Cours vidéo en ligne : « le MOOC ne remplace pas le travail en classe »

L’invité

Les MOOCs, cours filmés gratuits et ouverts à tous, comptent de plus en plus d'adeptes. Elodie Buronfosse, directrice des actions éducatives de France Télévisions, nous explique les principes du MOOC philo lancé cette année pour aider les lycéens à réviser le bac.

Elodie Buronfosse directrice actions éducatives France Télévisions

Le MOOC est un mot à la mode dans le monde éducatif : comment définiriez-vous ce concept ?

La traduction littérale de cet acronyme américain est : « cours en ligne ouvert à tous ». Le principe est de proposer gratuitement des cours filmés sur des plateformes web, donc enrichis de textes, d’échanges…

Sur le site Francetv éducation, un MOOC philo a été lancé en mai pour aider à réviser le bac. Pourquoi avoir choisi la philosophie, et pas un MOOC maths ou français par exemple ?

C’est un choix très rationnel : la philosophie au bac est la matière qui a le tronc commun le plus vaste, avec 18 notions communes à toutes les filières. Nous avons donc proposé 18 séances de révisions, des vidéos de 28 minutes chacune, mises en ligne chaque soir vers 18h entre le 15 et le 27 mai. Les vidéos étaient accompagnées de texte, et suivies à 19h d’un chat avec un enseignant pour approfondir. Ces vidéos sont toujours accessibles, et la plateforme restera en ligne jusqu’en septembre. Les vidéos seront ensuite retirées d’Internet pendant l’année scolaire, car leur format n’est adapté qu’aux révisions.

MOOC, comment ça se prononce ?

Doit-on dire un « mouc », un « moc », un « M-O-O-C » ? MOOC est l’acronyme de Massive Open Online Course (cours en ligne massif et ouvert). En tant qu’expression anglo-saxonne, elle devrait donc se prononcer « mouc ».

Pour les irréductibles du français, on trouve parmi les tentatives de francisation le romantique Apprentissage Massivement Ouvert en Réseau (AMOR), ou encore les COurs Ouverts Pour Tous (COOPT), qui traduit bien l’idée d’échange et de coopération.

Qui a réalisé les cours en vidéo et assuré les chats d’approfondissement ?

La société de production Pythagora, qui a élaboré le concept, nous a mis en relation avec deux enseignants de lycée prêts à se lancer dans cette aventure. L’un d’eux avait déjà fait une tentative d’offre numérique orientée sur la philo. Ils ont été agréablement surpris par la qualité des échanges sur le chat ; les retours d’autres professeurs de philosophie ont aussi été très positifs. Mais le dispositif a nécessité une forte implication des enseignants et beaucoup de réflexion préalable : comment concentrer en 28 minutes une notion abordée en 4 ou 5 heures au cours de l’année ?

Est-ce que l’avènement du MOOC préfigure pour vous « la mort des salles de classe », annoncée par le président de l’université de Stanford, John L. Hennessy?

Je n’y crois pas du tout. Cela ne remplace absolument pas le travail en classe, où l’activité est bien plus grande que derrière un écran. A l’université, on trouve parfois plusieurs centaines de personnes dans un amphi, malgré tout la présence physique fait une grande différence. Et puis il n’y a pas de contrôle de connaissances dans un MOOC.

Le principal avantage du MOOC est la vidéo : cela parle à la fois aux personnes qui ont une mémoire auditive, et à ceux qui ont une mémoire visuelle grâce aux textes d’accompagnement. C’est un outil de plus mis à la disposition des enseignants, n’importe qui peut le faire, il suffit d’avoir une webcam. C’est juste une pratique pédagogique différente, complémentaire des cours traditionnels. Autrement, ce ne serait plus que de l’enseignement à distance, ce qui n’a rien de nouveau.

Combien d’élèves ont suivi le MOOC Philo de France Télévisions ?

Nous avons compté plus de 8.000 participants qui se sont inscrits au fur et à mesure, avec un pic le dernier jour – la veille du bac. Nous nous attendons à un autre pic de connexion avant les oraux de rattrapage.

Avec autant de candidats intéressés, allez-vous reproduire l’expérience l’an prochain ?

Ce sont des résultats concluants pour une expérimentation, mais nous n’avons pas encore décidé ce que nous ferons l’an prochain. En tout cas, le budget nécessaire est trop important pour l’étendre à toutes les disciplines.

Est-ce que les participants ont le sentiment d’avoir mieux réussi l’épreuve de philosophie ?

Nous avons prévu de poser la question, de leur demander leur note. Mais nous nous attendons à ce que les résultats soient biaisés : les élèves assidus au MOOC étaient probablement déjà assidus en classe…

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