03.10.2013
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Grève à l'ÉSPÉ de Toulouse : "Donnez-nous les moyens d'appliquer la loi !"

Les ensei­gnants et étudiants de l'ÉSPÉ de Toulouse se sont réunis en col­lec­tif pour dénon­cer le manque de moyens alloués à la for­ma­tion. Franck Martin, maître de confé­rences en sciences de l'éducation, détaille leurs motivations.

Franck Martin MCF ÉSPÉ ToulouseLe mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion de l'ÉSPÉ de l'académie de Toulouse a été lancé par une inter­syn­di­cale, par la suite éten­due en "col­lec­tif". Qui le com­pose aujourd'hui ?

L'intersyndicale (Snesup-FSU — SGEN — Unsa, ndlr) est deve­nue un col­lec­tif de per­son­nels et d'usagers : ensei­gnants, étudiants, et per­son­nels BIATSS. Nous ne pou­vons plus faire cours à tous les étudiants, c'est pour­quoi ils sou­tiennent le mou­ve­ment entamé par les per­son­nels. Il y avait à peu près 200 per­sonnes assis­tant à notre assem­blée géné­rale ce mardi, répar­ties sur la dizaine de sites de l'ex–IUFM.

Vous dénon­cez un manque de moyens et de per­son­nels. Pourtant, les moyens de l'IUFM n'ont-ils pas été réaf­fec­tés à l'ÉSPÉ ?

Le bud­get affecté à l'IUFM est déter­miné en fonc­tion de ce qui a été fait l'année pré­cente. Or depuis 3–4 ans, notre uni­ver­sité de rat­ta­che­ment (Toulouse II-Le Mirail, ndlr) nous a obli­gés à réduire nos moyens, à réduire les temps de for­ma­tion, et nous enlève encore 1,1 mil­lions d'euros cette année... alors qu'il y a 30 à 40% d'étudiants en plus.

Nous sommes d'accord avec la réforme de la for­ma­tion et le pro­jet des ÉSPÉ, c'est son appli­ca­tion locale en Midi-Pyrénées que nous cri­ti­quons. Comme dans chaque aca­dé­mie, l'ÉSPÉ est un pro­jet inter-universitaire qui néces­site que les uni­ver­si­tés s'associent pour créer l'école, et pour la finan­cer. C'est ce der­nier point qui pose pro­blème. Dans le contexte de pénu­rie bud­gé­taire, les uni­ver­si­tés n'ont plus d'argent, et le bud­get flé­ché pour la for­ma­tion des ensei­gnants n'est pas tou­jours investi là où il le devrait. Ce bud­get existe, nous deman­dons juste qu'il soit reversé à l'ÉSPÉ afin de for­mer conve­na­ble­ment des ensei­gnants. Nous deman­dons qu'on nous donne les moyens de mettre en place la loi ! Mais les uni­ver­si­tés sont désor­mais auto­nomes : quelle pres­sion pouvons-nous exercer ?

Jeudi der­nier, l'ÉSPÉ était en grève. Quel impact a eu cette jour­née d'action ?

La grève a eu un petit impact local. Le len­de­main, ven­dredi der­nier, Vincent Peillon s'est rendu dans une école de l'académie pour inau­gu­rer une expo­si­tion. Des profs et étudiants sont allés à sa ren­contre. Il a dis­cuté avec nous, il a bien com­pris que nous n'étions pas contre la réforme et que nous ne deman­dions pas de bud­get sup­plé­men­taire, puisque l'argent est là. Si nous ne consa­crons pas assez de moyens à la for­ma­tion des ensei­gnants qui reprend à peine, ce sont les enfants qui vont payer, avec des ensei­gnants for­més sur le tas...

Comptez-vous sur Vincent Peillon pour résoudre la situa­tion ? Il s'est dit "furieux" de voir l'ÉSPÉ subir un coup de rabot bud­gé­taire de 25%...

Vincent Peillon n'est pas notre ministre de tutelle. Mais il veut mettre tout le monde autour d'une table pour dis­cu­ter : pour­quoi pas ! C'est sûr que nous avons un bud­get indi­gent, pas à la mesure de l'ambition de la réforme de la for­ma­tion des maîtres. C'est d'ailleurs pour cela que nous sommes une des cinq Ecoles à n'avoir obtenu qu'une accré­di­ta­tion d'un an.

Un comité de suivi natio­nal "sur la for­ma­tion des ensei­gnants et la mise en place des ÉSPÉ" devrait être ins­tallé ce mois-ci, pensez-vous que cela per­met­tra une meilleure coor­di­na­tion entre tous les acteurs ?

Il existe déjà dans notre aca­dé­mie un comité de suivi et de moyens inter-universitaire, qui a demandé expli­ci­te­ment aux uni­ver­si­tés de ne pas nous reprendre davan­tage de postes cette année. Deux jours plus tard, nous per­dions 4 postes de for­ma­teurs : le comité de suivi aca­dé­mique n'a aucun poids sur les per­sonnes qui prennent les déci­sions. Il fau­dra voir si le comité natio­nal est doté de plus de pouvoirs.

Avez-vous déjà prévu de nou­velles actions ?

Nous avons ouvert une page Facebook, nous twee­tons. Nous allons infor­mer le maire de Toulouse de la situa­tion. Nous allons conti­nuer à dis­tri­buer des tracts. Nous sommes vigi­lants sur ce que les uni­ver­si­tés pour­raient encore ten­ter pour réduire les coûts, par exemple fer­mer cer­tains de nos sites, comme à Rouen. C'est pour­quoi nous allons aussi nous appuyer sur les col­lec­ti­vi­tés locales : pour les dépar­te­ments notam­ment, c'est impor­tant de conser­ver des antennes uni­ver­si­taires, afin d'être au plus près des usagers.

Il faut savoir si l'on veut conser­ver une cer­taine idée du ser­vice public, ou juste écono­mi­ser de l'argent. La France a été capable d'avoir des IUFM alors qu'on était déjà en temps de crise; on devrait donc être capables d'avoir des ÉSPÉ !

Quentin Duverger

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