Grève à l’ÉSPÉ de Toulouse : « Donnez-nous les moyens d’appliquer la loi ! »

L’invité

Les enseignants et étudiants de l'ÉSPÉ de Toulouse se sont réunis en collectif pour dénoncer le manque de moyens alloués à la formation. Franck Martin, maître de conférences en sciences de l'éducation, détaille leurs motivations.

Franck Martin MCF ÉSPÉ ToulouseLe mouvement de protestation de l’ÉSPÉ de l’académie de Toulouse a été lancé par une intersyndicale, par la suite étendue en « collectif ». Qui le compose aujourd’hui ?

L’intersyndicale (Snesup-FSU – SGEN – Unsa, ndlr) est devenue un collectif de personnels et d’usagers : enseignants, étudiants, et personnels BIATSS. Nous ne pouvons plus faire cours à tous les étudiants, c’est pourquoi ils soutiennent le mouvement entamé par les personnels. Il y avait à peu près 200 personnes assistant à notre assemblée générale ce mardi, réparties sur la dizaine de sites de l’ex-IUFM.

Vous dénoncez un manque de moyens et de personnels. Pourtant, les moyens de l’IUFM n’ont-ils pas été réaffectés à l’ÉSPÉ ?

Le budget affecté à l’IUFM est déterminé en fonction de ce qui a été fait l’année précente. Or depuis 3-4 ans, notre université de rattachement (Toulouse II-Le Mirail, ndlr) nous a obligés à réduire nos moyens, à réduire les temps de formation, et nous enlève encore 1,1 millions d’euros cette année… alors qu’il y a 30 à 40% d’étudiants en plus.

Nous sommes d’accord avec la réforme de la formation et le projet des ÉSPÉ, c’est son application locale en Midi-Pyrénées que nous critiquons. Comme dans chaque académie, l’ÉSPÉ est un projet inter-universitaire qui nécessite que les universités s’associent pour créer l’école, et pour la financer. C’est ce dernier point qui pose problème. Dans le contexte de pénurie budgétaire, les universités n’ont plus d’argent, et le budget fléché pour la formation des enseignants n’est pas toujours investi là où il le devrait. Ce budget existe, nous demandons juste qu’il soit reversé à l’ÉSPÉ afin de former convenablement des enseignants. Nous demandons qu’on nous donne les moyens de mettre en place la loi ! Mais les universités sont désormais autonomes : quelle pression pouvons-nous exercer ?

Jeudi dernier, l’ÉSPÉ était en grève. Quel impact a eu cette journée d’action ?

La grève a eu un petit impact local. Le lendemain, vendredi dernier, Vincent Peillon s’est rendu dans une école de l’académie pour inaugurer une exposition. Des profs et étudiants sont allés à sa rencontre. Il a discuté avec nous, il a bien compris que nous n’étions pas contre la réforme et que nous ne demandions pas de budget supplémentaire, puisque l’argent est là. Si nous ne consacrons pas assez de moyens à la formation des enseignants qui reprend à peine, ce sont les enfants qui vont payer, avec des enseignants formés sur le tas…

Comptez-vous sur Vincent Peillon pour résoudre la situation ? Il s’est dit « furieux » de voir l’ÉSPÉ subir un coup de rabot budgétaire de 25%…

Vincent Peillon n’est pas notre ministre de tutelle. Mais il veut mettre tout le monde autour d’une table pour discuter : pourquoi pas ! C’est sûr que nous avons un budget indigent, pas à la mesure de l’ambition de la réforme de la formation des maîtres. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes une des cinq Ecoles à n’avoir obtenu qu’une accréditation d’un an.

Un comité de suivi national « sur la formation des enseignants et la mise en place des ÉSPÉ » devrait être installé ce mois-ci, pensez-vous que cela permettra une meilleure coordination entre tous les acteurs ?

Il existe déjà dans notre académie un comité de suivi et de moyens inter-universitaire, qui a demandé explicitement aux universités de ne pas nous reprendre davantage de postes cette année. Deux jours plus tard, nous perdions 4 postes de formateurs : le comité de suivi académique n’a aucun poids sur les personnes qui prennent les décisions. Il faudra voir si le comité national est doté de plus de pouvoirs.

Avez-vous déjà prévu de nouvelles actions ?

Nous avons ouvert une page Facebook, nous tweetons. Nous allons informer le maire de Toulouse de la situation. Nous allons continuer à distribuer des tracts. Nous sommes vigilants sur ce que les universités pourraient encore tenter pour réduire les coûts, par exemple fermer certains de nos sites, comme à Rouen. C’est pourquoi nous allons aussi nous appuyer sur les collectivités locales : pour les départements notamment, c’est important de conserver des antennes universitaires, afin d’être au plus près des usagers.

Il faut savoir si l’on veut conserver une certaine idée du service public, ou juste économiser de l’argent. La France a été capable d’avoir des IUFM alors qu’on était déjà en temps de crise; on devrait donc être capables d’avoir des ÉSPÉ !

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