Enseignement professionnel : « tordre le cou aux stéréotypes ! »

Christian Lage, secrétaire général du syndicat SNETAA-FO, majoritaire dans l’enseignement professionnel, relativise l’impact de la réforme du bac pro en 3 ans. Mais il s'inquiète du projet de loi sur la formation professionnelle.

SNETAA Christian Lage

SNETAA Christian Lage

Quelles sont les conséquences de la mise en place, en 2009, du bac pro en 3 ans au lieu de 4 ?

Le SNETAA a accepté le débat sur la réforme du bac pro en 3 ans. Ce qui importe, c’est la mise en place de passerelles ascendantes et la logique de parcours diplômant du CAP au BTS. Nous nous sommes donc battus pour demander la réouverture de CAP en lycée professionnel et pour que la possibilité soit donnée aux jeunes de pouvoir poursuivre en BTS après un bac pro.

Il faut relativiser la réduction de la durée de préparation du bac pro : au final, cela représente à peine 25% de cours en moins ! C’est un choc culturel pour les collègues mais la réalité aujourd’hui, c’est que les jeunes, malgré des obstacles pour trouver des stages, sont très motivés (lire enquête de l’AFEV) par le lycée professionnel. La principale difficulté est plutôt liée à la réduction des moyens avec pour conséquence la hausse du nombre d’élèves par classe. Comment peut-on individualiser l’enseignement avec 30 élèves dans une classe de CAP, comme c’est parfois le cas ? De la même manière, il faut nuancer le taux de réussite au bac pro : certes il y a eu une baisse il y a deux ans, mais faussée par la hausse du nombre de candidats. D’ailleurs, le taux de réussite s’est stabilisé à 78,5% en 2013.

Selon une récente enquête de l’Education nationale, les faits de violence ont bondi dans les lycées professionnels en 2012-2013. Comment l’expliquez-vous ?

Il faut faire attention à ce que l’on entend par « faits de violence », il s’agit bien souvent d’épiphénomènes. Nous travaillons en partenariat avec l’Autonome de Solidarité Laïque, qui soutient les personnels confrontés à la violence, et nous constatons que les lycées professionnels ne sont ni plus ni moins que le reflet de la société. Il y a un problème bien plus grand : celui du décrochage scolaire. Les lycées professionnels accueillent les publics les plus en difficultés et quand un élève n’est pas motivé, qu’il s’ennuie en classe, il devient forcément « borderline ». De ce point de vue, l’orientation est cruciale et nous demandons à ce que les professeurs des lycées professionnels soient davantage impliqués, dès le collège.

Quels sont les points à améliorer dans le projet de loi sur la formation professionnelle qui doit être adopté définitivement d’ici la fin du mois ?

Nous n’y sommes pas favorables, pour une raison simple : il s’agit de donner tout le pouvoir aux Régions qui arrêteront la carte régionale des formations professionnelles initiales. Cette décentralisation de l’Education nationale est une atteinte à notre statut de fonctionnaires d’Etat. Qui nous dit que demain chaque Région ne va pas garder uniquement les formations porteuses d’emplois dans son territoire ? L’offre de formations ne serait alors pas la même selon les régions et c’est un problème. Qui nous dit que les présidents de Région ne vont pas aussi décider de mixer les publics et les parcours ? Nous sommes très inquiets.

Comment faire de l’enseignement professionnel une voie de la réussite ?

En tordant le cou aux stéréotypes ! Dire que tout le monde doit avoir le bac, par exemple, est une sottise. Il est de la responsabilité de nos dirigeants de dire que l’on peut être heureux en apprenant un métier directement. Car la réalité aujourd’hui, c’est qu’en France, nous sommes dépendants de la main-d’œuvre étrangère et que nous n’avons pas les gens formés pour répondre à certains besoins. Il faut aussi que nos ministres arrêtent de dire que l’école ne connaît pas l’entreprise. C’est peut-être vrai au collège mais en bac pro, les lycéens ont 22 semaines de formation en milieu professionnel : six mois en entreprise, ce n’est pas rien !

4 commentaires sur "Enseignement professionnel : « tordre le cou aux stéréotypes ! »"

  1. Daniel MORET  7 février 2014 à 14 h 58 min

    Ce discours est affligeant ! Le SNETAA est responsable par une attitude bornée du « dézingage » de l’enseignement professionnel dépendant de l’Education nationale, par son refus de l’entrée des sections d’apprentissage dans les LP. Que ne s’est-il inspiré de l’enseignement agricole qui regroupe dans un même établissement formation initiale, apprentissage et formation professionnelle. avec en plus, un mixage positif des « apprenants » et des « sachants ». On peut se demander ce qui a empêché les locataires de la rue de grenelle de s’être inspirés du comportement de ceux de la rue de Varenne !!!! Je devrais dire qu’on le sait fort bien !!! En attendant, ce sont les jeunes qui paient, ceux à qui est destiné le système de formation….Signaler un abus

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  2. BAPTISTE  8 février 2014 à 21 h 51 min

    Suite à l’article de M. Lage je tiens à réagir par rapport aux Bac Pro préparés en 3 ans après le collège.
    Une formation technique professionnelle demande du temps aux jeunes pour mûrir et bien intégrer une bonne culture technique. Je suis persuadé que d’avoir ramené la préparation des Bac Pro à 3 ans a abaissé leur valeur et leur reconnaissance ! Le pire, c’est que les sections de BTS ayant du mal à se remplir du fait de la diminution du vivier des Bac Technologisues (Ex. STI), les lycées admettent de + en + les titulaires des Bac Pro. Comme leur niveau en formations générales (Français, maths, physique, anglais, …) est nettement inférieur aux Bac Technologiques, résultat on assiste depuis environ 10 ans à une baisse du niveau de qualification des BTS à la sortie des 2 années de préparation ! Merci à la démagogie des DARCOS (ministre + syndicats !…) qui ont abaissé le niveau de formation au détriment des jeunes et des entreprises qui sont susceptibles de les embaucher !!
    André Batignes – Agrégé de Génie Mécanique
    Proviseur honoraire de lycées Généraux et Technologiques (de 1986 à 2001)Signaler un abus

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  3. Bob  10 février 2014 à 17 h 56 min

    « Il faut relativiser la réduc­tion de la durée de préparation du bac pro » : on croit rêver !
    Lors de sa mise en place le SNETAA n’ a pas cessé de le critiquer, arguments à l’appui et du jour au lendemain en est devenu un farouche défenseur, courant ventre à terre signer le protocole d’accord, devançant même les syndicats cogestionnaires comme le SGEN ! Vous avez dit bizarre ?
    Au fait, merci pour la généralisation du CCF qui faisait partie de la réforme !
    Ne parlons même pas des phénomènes de violences qualifiés d’épiphénomènes alors que nombre de PLP souffrent au quotidien de la difficulté d’enseigner dans certaines classes et du manque de soutien de la hiérarchie.
    Le SNETAA est devenu « la voix de son maître », mais qui est le maître ?
    Il serait peut-être temps pour ses apparatchiks de retourner faire cours et de (re)découvrir la vraie vie.Signaler un abus

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  4. Alain  12 février 2014 à 17 h 03 min

    Il est affligeant de constater combien certains ont la mémoire courte. En effet ils oublient l’expérimentation du Bac Pro en 3 ans.
    Cette expérimentation combattue en son temps par le SNETAA a eu lieu dans bons nombres d’établissements. Qui siégeaient majoritairement à cette époque dans ces CA… Devinez ??? Ce sont les mêmes qui aujourd’hui en sont les détracteurs.
    Dire que le SNETAA a signé le Bac Pro 3 ans est une ineptie. Pour le SNETAA la voie professionnelle doit inclure des formations du CAP au BTS… Ce n’est pas le Bac Pro 3 ans. Il est vrai que les CAP n’ont pas suffisamment été créés mais la faute est à attribuer au gouvernement qui a supprimé des postes d’enseignants par la biais de l’austérité. Quand au CCF, le SNETAA a toujours dénoncé ce mode d’évaluation, contrairement à d’autres.
    Peut-être valait-il mieux détruire carrément la voie professionnelle à l’époque comme certains le préconisent aujourd’hui en proposant la suppression des Périodes De Formations en Milieu Professionnel et de fait créer un Bac Pro en 2 ans… ce serait beaucoup mieux… certainement !!! Mais ce sont les mêmes qui ont critiqués la réforme de la voie pro qui préconisent cela. mdr En fait ils ne défendent ni la voie Pro, ni les PLP qui y enseignent… c’est le Lycée unique avec un corps unique cqfdSignaler un abus

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