30.08.2013
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Ludovia 2013 : les usages numériques des élèves doivent inspirer l'école

L'école tient-elle compte du fait que ses élèves maî­trisent les tech­no­lo­gies 2.0 ? Que font les ensei­gnants pour rat­tra­per leur retard ? Les inter­ve­nants de Ludovia ont fait le point ce mardi sur la culture numé­rique de l'école.

Ludovia 2013 culture numérique école

Les élèves d'aujourd'hui jouent tous aux jeux vidéo, pra­tiquent le mul­ti­tas­king dès le plus jeune âge, par­tagent des pho­tos sur les réseaux sociaux dès qu'ils les ont prises avec leur smart­phone... Ce sont des digi­tal natives : ils connaissent toutes les arcanes du numérique.

Mais où se trouvent les signes de prise en compte de ces pra­tiques à l'école ? Moins de 20% des ensei­gnants uti­lisent les TIC au moins une fois par semaine pour indi­vi­dua­li­ser les appren­tis­sages, et seuls 21% montent des séquences péda­go­giques où les élèves mani­pulent des res­sources TIC de façon heb­do­ma­daire(1).

L'ambition numé­rique ins­crite dans la loi

Il n'y a pas qu'en France que ces nou­velles tech­no­lo­gies numé­riques peinent à entrer dans les salles de classe : "au Québec, il y a énor­mé­ment de résis­tance à l'introduction des réseaux sociaux à l'école", recon­naît François Guité, ani­ma­teur de la confé­rence et consul­tant pour le minis­tère de l'Education du Québec.

En France, le minis­tère a ins­crit l'ambition numé­rique de l'école dans la loi de pro­gram­ma­tion, notam­ment à l'article 4 selon lequel l'école "déve­loppe les connais­sances, les com­pé­tences et la culture néces­saires (...) dans la société contem­po­raine de l'information et de la com­mu­ni­ca­tion". La docu­men­ta­liste Blandine Raoul-Réa encou­rage le recours au numé­rique qui "favo­rise l'expression des élèves". Il faut en outre que "l'élève affronte et se confronte aux médias qui existent dans la société" pour mieux les comprendre.

La réno­va­tion du B2i école-collège-lycée menée cet été per­met­tra aux ensei­gnants de mieux accom­pa­gner l'élève dans l'acquisition d'un usage rai­sonné d'Internet.

Jeux vidéo et réseaux sociaux : s'inspirer du quo­ti­dien des élèves

Selon dif­fé­rentes études, l'élève s'ennuie en classe. Pourquoi ? "Notamment parce qu'à l'école il se trouve dans une autre pra­tique que celle qu'il retrouve hors de l'école. En dehors de l'école, l'élève est acteur de son contenu, et il faut le prendre en compte", recom­mande Jean-Marc Merriaux, direc­teur géné­ral du CNDP. Pour autant, "il est dif­fi­cile d'utiliser les réseaux sociaux comme outils péda­go­giques alors que les moins de 13 ans n'ont pas le droit d'utiliser Facebook", reconnaît-il.

Outre les réseaux sociaux, il observe que les jeux vidéo "peinent à être recon­nus comme biens cultu­rels", alors qu'ils sont tout à fait exploi­tables péda­go­gi­que­ment. Introduire les jeux dans les classes per­met­trait encore une fois de mieux reflé­ter le quo­ti­dien des élèves. Les pra­tiques dans ce domaine évoluent, et aujourd'hui "51% des filles" jouent. Les filles réa­lisent que les jeux vidéo sont "un ter­rain de ren­contres" pri­vi­lé­gié, et qu'elles "acquièrent du res­pect au lycée quand elles atteignent un cer­tain niveau", ana­lyse Françoise Maine, ensei­gnante et rédac­trice en chef du por­tail ecolenumeriquepourtous.fr.

Pour Jean-Marc Merriaux, il est plus que temps de prendre en compte ces nou­velles réa­li­tés, et adop­ter le point de vue de l'élève pour adap­ter l'enseignement. "Jusqu'ici, on a eu une approche enseignant-centrique, mais aujourd'hui l'élève doit être pris en compte dans sa pro­duc­tion de conte­nus. Demain les usages des élèves seront pres­crip­teurs", prédit-il.

Responsabiliser et impli­quer les élèves avec un pro­jet collaboratif

Il y a des freins à l'utilisation des TICE en classe, recon­naît Blandine Raoul-Réa. "Mais il y a aussi de nom­breux leviers : la réécri­ture des pro­grammes, le socle com­mun (com­pé­tence 4), les pos­si­bi­li­tés d'accompagnement par le Clémi ou les CRDP..." L'enseignant doit aussi asso­cier les parents à sa démarche pour réus­sir, "on l'a vu avec les twitt­classes". Les parents bien infor­més sont rare­ment oppo­sés aux pro­jets visant à rap­pro­cher la classe du reste de la société : 95% des parents pensent en effet que ne pas maî­tri­ser le numé­rique est un han­di­cap pour la vie professionnelle.

Florence Canet, docu­men­ta­liste et for­ma­trice au numé­rique, confirme l'intérêt péda­go­gique du numé­rique. Elle a uti­lisé la pla­te­forme de signets col­la­bo­ra­tive Diigo dans le cadre des TPE avec une classe de BTS. Elle ne voyait ces élèves que 2 heures toutes les deux semaines, ce qui ne per­met­tait pas un grand suivi. Mais en consul­tant les biblio­thèques vir­tuelles de favo­ris que les élèves consti­tuaient, elle a pu véri­fier même hors de l'école si leurs recherches étaient per­ti­nentes, et ainsi les gui­der. Les élèves se sont inté­ressé au tra­vail des autres groupes, et vali­daient entre eux le tra­vail effec­tué à l'aide des bou­tons "j'aime".

En sélec­tion­nant les sources, mais sur­tout "en agis­sant des­sus" (en sur­li­gnant et en résu­mant des pas­sages de sites web, grâce aux fonc­tion­na­li­tés de Diigo), les élèves ont aussi pu mieux com­mu­ni­quer au sein de chaque groupe, "mieux struc­tu­rer leurs idées" pour l'élaboration de leur mémoire, et apprendre à soi­gner le choix de leurs mots pour se faire com­prendre de tous. Cette ini­tia­tive "a contri­bué à res­pon­sa­bi­li­ser et impli­quer les élèves", se féli­cite Florence Canet.

De nom­breuses ques­tions res­tent en sus­pens (par exemple, à qui appar­tiennent les don­nées pro­duites par les élèves ? Faut-il pri­vi­lé­gier les réseaux ouverts ou fer­més ? Quid de l'identité numé­rique ?), mais les ensei­gnants doivent apprendre à ouvrir les portes de leurs classes au numé­rique, s'ils ne veulent pas perdre l'intérêt de leurs élèves.

Quentin Duverger


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Vos réactions :

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Loys
le 30 août 2013

Quand le numé­risme célè­brant les nou­velles tech­no­lo­gies vient au secours des nou­velles péda­go­gies qui ont pré­ci­pité l'école où elle est...

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Nicolote
le 31 août 2013

Tout comme de nom­breux ensei­gnants, moi je suis prête à pas­ser au numé­rique... encore faut-il que je puisse dis­po­ser des équi­pe­ments adé­quats ! Quelles acti­vi­tés pro­po­ser avec un ordi­na­teur de plus de 10 ans à une classe de 27 élèves ? Si vous avez des idées, je suis pre­neur... Il serait temps de réveiller et les com­munes pour mieux équi­per les classes et le minis­tère pour aider les ensei­gnants eux-mêmes à s'équiper car l'investissement reste lourd entre ordi, impri­mante, inter­net, etc...

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Julien
le 16 octobre 2013

Ils sont digi­tal natives, certes, mais ne maî­trisent abso­lu­ment pas la tech­no­lo­gie, ils l'utilisent de façon naïve.
(Digital naives!).
Et c'est jus­te­ment pour ça qu'il faut tra­vailler avec eux sur les tech­no­lo­gies à la pointe (maî­tri­ser ses traces sur inter­net, ses don­nées pri­vées, etc.)
Ne pas consi­dé­rer qu'ils savent tout faire d'eux-mêmes, ce n'est pas vrai, ils savent "vite fait" des choses sur cer­tains points pré­cis.
Mais sinon je suis d'accord.

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JulienHels
le 24 octobre 2013

http://www.epi.asso.fr/revue/lu/l1310c.htm

À consul­ter pour réa­li­ser que "Les enfants ne savent pas se ser­vir d'un ordi­na­teur et vous devriez vous en inquié­ter", à contre cou­rant de ce que sous-entend l'article. Dans la sec­tion "lu sur le net" de l'association Epi.

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