« Les MOOC sont de simples cours filmés »

Le philosophe Pascal Engel, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), doute de l’intérêt des MOOC. Selon lui, les cours en ligne massifs et ouverts ne dispenseront jamais les étudiants d’une présence sur les bancs de l’université.

Pascal Engel

Pascal Engel

Les MOOC vont-ils révolutionner le fonctionnement de l’université ?

Je ne crois pas que les cours « en présentiel » disparaîtront au profit de cours virtuels. Les MOOC ne peuvent fonctionner que pour des cours d’introduction. Ils ne sont adaptés qu’à certains types de formations pratiques, pour apprendre la pêche à la ligne par exemple ou pour certains enseignements techniques. Et puis les MOOC coûtent très cher, ce sont donc plutôt les grands établissements privés aux USA ou les grandes écoles en France, toujours plus riches que les universités, qui peuvent se permettre d’en développer. Il y a eu de grandes déclarations aux Etats-Unis, prédisant un avenir funeste pour les universités. Je n’y crois pas. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’échec cuisant d’Udacity : son co-fondateur a jeté l’éponge devant le faible taux de réussite des étudiants. Les obstacles pédagogiques sont colossaux : comment un enseignant pourra-t-il gérer 10 000 étudiants ? Même assisté de 10 personnes, un professeur ne pourrait gérer ce public et encore moins organiser la validation des acquis. Or si l’on se rend à l’université, c’est dans la majorité des cas pour décrocher un diplôme. La validation par « externalisation ouverte » est absurde : les étudiants vont-ils se donner à eux-mêmes leurs propres diplômes ?

Vous comparez les MOOC à « des armes de destruction massives du savoir et de l’université » : ne sont-ils pas, comme l’affirment leurs promoteurs, une nouvelle expérience d’apprentissage permettant de démocratiser les savoirs ?

En employant cette expression, j’ai voulu répondre à ceux qui présentent les MOOC comme des drones, capables d’instruire les masses sans que jamais elles rencontrent le moindre professeur. J’ai même entendu parler de « campus planétaire », on croit rêver ! Les MOOC n’apportent rien de nouveau par rapport à l’e-learning. En ce qui me concerne, je mets régulièrement à disposition de mes étudiants des fiches de cours ou des conseils de lecture sur une plateforme Moodle. Le plus souvent, les MOOC ne sont que de simples cours filmés. Les quizz qui les accompagnent peuvent fonctionner pour certaines disciplines, mais pas pour les humanités ou les sciences sociales où il faut lire et réfléchir, et pas simplement cliquer sur une case. Au bout de trois ans, les MOOC deviennent caducs et il faut les refaire ! L’enseignement doit être vivant, faute de quoi les étudiants s’ennuient. Et puis dans un cours traditionnel, si les étudiants ne suivent pas, il est possible de revenir en arrière ou d’adapter le cours la fois suivante. Enseigner, c’est comme piloter une voiture : il faut savoir passer les vitesses au bon moment. Quant à la démocratisation des savoirs, c’est un leurre. Combien de pays ont accès aux MOOC et à internet ? ll y a un risque réel d’enseignement à deux vitesses, avec d’un côté des MOOC pour les masses qui auront des sous-diplômes : des étudiants indiquent déjà qu’ils ont obtenu des diplômes « par Mooc » sur leur CV ! Et d’un autre côté, des MOOC en présentiel, pour de petites élites bien renseignées.

Le cours magistral est-il toujours adapté à l’université ?

Le cours magistral sous la forme d’un monologue n’est bien sûr pas adapté. Mais on peut très bien être seul devant une assemblée d’étudiants et créer de l’interactivité ! Le MOOC doit rester à sa place : il s’agit d’un produit d’appel qui peut rendre service à des étudiants qui hésiteraient, par exemple, à suivre telle ou telle formation. Ou bien à des retraités désireux de renforcer leurs connaissances sur un sujet précis. De la même manière, je n’exclus pas que les MOOC puissent avoir une utilité pour certains apprentissages relativement mécaniques : pourquoi pas pour apprendre des notions mathématiques élémentaires, comme le propose la Khan Academy, ou des langues étrangères. Cela pourra conduire à remplacer des grands cours donnés en amphithéâtre en première année, et donc à faire des économies. La combinaison « MOOC + enseignement en présentiel » peut être efficace dans un certain nombre de cas. Mais certainement pas tous, comme le voudraient ceux qui nous proclament que les universités seront remplacées par des « cafés internet » !

2 commentaires sur "« Les MOOC sont de simples cours filmés »"

  1. dannel  23 février 2014 à 23 h 04 min

    Le taux d’échec à l’université qui accueille des jeunes sortant de bacs pros est au moins aussi important que celui d’Udacity.
    Oui, les MOOCs peuvent aider plus d’un de nos étudiants.
    Oui, l’Université est très loin de l’EHESS. Oui, un étudiant à l’Université coûte bien cher qu’un étudiant de l’EHESS, école d’un modèle dépassé, même par les MOOCs.Signaler un abus

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  2. Loys  24 février 2014 à 13 h 17 min

    N’en doutons pas : les moocs peuvent sauver les bacheliers professionnels…Signaler un abus

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