15.10.2013
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Utiliser le réseau social Babelio en classe pour développer la lecture (atelier Ludovia)

Développer le goût de la lec­ture chez les élèves à l'aide du réseau social Babelio, tel est le défi que s'est lancé la pro­fes­seure docu­men­ta­liste Anne Delannoy. Récit d'une expé­rience fructueuse.

Atelier Babelio Anne Delannoy Ludovia 2013

La docu­men­ta­liste Anne Delannoy explique l'intérêt péda­go­gique du réseau social de lec­ture Babelio à Ludovia 2013.

"Le réseau social Babelio, c'est 100.000 lec­teurs membres, dont de plus en plus d'enseignants tous niveaux". Anne Delannoy, docu­men­ta­liste au col­lège Lakanal de Foix, n'a pas tardé à inves­tir ce réseau, et a rapi­de­ment réa­lisé son inté­rêt péda­go­gique pour déve­lop­per la lec­ture auprès des élèves.

En sep­tembre 2012, elle par­ti­cipe au lan­ce­ment du "défi Babelio" sur Twitter avec sa col­lègue Magalie Bossuyt, en y asso­ciant d'autres ensei­gnants docu­men­ta­listes et des pro­fes­seurs de fran­çais de Nice, Carcassonne, La Seyne-sur-Mer, Niort et Foix. Le prin­cipe : mettre en rela­tion des classes de troi­sième et seconde sur le réseau, autour d'une liste de lec­tures com­munes.

Dédramatiser le concept d'un réseau social de lecture

L'interface de Babelio offre une inter­con­nexion avec d'autres réseaux (pos­si­bi­lité de publier ses lec­tures sur son pro­fil Facebook, etc.) et imite des fonc­tion­na­li­tés répan­dues (ajou­ter d'autres membres en amis, "liker" leur acti­vité), ce qui a contri­bué à cré­di­bi­li­ser le réseau aux yeux des élèves. Mais ce pro­jet leur a aussi per­mis de com­prendre qu'il exis­tait une diver­sité de réseaux sociaux, pas limi­tés à Facebook ou Twitter.

"Le Défi s'est déroulé sur 6 séances. Nous avons d'abord pré­senté le réseau aux élèves, puis créé un pro­fil par classe", en dis­cu­tant tous ensemble de ses dif­fé­rents éléments, comme l'ava­tar. "Les élèves ont ainsi eu un regard plus cri­tique que si on les avait lais­sés seuls face à leur pro­fil", remarque Anne Delannoy. Pour leur image, ils ont par exemple opté pour un nuage de tags formé à par­tir des noms des élèves.

Les élèves ont ensuite choisi un livre qui leur plai­sait, pour en faire un com­men­taire à publier sur le réseau. "Il y a eu beau­coup de BD et de man­gas au début, ainsi que des oeuvres au pro­grammes des années pré­cé­dentes." Mais cette pre­mière étape leur a per­mis de réa­li­ser qu'ils "s'étaient déjà consti­tué une mémoire de lec­teur, qu'ils avaient déjà des choses à par­ta­ger". Une fois que le concept d'un réseau social de lec­ture a ainsi été dédra­ma­tisé, les élèves ont accepté de par­cou­rir la liste des livres. Au final, cer­tains ont rédigé des cri­tiques pour la moi­tié des titres proposés !

Ils ont aussi été séduits par la pos­si­bi­lité de répondre à des quiz sur les livres, réa­li­sés par d'autres membres, et en ont sou­vent consti­tué eux-mêmes.

Sensibiliser à l'identité numérique

Au fur et à mesure des contri­bu­tions, les membres de Babelio obtiennent des insignes, ou badges, qui défi­nissent leurs goûts. "Les élèves ont ainsi vu que l'identité numé­rique se crée pro­gres­si­ve­ment à par­tir de leurs infos", ce qui a per­mis d'aborder des com­pé­tences du B2i comme la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles. Après une séance de sen­si­bi­li­sa­tion, cer­tains élèves ont dis­crè­te­ment sol­li­cité les pro­fes­seurs sur le para­mé­trage de pro­fil Facebook.

L'interaction avec d'autres classes s'est notam­ment déve­lop­pée via l'option de "com­pa­rer les lec­tures" avec d'autres membres, les classes pou­vant ainsi iden­ti­fier leurs inté­rêts com­muns. "Ca marche beau­coup mieux qu'avec un blog par exemple, du fait de l'interconnexion entre les réseaux," observe Anne Delannoy. Le sen­ti­ment d'appartenir à une classe avec sa propre "per­son­na­lité" s'est aussi étoffé au fil des lec­tures, quand les élèves d'Anne Delannoy ont par exemple réa­lisé qu'ils pré­fé­raient la SF, les poli­ciers et les mangas.

Les pro­fils Babelio des classes participantes

Voici les comptes Babelio des classes asso­ciées au Défi l'an dernier :

Lycée Jules Fil (Carcassonne) : classe 206.

Lycée du Parc Impérial (Nice) : 2nde15.

Collège Wallon (la Seyne) : 3ème3, 3ème4.

Collège Gérard Philipe (Niort) : 3ème Delacroix.

Collège Lakanal (Foix) : 3ème6, 3ème7.

Et le compte d'Anne Delannoy.

3 à 5 lec­tures de plus par élève

Cette ini­tia­tive a déve­loppé les échanges à l'intérieur de la classe, "il y a eu un effet d'entraînement", et les élèves impli­qués ont lu "3 à 5 livres de plus" que ceux des classes qui ne fai­saient pas par­tie du pro­jet. Ils se sont égale­ment "libé­rés sur l'expression des goûts, des opi­nions per­son­nelles : ils étaient fiers de mon­trer qu'ils avaient un goût en train de se for­mer". Exposés aux cri­tiques de leurs cama­rades et d'autres membres du site, ils ont appris à soi­gner leur écri­ture, et à rédi­ger des com­men­taires élabo­rés (les compte-rendus de lec­ture ne sont pas publiés en des­sous d'un cer­tain nombre de caractères).

Il y a bien sûr eu des élèves réfrac­taires, mais "pas autant que si on leur avait demandé de pré­sen­ter une fiche de lec­ture au tableau : tous étaient intri­gués, éton­nés des pos­si­bi­li­tés offertes par Babelio".

Sur deux classes de 28 élèves dans l'établissement, une dizaine de jeunes ont fini par créer leur pro­fil per­son­nel sur Babelio, deman­dant sou­vent leurs ensei­gnants en amis. Et à la ren­trée, Anne Delannoy a décou­vert avec plai­sir que de nom­breuses cri­tiques avaient été ajou­tées au nom de la classe au cours de l'été.

Recommander des lec­tures avec les QR codes

Aujourd'hui, la docu­men­ta­liste envi­sage d'étendre le pro­jet aux livres de son CDI, en redi­ri­geant à l'aide de QR codes vers des listes de lec­tures simi­laires sur Babelio. Elle espère que des élèves vont pro­po­ser leurs propres listes de recom­man­da­tions, pour en faire un pro­jet contributif.

Anne Delannoy signale égale­ment que Babelio peut être uti­lisé en pri­maire — de nom­breuses écoles cana­diennes le font déjà — pour per­mettre aux élèves de rédi­ger leurs pre­mières cri­tiques par exemple, ou par­ta­ger avec les parents les titres des livres lus en classe.

Quentin Duverger


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Vos réactions :

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Marly
le 17 octobre 2013

Grande Fan de Babelio et étudiante en M2 pro Edition, j'aime, j'adore cette idée. Quelle superbe expé­rience !
J'adorerais réa­li­ser cela avec des élèves de lycée, pour­quoi pas, durant mon stage de 6 mois. Mais il me paraît impos­sible d'arriver à convaincre un pro­vi­seur de lan­cer un tel pro­jet...
En atten­dant, je rêve ♥ Merci de m'en avoir mis plein les yeux !
http://rayon-passion.blogspot.com/

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Adam Craponne
le 18 octobre 2013

Babelio oui, mais il y a aussi Critiques libres
http://www.critiqueslibres.com/i.php

Sur Critiques libres, on sait com­bien ont lu une cri­tique.
Sur Babelio, vos amis (de Babelio) jugent votre cri­tique posi­tive sans trop sou­vent la lire en espé­rant que vous leur rever­rez l'ascenseur.

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