Cours en ligne : « plus que les MOOC, les SPOC ont de l’avenir à l’université »

Les MOOC, ces cours en ligne massifs et ouverts, sont en plein essor. Mais sont-ils si efficaces ? Vont-ils bouleverser durablement le supérieur ? Entretien avec François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise et du comité numérique de la Conférence des présidents d'université (CPU).

François Germinet, président de l'Université de Cergy-Pontoise

François Germinet, président de l'Université de Cergy-Pontoise

Les « MOOC » (Massive Online Open Courses), en français les « CLOM » (Cours en Ligne Ouverts et Massifs), sont-ils l’avenir de l’université ?

Oui et non. Il y a de nombreux malentendus sur les cours en lignes. Il faut distinguer les MOOC, en tant que cours ouverts et massifs d’envergure internationale, et les SPOC (Small private online classes) qui sont des cours privés très proches du principe de la classe inversée à distance. Dans le premier cas, les MOOC ne représentent pas vraiment l’avenir de l’université : il s’agit de têtes de gondole qui participent à la renommée de l’établissement. En revanche, les SPOC, ces séquences pédagogiques accessibles par un petit groupe d’étudiants pour ensuite être retravaillées avec les enseignants, ont de l’avenir à l’université.

Quelle est l’efficacité de ces cours gratuits en ligne ?

Les MOOC remplissent leur rôle de produits d’ouverture et d’appel. Ils sont tout public et ne concernent pas que les étudiants, mais aussi les salariés, les retraités… On est plus dans le désir de se cultiver que dans la volonté de suivre des études avec un diplôme en ligne de mire. La plateforme FUN, lancée par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en octobre 2013, propose une vingtaine de MOOC et sur les plus de 120 000 inscrits, il y a très peu d’étudiants.

Quant aux SPOC, leur efficacité est très bonne. A Cergy, l’Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) forme à distance quelque 300 professeurs des écoles chaque année et cela fonctionne bien.

Quels paramètres doivent être réunis pour que les cours en ligne soient un succès ?

Il faut une équipe pédagogique et une d’ingénierie. L’enseignant apporte les concepts, les exercices et les exemples, tandis que l’équipe pédagogique intervient sur la manière de séquencer la formation. Il faut ensuite une plateforme capable de supporter les échanges entre étudiants et enseignants. Pour les MOOC, elles doivent pouvoir gérer 10 000 connexions simultanées, tandis que pour les SPOC les contraintes techniques sont moindres : toutes les universités peuvent se lancer.

Quels objectifs se fixe votre université en matière de MOOC et de SPOC ?

Nous avons déjà des SPOC puisque 400 étudiants environ se forment à distance sur le professorat des écoles et le CAPES. Nous allons continuer à les développer. En ce qui concerne les MOOC, nous demandons à nos étudiants de s’inscrire sur FUN aux quatre premiers cours  sur les compétences informatiques, dans le cadre de la Certification informatique et Internet (C2i). 200 étudiants en droit sont inscrits. L’idée étant de les accompagner en interne et ensuite de leur faire passer l’examen au sein de l’université. L’objectif est de généraliser le recours aux MOOC, comme supports pédagogiques, pour la certification en informatique et en langues. D’ici quelques mois, des cours de base de licence devraient aussi être disponibles sur la plateforme FUN. Nous pourrons alors demander aux étudiants de les suivre. L’important c’est de savoir comment on accompagne les étudiants. De ce point de vue, ce qui fait la valeur d’un enseignant ce sont moins ses connaissances que sa capacité à accompagner l’apprentissage des savoirs. L’enseignant « sachant » devient davantage enseignant pédagogue. Il n’est pas nécessaire que 100% des professeurs se mettent à proposer des cours en ligne : il suffit de quelques volontaires dans chaque discipline pour amorcer la bascule.

Peut-on imaginer qu’un jour en France, on sera diplômé en ayant suivi des MOOC ? Les MOOC peuvent-ils remplacer les cours magistraux ?

Le présentiel ne disparaîtra pas et je ne crois pas que l’on proposera un diplôme national aux étudiants ayant suivi des MOOC, ne serait-ce que pour le problème posé par la certification. Mais la notion de cours magistral est perturbée par les MOOC, surtout dans le premier cycle. Dans cinq ans, des enseignements de base de premier cycle seront accessibles à distance : les universités pourront s’en servir, ce qui permettra de faire plus de TD et d’accompagner la pédagogie par projet, selon le principe de la classe inversée. L’enseignement à distance permet de toucher de nouveaux publics (salariés, empêchés, handicapés) et d’alléger l’emploi du temps des étudiants pour leur permettre, par exemple, d’effectuer de petits boulots. Pour autant, les étudiants continueront de se retrouver sur un campus, d’aller à la bibliothèque et d’échanger avec leurs enseignants.

3 commentaires sur "Cours en ligne : « plus que les MOOC, les SPOC ont de l’avenir à l’université »"

  1. cvaufrey  16 février 2014 à 11 h 09 min

    Les SPOC ne sont rien d’autre que de l’e-learning tel qu’il se pratique dans les universités et les centres de formation depuis une vingtaine d’années. Si la vogue des MOOCs permet de remettre l’e-learning sur le devant de la scène, c’est une excellente nouvelle. Mais affirmer que les « SPOC » ou (cours en ligne pour des groupes restreints et fermés, comme on le fait donc depuis 20 ans) marcheront mieux que les MOOCs, c’est faire l’impasse une fois de plus sur le « Massif »… Ce qui est jusqu’à présent la seule véritable innovation du phénomène MOOC. Et tout le reste doit encore s’adapter à ce fameux M…Signaler un abus

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  2. Gavroche  20 février 2014 à 16 h 52 min

    La réaction du Président est logique, il défend son job… Mais la vraie question est, à mon avis, l’Université est-elle là pour délivrer des diplômes (qui permettent de trouver un travail… ou pas). Ou l’Université a-t-elle comme mission de diffuser les connaissances, même si « l’étudiant » est salarié, papy ou autre. Et celui-ci pourra obtenir une attestation, certification, etc… La question du présenciel est sur la même veine, pour progresser et apprendre, faut-il être à temps complet à la fac ? Ou peut-on imaginer promotion, évolution. Qui dit que l’échelle (la promotion) sociale est cassée ? Certainement pas moi…Signaler un abus

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  3. KONE  7 novembre 2014 à 11 h 19 min

    Bien pour la gestion du temps, vraiment bravo pour l’initiative.Signaler un abus

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