« Nous avons subi des changements de programmes en SES, à la fois radicaux, brutaux et sans concertation »

Qu’en est-il des sciences économiques et sociales aujourd’hui ? Erwan Le Nader, vice-président de l'Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales et enseignant de SES à Créteil nous présente l’APSES et nous livre sa vision sur cette discipline.

Erwan Le Nader, vice-président de l'Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales

Erwan Le Nader, vice-président de l'Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales

Pouvez-vous présenter les sciences économiques et sociales et l’APSES ?

Les sciences économiques et sociales dans le paysage français sont installées au lycée. C’est une matière principale proposée dans la série ES en première et en terminale. Quant à la seconde, les sciences économiques et sociales sont proposées comme enseignement d’exploration (90 minutes par semaine) choisi par près de 85% des élèves.

L’Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales a été créée dans les années 70, très peu de temps après la création de la discipline, datant des années 60. En France, il y a plus de 5000 professeurs de sciences économiques et sociales dont 1400 sont membres de l’association. Nous avons un très haut taux d’adhésion. Ainsi, cette association fait partie des plus représentatives en tant qu’association de spécialistes.

En mai dernier, l’association a adressé une lettre ouverte au ministre de l’Education nationale pour que les sciences économiques et sociales deviennent obligatoires dès la Seconde. Qu’en est-il de cette demande ?

On a effectivement fait plusieurs demandes. Nous considérons que les sciences économiques et sociales ( qui associent économie, sociologie, science politique notamment) doivent faire partie de la culture commune de tous les élèves. Nous étudions des questions qui sont essentielles pour les citoyens d’aujourd’hui et de demain.

Cette matière aide les lycéens à mieux comprendre l’actualité et à trouver des réponses à leurs interrogations. En particulier lorsqu’il y a des débats sur la politique fiscale, la politique européenne, la question des retraites, la protection sociale… Les élèves d’aujourd’hui font également face à des questions où la sociologie apporte un éclairage encore plus particulier : les liens de parenté, le mariage, les inégalités femmes-hommes… Vu les enjeux, il est vraiment dommage que les sciences sociales aient une place si peu importante au lycée!

Nous considérons qu’en classe de seconde, tous les lycéens devraient pouvoir bénéficier d’un enseignement obligatoire de SES et dans des conditions d’apprentissage qui soient meilleures qu’aujourd’hui. Actuellement, ils n’ont que 90 minutes par semaine et le plus souvent en classe entière. Il faut être plus ambitieux pour la formation et la culture générale des lycéens !

Cette discipline a donc pour objectif de transmettre aux lycéens une meilleure culture générale et connaissance de l’entreprise ?

Dans la culture générale, il y a naturellement la connaissance de l’entreprise. Mais plus largement, la connaissance des diverses organisations productives jusqu’à l’ensemble du système économique. La question d’une meilleure compréhension des entreprises doit au lycée, dans l’optique de cette formation, à une meilleure culture générale. Il ne faut pas confondre notre enseignement avec une préprofessionnalisation, mais pour autant nous pensons ainsi aider nos élèves à mieux préparer leur future insertion professionnelle.

Que pensez-vous des changements qui ont touché la filière ES au baccalauréat 2013 ?

Nous faisons partie des disciplines qui ont été très touchées par des changements de programmes, à la fois radicaux, brutaux et sans concertation. La suppression de la spécialité langue est vraiment dommageable pour la série ES. L’an dernier, nous avons réussi à avoir quelques allègements au niveau des programmes encyclopédiques, bien que cela semble insuffisant. Il y a également un recul des débats, que ce soit pendant les épreuves du baccalauréat ou dans la conception même des programmes. De plus, chaque établisement décide individuellement du dédoublement des classes ce qui peut engendrer des problèmes très concrets d’inégalité. Par ailleurs, nous assistons à un cloisonnement disciplinaire trop strict entre l’économie d’un côté et les sciences sociales de l’autre. Il faudrait aller vers plus de lien entre les disciplines et partir des grands enjeux économiques et sociaux contemporains plutôt que de prétendus « fondamentaux ». C’est ainsi que l’on motive les élèves, que l’on suscite le goût de comprendre et d’apprendre.

Y a-t-il toujours autant d’élèves intéressés par les sciences économiques et sociales au lycée ?

Oui. On peut le constater notamment en seconde. A ce niveau-là, cette matière est un enseignement d’exploration avec au choix l’économie ou l’économie-gestion. Nous sommes choisis par 85% des élèves. Notre discipline intéresse : l’attractivité de la série ES, depuis sa création n’a pas cessé de progresser. D’ailleurs, diverses études y compris celles commanditées par le ministère le prouvent. Cette matière non seulement attire mais permet d’avoir des connaissances sur divers sujets d’actualité qui pourront servir pour leurs études supérieures. Aujourd’hui nous sommes la deuxième série du baccalauréat juste derrière les scientifiques. Nous regroupons 1/3 des bacheliers généraux.

Après une terminale économique, les élèves ont-ils tendance à continuer leur cursus dans ce même domaine ?

Oui. On a des statistiques précises à ce sujet. L’économie ne constitue qu’un élément des programmes de SES, matière qui elle-même n’est qu’une composante d’une série généraliste et plus de la moitié de nos bacheliers s’orientent dans une formation où l’économie a une part importante. Ils peuvent se diriger vers des facultés, des IUT, des BTS en lien avec l’économie mais aussi des classes préparatoires ou des instituts d’études politiques… Si nous faisons un panorama de ces différentes formations, on voit clairement que les bacheliers issus de la série ES s’orientent vers des formations en lien fort avec l’économie. Sans compter ceux qui font histoire ou droit ! Ces derniers, bénéficient également de tout l’apport qu’ils ont eu durant la série ES car ce sont des domaines qui, sans être identiques, sont liés.

2 commentaires sur "« Nous avons subi des changements de programmes en SES, à la fois radicaux, brutaux et sans concertation »"

  1. jojo  17 janvier 2014 à 13 h 40 min

    Si l’on veut intéresser les lycéens aux sciences économiques et sociales, il faudrait qu’un apprentissage des régles de vie en société soit organisé et évalué pendant toute la période de scolarité obligatoire. Les règles de vie en société ne sont autres que les règles de droit privé et de droit public. Il n’est pas admissible que les futurs citoyens ignorent le statut des biens et des personnes, les contrats, la comptabilité, l’utilité publique, la responsabilité,..Signaler un abus

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  2. Picasso  18 janvier 2014 à 9 h 43 min

     » Quant à la seconde, les sciences écono­miques et sociales sont pro­po­sées comme ensei­gne­ment d’exploration (90 minutes par semaine) choisi par près de 85% des élèves. » Lors de ce choix, les élèves sont OBLIGES de choisir entre Sciences économiques et sociales et Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion. Seuls les élèves prenant Création et culture design peuvent y déroger. Donc le choix est contraint…Signaler un abus

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