Ludovia 2013 : bilan de 10 ans de numérique éducatif

Les enseignants n'exploitent pas encore tout le potentiel des outils numériques, faute d'une formation adaptée, affirment les intervenants de la conférence inaugurale de Ludovia 2013.

Promesses des TICE conférence Ludovia 2013Pour la conférence inaugurale de Ludovia 2013 ce lundi 26 août, Pascal Cotentin, directeur du CRDP de Versailles et Marcel Lebrun, techno-pédagogue à l’université de Louvain-la-neuve, se sont efforcés de faire un bilan de l’usage du numérique dans l’éducation ces dix dernières années.

« Ca avance lentement, on ne peut pas parler de la lame de fond attendue », affirme Marcel Lebrun. « Les outils sont là, ils ont plein de potentiel – mais l’actualisation de ce potentiel dépendra des enseignants. » La révolution numérique doit en effet se traduire par de nouveaux usages et pas seulement par des avancées technologiques, souligne le pédagogue.

Evaluation explicite et entre pairs

Pour cela, il va falloir revoir les méthodes d’apprentissage. Le modèle d’école avec « le maître qui sait » face aux élèves incompétents, « c’est bientôt fini ». Marcel Lebrun propose de faire de chaque élève son propre professeur, et plutôt que de privilégier les savoirs, lui faire acquérir les compétences qui lui permettront de s’éduquer et de se perfectionner, tout au long de sa vie. « Car on n’apprend pas une compétence dans un cours de 30 heures. Quand j’entends des profs dire : « l’objectif de mon cours est de développer l’esprit critique » par exemple, ça me fait rire ! »

L’évaluation traditionnelle « qui fait mal, qui blesse » doit aussi être remise en cause. L’usage de tablettes tactiles ou d’iPods permet par exemple aux élèves de travailler individuellement, de reprendre leur travail autant de fois que nécessaire même hors de la classe, et facilite la correction entre pairs. « Je vois là des évaluations beaucoup plus formatives, dont le but n’est pas tellement d’attester la réussite finale d’un ensemble de tâches, mais qui visent plutôt à l’amélioration« , analyse Marcel Lebrun.

Ces évaluations menées dans un cadre collectif semblent en effet plus fructueuses que de laisser l’élève seul devant sa feuille à chercher une réponse. Elles demandent aussi de rendre explicites les critères d’évaluation, alors que dans un système traditionnel, l’élève se demande parfois pourquoi il a obtenu une note. Marcel Lebrun rappelle aussi la possibilité de l’évalua­tion de port­fo­lio, qui porte sur un ensemble de tâches dont l’élève conserve les preuves de réalisation, validées par des pairs ou des experts certifiés.

Classe inversée : fixer des objectifs

Les nouvelles technologies ont facilité la mise en place de nouveaux modèles d’enseignement, comme la « classe inversée » ou flipped classroom. Celle-ci consiste à demander aux élèves d’apprendre les cours chez eux, grâce à des résumés audio ou des vidéos enregistrées par l’enseignant par exemple, et de faire en classe des exercices d’application. Selon des témoignages d’enseignants, les élèves sont plus concentrés en classe, travaillent davantage, et cela dégage du temps pour accompagner ceux qui en ont le plus besoin.

L’enseignante canadienne Annick Arsenault Carter explique aux parents d’élèves les avantages d’une classe inversée.

« Il faut cadrer ça avec des objectifs » pour l’inscrire dans un vrai dispositif pédagogique, précise Marcel Lebrun, « il faut par exemple demander à des groupes d’élèves de poster trois questions sur une vidéo » à regarder avant le prochain cours. « Il faut certains éléments de contrainte, parce que l’être humain est ainsi fait. »

La classe inversée permet de guider l’élève vers un apprentissage progressif tout au long de la vie : l’éducation, « ce ne doit pas seulement être 2 heures de classe ça et là, non, c’est partout et tout le temps. »

Formation des enseignants : privilégier les compétences aux savoirs

Ces changements dans la façon d’appréhender la classe et l’apprentissage doivent être reflétés dans la formation des enseignants, avec une intégration du numérique bien entendu. Marcel Lebrun suggère une formation isomorphique : « il faut faire avec les enseignants ce qu’on voudrait qu’ils fassent plus tard avec leurs élèves ». C’est-à-dire, selon lui, privilégier les compétences et les actions sur le terrain. Le tout, en s’affranchissant du jargon en vogue : « Que de temps passé à faire des référentiels ! » regrette-t-il.

Le techno-pédagogue n’envisage pas pour autant une formation sans savoirs, qu’un enseignant ne sache rien du constructivisme, par exemple. Mais il estime que ces savoirs peuvent être condensés : en résumé, « Piaget a dit « Je ne peux pas apprendre à votre place, c’est à vous de construire vos connaissances » ». L’apprentissage avec des pairs et en réseau devrait avoir pour lui plus de place que ces savoirs théoriques. « Dans la vraie vie, on ne vous donne pas théorie avant la pratique », déclare-t-il.

Forts de leurs nouvelles compétences, les enseignants sauront renouveler et adapter leurs pratiques face à l’émergence de nouveaux outils et de nouveaux usages. « Il faudra des enseignants davantage chercheurs, qui cherchent sans cesse à expérimenter… Il faut se remettre dans une logique d’essai et de pratique, d’erreur et d’analyse. »

Conclusion : « Si on revoit l’éducation, nous allons tous apprendre à apprendre toute la vie durant, et tous devenir des enseignants ! »

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