Internats de la réussite : à quoi faut-il s’attendre ?

A partir de 2014, les 45 internats « d’excellence » créés en 2009 se transformeront en internats « de la réussite ». Avec ce changement de nom et la création de 6000 nouvelles places, le ministère de l’Education souhaite proposer une image renouvelée de l’internat.

Internat de la réussite logoChangement de cap pour les internats d’excellence, place aux internats de la réussite ! Au premier abord, la nuance ne saute pas aux yeux. Et pourtant, selon le ministère de l’Education nationale, la différence est importante : il s’agit de ne plus favoriser la réussite de quelques « élèves méritants » mais de tous ceux qui sont intéressés par l’internat et vivent dans des conditions peu favorables à la réussite de leurs études.

Le projet annuel de performances (PAP) 2014 pour la mission enseignement scolaire apporte des précisions sur ces « pensions » d’un genre nouveau, dans un contexte où l’internat attire, en raison notamment du nombre de situations de chômage, de séparations ou encore des horaires de plus en plus décalés des parents : 218 395 collégiens et lycéens étaient internes en France en 2012, dont 159 203 dans le public, soit 4% des effectifs(1).

Les filles sous-représentées

Ainsi, à partir de 2014, le nouveau programme des investissements d’avenir, dont l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU) est l’opérateur, consacrera 150 millions d’euros supplémentaires à la construction de ces internats de la réussite. L’objectif ? Créer « progressivement » 6 000 nouvelles places d’internats de la réussite, en plus des 4 173 existantes des internats d’excellence. « Dès la rentrée prochaine, les rectorats travailleront avec les établissements concernés pour que soient accueillis en internat tout élève qui en fait la demande dès lors qu’il est volontaire ainsi que sa famille », précisent les services du ministère de l’Education nationale. « Il apparaît également que les places pour les collégiens et les lycéens professionnels sont encore trop rares et que les filles y sont sous-représentées. »

Quel coût ?

L’hébergement coûte à la famille entre 1000 et 2000 euros par an, et en moyenne environ 1500 euros par an. Mais ce coût varie « selon les internats en fonction des budgets globaux des établissements, des parts de bourses aux auxquelles ont droit les familles et des aides accordées par d’autres partenaires (collectivités territoriales et ACSE). Il dépend également des aides à la demi pension », précise le ministère. Les bourses nationales prévoient, pour les élèves boursiers, une aide spécifique à l’internat de 254,70 euros par an. L’apport total des bourses peut aller jusqu’à 680 euros pour les familles les plus en difficulté.

« Une action au bénéfice de tous »

Et si la demande excède le nombre de places disponibles ? « Des priorités seront données aux élèves qui en auront le plus besoin », assurent les services du ministère, « compte tenu des situations familiales en fonction d’analyses conduites notamment par les personnels sociaux. L’établissement avec internat pourra accueillir aussi bien des bons élèves que des élèves moyens ou en difficulté comme tout autre établissement. »

En résumé, à la différence des internats d’excellence, ceux de la réussite font « l’objet d’un plan d’ensemble et coordonné qui associe les collectivités territoriales d’emblée alors qu’elles ont parfois été oubliées par la politique des internats d’excellence », glisse-t-on au ministère. « Surtout, on passe d’une action partielle au bénéfice de quelques-uns à une action publique pour la réussite de tous. »

Un projet de charte des internats est par ailleurs en cours d’élaboration pour servir de référence « et permettre qu’à terme tout établissement avec internat devienne un internat de la réussite ».

Un dispositif « vitrine » ?

Rejoignant les principales critiques formulées à l’égard des internats d’excellence, notamment sur leur coût et leur sélectivité, Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du SNES-FSU, veut rester prudente : « qu’ils soient d’excellence ou de réussite, je crains que cela ne change pas grand chose. Il ne faut pas que ce soit des dispositifs vitrines. Développer l’internat, oui, c’est une bonne chose. Mais il vaudrait mieux utiliser ces moyens ailleurs, en relançant l’éducation prioritaire par exemple. »

Camille Bedin, secrétaire générale adjointe de l’UMP, défend le dispositif tel qu’il a été lancé en 2009 : « Ce qui fonctionne sur le terrain, c’est de cibler les problèmes, avec des réponses concrètes, individualisées, appropriées. C’était l’esprit des internats d’excellence. Il faut lâcher la bride des gens proches du terrain, les décisions les meilleures pour les élèves doivent être prises dans les établissements, pas rue de Grenelle… Je crois à la souplesse de la gestion locale et la confiance qu’elle implique entre les différents niveaux. »

Elle réaffirme une vraie différence de vue sur le dossier : « Je crois qu’il faut savoir concentrer les moyens et accepter que tous les établissements ne suivent pas les mêmes fonctionnements. L’égalité, ce n’est pas de donner la même chose à tous, mais de donner plus à ceux qui ont moins ! Or Vincent Peillon parle d’excellence pour tous les internats. C’est très bien, mais cela tue une initiative bien particulière, qui n’était pas faite pour tous. Je crois à la réussite de tous les élèves, mais pour cela il faut des structures différenciées. »

Note(s) :
  • (1) Repères et références statistiques - édition 2013 http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/49/9/DEPP-RERS-2013_266499.pdf

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