Utiliser le réseau social Babelio en classe pour développer la lecture (atelier Ludovia)

En pratique

Développer le goût de la lecture chez les élèves à l'aide du réseau social Babelio, tel est le défi que s'est lancé la professeure documentaliste Anne Delannoy. Récit d'une expérience fructueuse.

Atelier Babelio Anne Delannoy Ludovia 2013

La documentaliste Anne Delannoy explique l'intérêt pédagogique du réseau social de lecture Babelio à Ludovia 2013.

« Le réseau social Babelio, c’est 100.000 lecteurs membres, dont de plus en plus d’enseignants tous niveaux ». Anne Delannoy, documentaliste au collège Lakanal de Foix, n’a pas tardé à investir ce réseau, et a rapidement réalisé son intérêt pédagogique pour développer la lecture auprès des élèves.

En septembre 2012, elle participe au lancement du « défi Babelio » sur Twitter avec sa collègue Magalie Bossuyt, en y associant d’autres enseignants documentalistes et des professeurs de français de Nice, Carcassonne, La Seyne-sur-Mer, Niort et Foix. Le principe : mettre en relation des classes de troisième et seconde sur le réseau, autour d’une liste de lectures communes.

Dédramatiser le concept d’un réseau social de lecture

L’interface de Babelio offre une interconnexion avec d’autres réseaux (possibilité de publier ses lectures sur son profil Facebook, etc.) et imite des fonctionnalités répandues (ajouter d’autres membres en amis, « liker » leur activité), ce qui a contribué à crédibiliser le réseau aux yeux des élèves. Mais ce projet leur a aussi permis de comprendre qu’il existait une diversité de réseaux sociaux, pas limités à Facebook ou Twitter.

« Le Défi s’est déroulé sur 6 séances. Nous avons d’abord présenté le réseau aux élèves, puis créé un profil par classe« , en discutant tous ensemble de ses différents éléments, comme l’avatar. « Les élèves ont ainsi eu un regard plus critique que si on les avait laissés seuls face à leur profil », remarque Anne Delannoy. Pour leur image, ils ont par exemple opté pour un nuage de tags formé à partir des noms des élèves.

Les élèves ont ensuite choisi un livre qui leur plaisait, pour en faire un commentaire à publier sur le réseau. « Il y a eu beaucoup de BD et de mangas au début, ainsi que des oeuvres au programmes des années précédentes. » Mais cette première étape leur a permis de réaliser qu’ils « s’étaient déjà constitué une mémoire de lecteur, qu’ils avaient déjà des choses à partager ». Une fois que le concept d’un réseau social de lecture a ainsi été dédramatisé, les élèves ont accepté de parcourir la liste des livres. Au final, certains ont rédigé des critiques pour la moitié des titres proposés !

Ils ont aussi été séduits par la possibilité de répondre à des quiz sur les livres, réalisés par d’autres membres, et en ont souvent constitué eux-mêmes.

Sensibiliser à l’identité numérique

Au fur et à mesure des contributions, les membres de Babelio obtiennent des insignes, ou badges, qui définissent leurs goûts. « Les élèves ont ainsi vu que l’identité numérique se crée progressivement à partir de leurs infos », ce qui a permis d’aborder des compétences du B2i comme la protection des données personnelles. Après une séance de sensibilisation, certains élèves ont discrètement sollicité les professeurs sur le paramétrage de profil Facebook.

L’interaction avec d’autres classes s’est notamment développée via l’option de « comparer les lectures » avec d’autres membres, les classes pouvant ainsi identifier leurs intérêts communs. « Ca marche beaucoup mieux qu’avec un blog par exemple, du fait de l’interconnexion entre les réseaux, » observe Anne Delannoy. Le sentiment d’appartenir à une classe avec sa propre « personnalité » s’est aussi étoffé au fil des lectures, quand les élèves d’Anne Delannoy ont par exemple réalisé qu’ils préféraient la SF, les policiers et les mangas.

Les profils Babelio des classes participantes

Voici les comptes Babelio des classes associées au Défi l’an dernier :

Lycée Jules Fil (Carcassonne) : classe 206.

Lycée du Parc Impérial (Nice) : 2nde15.

Collège Wallon (la Seyne) : 3ème3, 3ème4.

Collège Gérard Philipe (Niort) : 3ème Delacroix.

Collège Lakanal (Foix) : 3ème6, 3ème7.

Et le compte d’Anne Delannoy.

3 à 5 lectures de plus par élève

Cette initiative a développé les échanges à l’intérieur de la classe, « il y a eu un effet d’entraînement », et les élèves impliqués ont lu « 3 à 5 livres de plus » que ceux des classes qui ne faisaient pas partie du projet. Ils se sont également « libérés sur l’expression des goûts, des opinions personnelles : ils étaient fiers de montrer qu’ils avaient un goût en train de se former ». Exposés aux critiques de leurs camarades et d’autres membres du site, ils ont appris à soigner leur écriture, et à rédiger des commentaires élaborés (les compte-rendus de lecture ne sont pas publiés en dessous d’un certain nombre de caractères).

Il y a bien sûr eu des élèves réfractaires, mais « pas autant que si on leur avait demandé de présenter une fiche de lecture au tableau : tous étaient intrigués, étonnés des possibilités offertes par Babelio ».

Sur deux classes de 28 élèves dans l’établissement, une dizaine de jeunes ont fini par créer leur profil personnel sur Babelio, demandant souvent leurs enseignants en amis. Et à la rentrée, Anne Delannoy a découvert avec plaisir que de nombreuses critiques avaient été ajoutées au nom de la classe au cours de l’été.

Recommander des lectures avec les QR codes

Aujourd’hui, la documentaliste envisage d’étendre le projet aux livres de son CDI, en redirigeant à l’aide de QR codes vers des listes de lectures similaires sur Babelio. Elle espère que des élèves vont proposer leurs propres listes de recommandations, pour en faire un projet contributif.

Anne Delannoy signale également que Babelio peut être utilisé en primaire – de nombreuses écoles canadiennes le font déjà – pour permettre aux élèves de rédiger leurs premières critiques par exemple, ou partager avec les parents les titres des livres lus en classe.

2 commentaires sur "Utiliser le réseau social Babelio en classe pour développer la lecture (atelier Ludovia)"

  1. Marly  17 octobre 2013 à 0 h 26 min

    Grande Fan de Babelio et étudiante en M2 pro Edition, j’aime, j’adore cette idée. Quelle superbe expérience !
    J’adorerais réaliser cela avec des élèves de lycée, pourquoi pas, durant mon stage de 6 mois. Mais il me paraît impossible d’arriver à convaincre un proviseur de lancer un tel projet…
    En attendant, je rêve ♥ Merci de m’en avoir mis plein les yeux !
    http://rayon-passion.blogspot.com/

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  2. Adam Craponne  18 octobre 2013 à 17 h 11 min

    Babelio oui, mais il y a aussi Critiques libres
    http://www.critiqueslibres.com/i.php

    Sur Critiques libres, on sait combien ont lu une critique.
    Sur Babelio, vos amis (de Babelio) jugent votre critique positive sans trop souvent la lire en espérant que vous leur reverrez l’ascenseur.

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