Profs de prépa : « nous sommes stigmatisés ! »

Les quelque 6000 professeurs de classes prépa sont vent debout contre le projet du ministère de l’Education de réformer leur temps de travail. Explications avec Sylvie Bonnet, présidente de l'Union des Professeurs de Spéciales (UPS).

Sylvie Bonnet, présidente de l'Union des Professeurs de Spéciales

Sylvie Bonnet, présidente de l’Union des Professeurs de Spéciales

Pour quelles raisons les professeurs de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) sont-ils en colère ?

Au départ, nous savions que le ministre de l’Education, Vincent Peillon, avait l’intention de lancer un chantier pour redéfinir le métier d’enseignant. Nous ne nous sentions pas particulièrement exposés, dans la mesure où nous assumons de nombreux travaux « cachés » dont le ministre semblait avoir l’intention de tenir compte. Et puis nous sommes tombés de haut, le 18 novembre, lorsqu’il a dit que le conservatisme s’organisait dans les classes prépa. C’est un lieu commun, indigne d’un ministre de l’Education ! Le ministère nous enferme dans une caricature d’enseignants nantis. Si on regarde objectivement les choses, ce n’est pas le cas. En fixant à 10h le nombre d’heures de cours obligatoires (NDLR : contre 8h à 11h actuellement, selon le niveau et la taille de la classe), il s’agit de faire subir une baisse de salaire de 15% en moyenne, et jusqu’à 20%, à toute une catégorie de salariés. Nous sommes stigmatisés et mis devant le fait accompli. Au nom de quoi méritons-nous ce traitement ?

La proposition du ministère de verser une indemnité de 3000 euros annuels aux enseignants exerçant au moins 4h devant plus de 35 élèves, vous satisfait-elle ? Le préavis de grève de lundi 9 décembre est-il maintenu ?

Cette proposition, improvisée, ne nous satisfait pas. Nous demandons une remise à plat et pas un replâtrage pour calmer le jeu. En plus, cette indemnité n’arrangerait pas la situation car elle aurait pour effet de favoriser les enseignants au salaire le plus élevé. Et cela écarterait du dispositif certains professeurs de sciences, ceux qui organisent en grande partie leurs cours en travaux pratiques. Ce n’est pas parce qu’ils font cours en groupes réduits qu’ils ont moins de copies à corriger ! Pour ces raisons, la grève de lundi est maintenue et devrait être suivie. Nous demandons une reconnaissance de la spécificité du métier d’enseignant en CPGE. Nous voulons un vrai statut, en diminuant le poids des heures supplémentaires dans notre rémunération.

Ne serait-il pas « équitable » que les enseignants en ZEP, les plus exposés aux difficultés, bénéficient d’heures de décharge, quitte à rogner certains privilèges en CPGE pour financer la mesure ?

Il faut évidemment que les enseignants en ZEP bénéficient d’heures de décharge. Ils en ont besoin pour mieux faire face à leur tâche. Je suis bien placée pour le savoir : j’enseigne comme professeur de maths au lycée Victor Hugo à Besançon, un établissement qui se trouve dans un quartier difficile ! Mais il est aberrant de vouloir le faire en baissant le salaire des profs de prépas. L’économie ne fonctionne pas selon le principe des vases communicants ! La principale erreur du ministre de l’Education est d’avoir voulu mettre tous les enseignants du secondaire dans un même moule alors qu’on ne fait pas tous le même métier : il est très différent d’enseigner dans un quartier huppé de Paris et d’enseigner dans un quartier sensible en province. Il faut donc que les enseignants soient traités de façon égale, tout en sachant qu’ils font des métiers différents, comportant chacun ses difficultés propres.

Quel est le quotidien d’un enseignant en CPGE ? Combien d’heures travaillez-vous ?

Nous ne comptons pas nos heures ! Nous avons besoin que nos étudiants travaillent tout le temps, donc nous faisons la même chose qu’eux. Nous n’avons pas de rupture le week-end par exemple, à moins de l’anticiper très en amont. Et concernant les colles, ces oraux d’entraînement aux concours, une grande confusion règne : elles ne constituent pas notre salaire. Nous en assurons une partie, mais nous faisons aussi appel à des professeurs de lycée et à des collègues universitaires. Pour autant, nous ne nous plaignons pas, ce métier nous plaît !

Trouvez-vous normal qu’il existe de tels écarts de salaires entre enseignants ?

Non, évidemment. Mais il faut aussi bien observer ce qui se passe chez nos voisins européens. Les profs de prépa sont rémunérés comme ceux du secondaire en Allemagne par exemple, or nos niveaux de vie ne sont pas si différents. Le rapport Pisa sur l’éducation, publié ce 3 décembre, montre que la France recule. Or les résultats sont liés au niveau de rémunération des enseignants. Il faut que le métier reste attractif. Aujourd’hui, en ZEP notamment, il ne l’est pas. Pour autant, ce n’est pas une raison pour nous cibler, surtout que la baisse de salaire envisagée ne représente que 0,03% du budget de l’Education nationale. Vincent Peillon agit pour des raisons idéologiques : il n’a jamais caché son hostilité à l’égard des grandes écoles.

2 commentaires sur "Profs de prépa : « nous sommes stigmatisés ! »"

  1. Nine  6 décembre 2013 à 18 h 56 min

    Cette enseignante a tout à fait raisonSignaler un abus

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  2. nix  8 décembre 2013 à 19 h 15 min

    8h de cours par semaine ! Certes ce sont des professeurs de classe prépa, mais ça me parait bien peu. Ou alors cela représente beaucoup de travail (ce que je peux concevoir), mais alors comment se fait-il que certains enseignants fassent jusqu’à 8h d’heures supplémentaires par semaine (de cours devant élèves) ? Bref certains collègues abusent de la situation (mais certainement pas la majorité). Il faut remettre le système à plat, peut-être pas de cette façon, mais effectivement il y a des choses à changer. Il faudrait concerter ces collègues pour voir ce qu’il faut faire…Signaler un abus

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