Ludovia 2013 : les usages numériques des élèves doivent inspirer l’école

Chronik'éduc

L'école tient-elle compte du fait que ses élèves maîtrisent les technologies 2.0 ? Que font les enseignants pour rattraper leur retard ? Les intervenants de Ludovia ont fait le point ce mardi sur la culture numérique de l'école.

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Les élèves d’aujourd’hui jouent tous aux jeux vidéo, pratiquent le multitasking dès le plus jeune âge, partagent des photos sur les réseaux sociaux dès qu’ils les ont prises avec leur smartphone… Ce sont des digital natives : ils connaissent toutes les arcanes du numérique.

Mais où se trouvent les signes de prise en compte de ces pratiques à l’école ? Moins de 20% des enseignants utilisent les TIC au moins une fois par semaine pour individualiser les apprentissages, et seuls 21% montent des séquences pédagogiques où les élèves manipulent des ressources TIC de façon hebdomadaire(1).

L’ambition numérique inscrite dans la loi

Il n’y a pas qu’en France que ces nouvelles technologies numériques peinent à entrer dans les salles de classe : « au Québec, il y a énormément de résistance à l’introduction des réseaux sociaux à l’école« , reconnaît François Guité, animateur de la conférence et consultant pour le ministère de l’Education du Québec.

En France, le ministère a inscrit l’ambition numérique de l’école dans la loi de programmation, notamment à l’article 4 selon lequel l’école « développe les connaissances, les compétences et la culture nécessaires (…) dans la société contemporaine de l’information et de la communication ». La documentaliste Blandine Raoul-Réa encourage le recours au numérique qui « favorise l’expression des élèves ». Il faut en outre que « l’élève affronte et se confronte aux médias qui existent dans la société » pour mieux les comprendre.

La rénovation du B2i école-collège-lycée menée cet été permettra aux enseignants de mieux accompagner l’élève dans l’acquisition d’un usage raisonné d’Internet.

Jeux vidéo et réseaux sociaux : s’inspirer du quotidien des élèves

Selon différentes études, l’élève s’ennuie en classe. Pourquoi ? « Notamment parce qu’à l’école il se trouve dans une autre pratique que celle qu’il retrouve hors de l’école. En dehors de l’école, l’élève est acteur de son contenu, et il faut le prendre en compte », recommande Jean-Marc Merriaux, directeur général du CNDP. Pour autant, « il est difficile d’utiliser les réseaux sociaux comme outils pédagogiques alors que les moins de 13 ans n’ont pas le droit d’utiliser Facebook« , reconnaît-il.

Outre les réseaux sociaux, il observe que les jeux vidéo « peinent à être reconnus comme biens culturels », alors qu’ils sont tout à fait exploitables pédagogiquement. Introduire les jeux dans les classes permettrait encore une fois de mieux refléter le quotidien des élèves. Les pratiques dans ce domaine évoluent, et aujourd’hui « 51% des filles » jouent. Les filles réalisent que les jeux vidéo sont « un terrain de rencontres » privilégié, et qu’elles « acquièrent du respect au lycée quand elles atteignent un certain niveau », analyse Françoise Maine, enseignante et rédactrice en chef du portail ecolenumeriquepourtous.fr.

Pour Jean-Marc Merriaux, il est plus que temps de prendre en compte ces nouvelles réalités, et adopter le point de vue de l’élève pour adapter l’enseignement. « Jusqu’ici, on a eu une approche enseignant-centrique, mais aujourd’hui l’élève doit être pris en compte dans sa production de contenus. Demain les usages des élèves seront prescripteurs« , prédit-il.

Responsabiliser et impliquer les élèves avec un projet collaboratif

Il y a des freins à l’utilisation des TICE en classe, reconnaît Blandine Raoul-Réa. « Mais il y a aussi de nom­breux leviers : la réécri­ture des pro­grammes, le socle commun (compétence 4), les possibilités d’accompagnement par le Clémi ou les CRDP… » L’enseignant doit aussi associer les parents à sa démarche pour réussir, « on l’a vu avec les twittclasses« . Les parents bien informés sont rarement opposés aux projets visant à rapprocher la classe du reste de la société : 95% des parents pensent en effet que ne pas maîtriser le numérique est un handicap pour la vie professionnelle.

Florence Canet, documentaliste et formatrice au numérique, confirme l’intérêt pédagogique du numérique. Elle a utilisé la plateforme de signets collaborative Diigo dans le cadre des TPE avec une classe de BTS. Elle ne voyait ces élèves que 2 heures toutes les deux semaines, ce qui ne permettait pas un grand suivi. Mais en consultant les bibliothèques virtuelles de favoris que les élèves constituaient, elle a pu vérifier même hors de l’école si leurs recherches étaient pertinentes, et ainsi les guider. Les élèves se sont intéressé au travail des autres groupes, et validaient entre eux le travail effectué à l’aide des boutons « j’aime ».

En sélectionnant les sources, mais surtout « en agissant dessus » (en surlignant et en résumant des passages de sites web, grâce aux fonctionnalités de Diigo), les élèves ont aussi pu mieux communiquer au sein de chaque groupe, « mieux structurer leurs idées » pour l’élaboration de leur mémoire, et apprendre à soigner le choix de leurs mots pour se faire comprendre de tous. Cette initiative « a contribué à responsabiliser et impliquer les élèves », se félicite Florence Canet.

De nombreuses questions restent en suspens (par exemple, à qui appartiennent les données produites par les élèves ? Faut-il privilégier les réseaux ouverts ou fermés ? Quid de l’identité numérique ?), mais les enseignants doivent apprendre à ouvrir les portes de leurs classes au numérique, s’ils ne veulent pas perdre l’intérêt de leurs élèves.

Note(s) :
  • (1) Source : enquête PROFETIC 2012 http://cache.media.eduscol.education.fr/file/ETIC_et_PROFETIC/88/0/profetic-2012-rapport_221880.pdf

4 commentaires sur "Ludovia 2013 : les usages numériques des élèves doivent inspirer l’école"

  1. Loys  30 août 2013 à 18 h 52 min

    Quand le numérisme célèbrant les nouvelles technologies vient au secours des nouvelles pédagogies qui ont précipité l’école où elle est…

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  2. Nicolote  31 août 2013 à 13 h 58 min

    Tout comme de nombreux enseignants, moi je suis prête à passer au numérique… encore faut-il que je puisse disposer des équipements adéquats ! Quelles activités proposer avec un ordinateur de plus de 10 ans à une classe de 27 élèves ? Si vous avez des idées, je suis preneur… Il serait temps de réveiller et les communes pour mieux équiper les classes et le ministère pour aider les enseignants eux-mêmes à s’équiper car l’investissement reste lourd entre ordi, imprimante, internet, etc…

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  3. Julien  16 octobre 2013 à 17 h 33 min

    Ils sont digital natives, certes, mais ne maîtrisent absolument pas la technologie, ils l’utilisent de façon naïve.
    (Digital naives!).
    Et c’est justement pour ça qu’il faut travailler avec eux sur les technologies à la pointe (maîtriser ses traces sur internet, ses données privées, etc.)
    Ne pas considérer qu’ils savent tout faire d’eux-mêmes, ce n’est pas vrai, ils savent « vite fait » des choses sur certains points précis.
    Mais sinon je suis d’accord.

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  4. JulienHels  24 octobre 2013 à 10 h 09 min

    http://www.epi.asso.fr/revue/lu/l1310c.htm

    À consulter pour réaliser que « Les enfants ne savent pas se servir d’un ordinateur et vous devriez vous en inquiéter », à contre courant de ce que sous-entend l’article. Dans la section « lu sur le net » de l’association Epi.

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