui accueillent les plus grands nombres d’élèves : Créteil, Versailles, Lille, Montpellier par exemple.

Des unités à dimension humaine

Les dispositifs relais sont de trois types : les ateliers, les classes et les internats. Il existe actuellement en France 440 classes relais, 302 ateliers relais et douze internats relais depuis la rentrée 2013. Le plus souvent les classes et internats relais sont réservés à des élèves de quatrième ou troisième et les ateliers aux plus jeunes. L’intégration des jeunes aux dispositifs varie de quelques semaines à plusieurs mois. Souvent les sessions vont d’une période de vacances à une autre.

Ces classes et ateliers sont mis en place pour des groupes de six à douze élèves. « Ce petit nombre permet un suivi individualisé pour restaurer des liens avec chaque élève et apprendre à le connaître », souligne Sébastien.

Les outils pédagogiques utilisés dans les dispositifs relais sont variés. « Il est important de travailler sur des choses concrètes qui prennent sens immédiatement et de valoriser leur travail”, témoigne un enseignant sur Internet. « Des ateliers de radio, des moments de cuisine en groupe, des sorties… En classe relais, le rythme est différent et l’on accorde un temps d’attention plus important à l’élève pour lui redonner goût à l’école », explique Sébastien.

Après ce passage dans le dispositif relais, l’objectif est, bien entendu, la réintégration au système scolaire « normal ». « Parfois le retour est progressif, l’élève vient le matin en classe relais et retourne l’après-midi dans son autre classe », précise Sébastien. « Le retour peut être compliqué car le jeune quitte une classe à dimension humaine, où il avait trouvé sa place. »

Une parenthèse dans la scolarité

D’après l’Education nationale, à l’issue du passage en dispositif relais, 73% des élèves de troisième rejoignent une classe de troisième, les autres partent en formation professionnelle en CFA par exemple ou en structures spécialisées. Le pourcentage de « réussite »est plus élevé chez les élèves plus jeunes qui rejoignent plus massivement (85%) les classes ordinaires du même niveau que leur classe d’origine.

« Le terme de dispositif relais est approprié : on vient prendre le relais d’une équipe scolaire fatiguée d’un élève qui, lui aussi, est fatigué… » conclut Sébastien. “C’est un temps de pause et de réflexion pour le jeune, une parenthèse dans sa scolarité où on le suit de près. On sème quelque chose et certains comprennent l’intérêt de la scolarité après leur passage au sein du dispositif. »

Julie Crenn

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