« L’orthographe ne fait plus partie des priorités de l’Education nationale »

L’orthographe est souvent une discipline peu maîtrisée par les Français. Bruno Dewaele, professeur agrégé de lettres modernes et champion du monde d’orthographe ne cesse de défendre l’art de bien écrire. Il revient pour VousNousIls sur son engagement dans le Projet Voltaire. Entretien.

Image1Pourquoi avez-vous fait le choix d’enseigner ?

Tout simplement par goût de la littérature. J’ai fait auparavant des études littéraires. Il faut bien reconnaitre que dans le domaine des lettres, on arrive assez rapidement et spontanément à l’enseignement. Je mentirais en disant qu’au départ cela a été une vocation de ma part, c’est plutôt le plaisir de la littérature qui m’a conduit à devenir enseignant.

La France fait partie des pays les plus faibles en littératie. Selon l’enquête Piaac, Lien portant sur 24 pays européens, publiée sur le site de l’OCDE le 8 octobre, 58% des Français figurent dans le plus bas niveau à l’écrit. Comment expliquez-vous ce résultat ?

Oui j’ai entendu parler de ça, j’ai d’ailleurs écrit des articles à ce sujet. Sans vouloir trouver d’échappatoire, vous avez sans doute remarqué que nous ne sommes pas plus brillants en numératie qu’en littératie. Il y a une place d’écart, nous sommes encore plus mal placés en littératie. Alors comment expliquer cela ? Il y a probablement quelque chose à revoir dans le système d’enseignement français. Peut-être nous montrons-nous trop ambitieux, et nous avons sûrement voulu rendre les choses trop ludiques. Par exemple, je constate que mes élèves en seconde ou en première ont des difficultés à conjuguer, à s’exprimer, à respecter l’orthographe. Cette discipline ne fait plus partie des priorités de l’Education nationale aujourd’hui. Il est aussi difficile de comparer les époques parce que, autrefois, on faisait de l’histoire-géographie, du français et du calcul maintenant on a ouvert la palette à l’infini. Les élèves explorent toutes sortes de domaines et quand on revient aux bases : le calcul, l’expression écrite… il y a toujours des difficultés. En tout cas, ces résultats sont plutôt alarmants! C’est sûrement d’ailleurs pour cela que se développent des projets comme le Projet Voltaire.

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans le Projet Voltaire ?

Je n’ai pas décidé de le faire, j’ai été contacté par les gens du Projet Voltaire il y a quelques années par l’intermédiaire de mon site internet. Le Projet Voltaire m’a plu : leur approche est intéressante. Je ne suis pas inventeur de leur méthode, je ne suis pas informaticien moi-même. Ce qu’on me demande était très clair dès le début : contrôler sur le plan orthographique que ce qu’ils proposent soit sans reproche. Leur ambition est aussi d’organiser quelque chose qui soit l’équivalent du Toeic ou du Toefl pour la langue française, tout ce qu’ils font dans ce domaine passe par moi. Lorsque je vois le chemin parcouru toutes ces années, je pense que cela correspond à un besoin. Ils sont en train d’être appréciés, reconnus, de plus en plus d’établissements scolaires, d’IUT, de facs se rapprochent du Projet Voltaire afin de prodiguer une formation complémentaire. J’ai vu également que 85% des Français s’estimaient bons en orthographe. Je les trouve très optimistes ! Pourtant ce que je vois ne me rassure pas : la télévision, les sous-titres, les imperfections dans les journaux… Je crois qu’il y a beaucoup à faire. Croyez-moi, dans ce que je corrige mais aussi dans le supérieur, on s’aperçoit qu’on est loin du compte !

En tout cas cette année, 10 000 candidats ont décidé de tester leur niveau en orthographe par le biais du Projet Voltaire. Serait-il la solution pour réduire voire supprimer à jamais les fautes d’orthographe ?

L’ambition du Projet Voltaire est de permettre aux participants de faire acte de candidature. Il s’agit surtout de personnes qui rédigent des lettres de motivation, qui envoient des CV… On s’aperçoit aujourd’hui qu’une orthographe défaillante peut porter préjudice et beaucoup d’employeurs sont sensibles à cela. Soigner son expression, c’est donner de soi une image de sérieux. L’orthographe a donc des chances de devenir la « vitrine » de la personnalité. C’est pourquoi 10 000 personnes cherchent à obtenir une certification. C’est plutôt bon signe et encourageant surtout après les années d’indifférence qu’a connues l’orthographe.

Qu’en est-il du niveau actuel des anciens candidats ?

Je n’ai pas accès aux statistiques du Projet Voltaire. En ce qui me concerne, j’ai un travail scientifique sur l’orthographe en signalant les difficultés sur lesquelles généralement les gens achoppent. Je n’ai donc pas de rapport direct avec les candidats. Mais le principe de la méthode du Projet Voltaire est de proposer un entraînement qui soit adapté aux lacunes personnelles de chacun. Il y a toute une batterie de tests et l’ordinateur trie ce qui est maîtrisé, non maîtrisé ou alors pas du tout maîtrisé. L’originalité du Projet Voltaire est la rencontre entre le monde informatique et le monde littéraire.

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