« L’Education nationale doit cesser de voir l’agrégation comme un problème »

Le ministre de l’Education, Vincent Peillon, a lancé ce 18 novembre les discussions avec les syndicats sur l’évolution du métier d’enseignant. La Société des agrégés de l’université se bat pour que l’agrégation ne soit pas réformée. Entretien avec Blanche Lochmann, présidente de l’association.

Blanche Lochmann

Blanche Lochmann

Pourquoi l’Education nationale doit-elle, selon vous, préserver l’agrégation en l’état ?

L’Education nationale doit cesser de voir l’agrégation comme un problème alors que c’est une solution : d’une part, pour enrayer la diminution du nombre de candidats aux concours enseignants qui, exceptée cette année, était nette. L’agrégation reste un concours prestigieux qui a moins souffert que le CAPES. D’autre part, l’agrégation est une certification des connaissances et des compétences d’enseignement, reconnue en France et à l’étranger. C’est très important dans un contexte où l’université française n’est pas sélective et où la concurrence mondiale est exacerbée. Nous le constatons notamment en Amérique du Nord, l’agrégation est considérée comme un élément majeur du CV

Acceptez-vous que le concours puisse toutefois connaître des ajustements ?

L’agrégation a déjà évolué : certaines sections ont disparu, d’autres sont nées. Il arrive qu’on me fasse remarquer qu’il n’y a pas d’épreuves pratiques dans le concours… C’est faux ! Une leçon doit être présentée aux examinateurs, comme si le candidat se trouvait en face de Terminales ou d’étudiants. Cela permet au jury d’apprécier la capacité du futur enseignant à transmettre des connaissances à des élèves. Ceci dit, dans la mesure où les agrégés ont besoin d’échanger avec l’étranger au cours de leurs recherches, il ne serait pas aberrant d’accorder une plus grande place aux langues vivantes, à condition de ne pas nuire aux autres épreuves. Le plus important à nos yeux, c’est de conserver le haut niveau disciplinaire actuel, surtout quand on voit, par exemple, que les lettres classiques sont devenues une option du CAPES de lettres…

Alors que Vincent Peillon a décidé d’ouvrir les discussions sur le statut des profs, trouvez-vous « normal » qu’un agrégé enseigne 15h, contre 18h par semaine pour un certifié, avec un salaire plus élevé ?

Je ne veux opposer personne, d’autant que de nombreux agrégés sont d’anciens certifiés. Néanmoins, le CAPES et l’agrégation ne représentent pas le même niveau de difficulté. Il faut aussi savoir qu’en prépa une heure de cours suppose environ 4h de préparation, sans parler des heures supplémentaires et des khôlles à encadrer…

Plus généralement, en France, dans le secteur privé, le salaire est souvent aussi la reconnaissance des études réalisées : il n’est pas rare de voir des salariés embauchés pour un même poste à un salaire différent, en fonction de leur diplôme.

Notre position par rapport aux discussions en cours est simple : les agrégés doivent avoir des tâches qui correspondent à ce qui est prévu dans les textes officiels et à leur niveau de compétences, c’est-à-dire qu’ils doivent enseigner dans les classes de fin de lycée ou dans l’enseignement supérieur. Or aujourd’hui, un quart des agrégés du secondaire enseignent au collège… le plus souvent à contre cœur.

Comment expliquez-vous que l’agrégation suscite autant de critiques ?

C’est un problème général, de même qu’il existe de l’hostilité à l’égard des classes prépas. Les concours souffrent toujours des critiques de ceux qui ne les ont pas eus. L’agrégation apparaît à tort comme un privilège alors qu’elle est un moyen, accessible par tous les enseignants, d’évoluer. On peut la repasser plusieurs fois. Et d’ailleurs, la plupart des agrégés ne l’ont pas eue dès la première fois.

Que pensez-vous du projet qui consisterait à réduire la charge horaire des professeurs en ZEP, en ramenant à 10h l’obligation de service des professeurs de classes préparatoires, pour financer la mesure ?

Je trouve dommage que l’on oppose les professeurs les uns aux autres. Il est indiscutable qu’il faut soutenir les enseignants en zone sensible, afin de leur permettre de mieux aider leurs élèves. Mais pour y parvenir, il me paraît malvenu de prendre dans la poche du voisin.

Nous avons fait les calculs et depuis 1990, en euros constants et en tenant compte de l’inflation, la baisse de salaire des agrégés s’élève à 20%. Si cette nouvelle mesure passe, ce serait alors 30% de baisse de revenu, car il n’y a pas eu de revalorisation depuis très longtemps.

Il serait donc souhaitable que l’Education nationale se préoccupe davantage des « hauts potentiels ». Ce manque de reconnaissance est inquiétant. Si la France ne veille pas à enrayer la fuite des enseignants les plus brillants, nous risquons de perdre en attractivité. Le contexte international ne doit pas être oublié.

6 commentaires sur "« L’Education nationale doit cesser de voir l’agrégation comme un problème »"

  1. dinosaure numérique  29 novembre 2013 à 21 h 02 min

    Désolé, je n’ai pas lu l’article en entier : la phrase «D’autre part, l’agrégation est une cer­ti­fi­ca­tion des connais­sances et des com­pé­tences d’enseignement,» m’en a découragé. (Tiens, on parle de didactique ou de pédagogie à l’agrégation ?)
    J’ai pourtant essayé de continuer, mais, pas de chances, je suis tombé sur «la capa­cité du futur ensei­gnant à trans­mettre des connais­sances à des élèves». (enseigner = transmettre des connaissances ? il y a peut-être d’autres questions à se poser)
    J’ai essayé encore et encore et je suis tombé sur «Or aujourd’hui, un quart des agré­gés du secon­daire enseignent au col­lège… le plus sou­vent à contre cœur.». Tous ceux que j’ai rencontrés dans cette situation faisaient des pieds et des mains pour la conserver (être agrégé en 6°-5°, c’est travailler moitié moins qu’un certifié de lycée).
    Je n’ai rien contre l’agrégation, et j’ai même de l’admiration pour certains collègues agrégés qui savent mettre leur «haut potentiel» au service des élèves ou des étudiants.
    Mais, contrairement à l’auteure de cette article, ils sont au service de l’enseignement public, et non d’une catégorie d’enseignants.Signaler un abus

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  2. jlh  30 novembre 2013 à 4 h 44 min

    Le problème est le nombre d’heures dues. La réforme devrait consister à mettre en relation le nombre d’heures effectuées avec la difficulté de la préparation, le nombre d’élèves, la nouveauté du programme et peut-être d’autres éléments et non avec le statut.Signaler un abus

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  3. Sébastien  2 décembre 2013 à 11 h 14 min

    La seule chose qui me choque dans l’agrégation, et qu’il faut impérativement réformer, c’est la présence d’agrégés au collège, volontaires ou non : un agrégé au collège devrait voir son temps de service et son salaire aligné sur celui d’un certifié. Ça le motiverait peut-être à demander une mutation pour le lycée, où il serait plus utile. Il ne faut pas croire que tous les agrégés en collège rêvent de lycée. Il y en a qui s’y trouvent bien, pas trop de préparations, un excellent salaire, quinze heures devant les élèves…Signaler un abus

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  4. rémi  2 décembre 2013 à 23 h 52 min

    Les agrégés gagnent plus pour un volume horaire inférieur aux certifiés, alors qu’ils ont souvent les mêmes classes.
    Pourquoi les heures de BTS sont -elles aussi pondérées pour les agrégés ?
    Les compétences pédagogiques des agrégés sont utilisées au collège ou au lycée mais peut-être devraient-elles être plus utilisées dans les classes très difficiles ?Signaler un abus

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  5. Pablito  14 décembre 2013 à 11 h 15 min

    Quand une exception représente 25 % des cas, pas besoin d’être agrégé de maths pour comprendre qu’il y a un problème !
    Un quart des agrégés enseignent au collège… alors que, selon les textes officiels, « Ils enseignent dans les classes préparatoires aux grandes écoles, dans les classes des lycées, dans les établissements de formation et exceptionnellement dans les classes des collèges ».Signaler un abus

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