26.06.2013
5 réactions

ENT et numérique à l'école : la formation des enseignants reste l'obstacle principal

Une table ronde orga­ni­sée la semaine der­nière sur l'école numé­rique a sou­li­gné le manque de for­ma­tion des ensei­gnants sur le sujet. Le minis­tère de l'Education natio­nale compte y remé­dier rapidement.

conférence ENT école numérique UGAPL'UGAP a orga­nisé jeudi der­nier à Paris une table ronde sur les ENT et les avan­cées de l'école numérique.

Pour Jacques Delaune, conseiller TICE au rec­to­rat de Nantes, l'école doit per­mettre aux plus jeunes de s'approprier le numé­rique. Ce doit être un lieu "où apprendre ce qu'est une mes­sa­ge­rie, apprendre à tra­vailler en réseau..." tout en s'affranchissant de la com­mu­ni­ca­tion "par­fois agres­sive" d'Internet. L'Espace numé­rique de tra­vail (ENT) per­met d'utiliser tous ces outils "en sécu­rité", souligne-t-il.

L'ENT est un por­tail d'accès sécu­risé à un ensemble de ser­vices numé­riques. Dans le secon­daire, il est cen­tré sur la vie sco­laire : notes, absences, devoirs... Le pri­maire, qui connaît un retard dans le déploie­ment d'ENT, a davan­tage besoin d'outils d'e-learning à uti­li­ser en classe, par exemple pour l'enregistrement et la lec­ture audio et vidéo. Il doit aussi per­mettre de conser­ver les traces des ensei­gne­ments, pour rendre la pro­gres­sion de l'élève visible auprès des parents.

Les contraintes tech­niques de l'équipement numérique

Mais si l'ENT n'est pas simple d'utilisation, l'enseignant se las­sera vite et n'utilisera pas le maté­riel à sa dis­po­si­tion. C'est pour­quoi l'UGAP pro­po­sera dès 2014 un ENT pour le pri­maire "clé en main, conforme aux spé­ci­fi­ca­tions du SDET, faci­le­ment acces­sible et écono­mi­que­ment per­for­mant", annonce Guy-Nöel Noguera, direc­teur de pro­jets en charge du déve­lop­pe­ment infor­ma­tique pour l'UGAP. Il fonc­tion­nera selon un sys­tème d'abonnement.

L'ENT n'est qu'un élément de l'écosystème numé­rique de l'école, et il faut réflé­chir à un plan d'équipement glo­bal : TNI, tablettes... Chacun de ces com­po­sants a des contraintes tech­niques qu'il convient d'anticiper. L'IGEN Daniel Auverlot cite l'exemple d'une pro­fes­seure de fran­çais dans l'académie de Grenoble, qui n'a pas pu pas­ser des extraits vidéo de pièces de théâtre sur son nou­veau TNI à cause d'un débit Internet insuf­fi­sant. D'autres établis­se­ments ont par ailleurs dû se pri­ver d'équipement numé­rique, faute de locaux assez sécurisés.

Daniel Auverlot a aussi observé de grandes réus­sites dans l'utilisation du numé­rique à l'école. Il parle ainsi d'un pro­fes­seur de SES qui laisse ses élèves se ren­sei­gner sur le sujet du cours sur des iPads pen­dant une demi-heure, puis "construit son cours à par­tir des infor­ma­tions trou­vées par les élèves, en expli­quant pour­quoi cer­taines ne sont pas cré­dibles en fonc­tion des sources". Pas besoin de beau­coup de maté­riel : par­fois, un simple "cla­vier Bluetooth" qui cir­cule dans la classe encou­rage les élèves à par­ti­ci­per car ils voient "le tra­vail en train de se faire" au tableau.

Le numé­rique ins­crit dans les fon­de­ments de l'école

Le prin­ci­pal blo­cage à l'utilisation du numé­rique à l'école vient avant tout "des ensei­gnants", selon la majo­rité des inter­ve­nants. Le manque de for­ma­tion est pointé du doigt. Gilles Braun, conseiller de Vincent Peillon sur le numé­rique, revient à cette occa­sion sur la stra­té­gie de l'Education natio­nale. "Nous allons veiller à ce que dans les ÉSPÉ le numé­rique prenne sa place tout de suite", annonce-t-il notam­ment, mais il recon­naît que la for­ma­tion ini­tiale est une poli­tique de "moyen terme".

La loi sur la refon­da­tion de l'école votée hier com­prend un volet sur le numé­rique éduca­tif qui devrait obli­ger les ensei­gnants à adop­ter rapi­de­ment le numé­rique. "Pour la pre­mière fois le numé­rique sera ins­crit (...) dans les fon­de­ments de l'école", se réjouit Gilles Braun. Daniel Auverlot rap­pelle que les pro­fes­seurs "sont des fonc­tion­naires, ils vont devoir obéir à la loi !". Il ajoute que l'inspection les y pousse égale­ment : un volet de l'inspection est sys­té­ma­ti­que­ment consa­cré à l'usage des TICE. "La part impor­tante de télé-formation l'an pro­chain va aussi obli­ger les ensei­gnants à s'y mettre."

Il sug­gère enfin, comme solu­tion de der­nier recours, de sup­pri­mer le "bud­get pho­to­co­pie, colle et ciseaux" des établis­se­ments, pour obli­ger les ensei­gnants à se mettre au TNI.
Un exemple d'utilisation réus­sie du numé­rique en pri­maire, à l'école d'Auriac (Corrèze) :

Quentin Duverger


Vous souhaitez réagir sur cet article : Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Loys
le 26 juin 2013

L'élève du XXIe siècle s'est tel­le­ment appro­prié le numé­rique qu'en regard des réseaux sociaux dont il est membre les ENT de l’Éducation Nationale font figure de dino­saures informatiques !

Signaler

un prof ...
le 28 juin 2013

Monsieur Daniel Auverlot veut sup­pri­mer le bud­get "pho­to­co­pie colle et ciseaux". Bien, ok. Alors fau­drait un bud­get "PC qui fonc­tionne, réseau, logi­ciels, scan­ner". Et puis, deman­dez à un élève quel outil est le plus pra­tique pour révi­ser dans la cour, dans un cou­loir, dans le bus, sur un banc : une pho­to­co­pie avec des exer­cices ou une tablette ? J'échange pen­dant un mois ma place avec cet IGEN et on en redis­cute ensuite... chiche ? Pour infor­ma­tion, j'ai eu un autre métier avant : j'étais ana­lyste pro­gram­meur Java, alors les Tice, ça ne me bloque pas spé­cia­le­ment. Et à l'époque, c'est l'utilisateur qu'on écou­tait pour fabri­quer son outil...

Signaler

Pericles
le 28 juin 2013

Pour répondre à Loys, le pro­blème c'est qu'on com­pare des solu­tions qui portent le même nom (ENT) mais qui sont radi­ca­le­ment dif­fé­rentes.
Par exemple, com­pa­rer la solu­tion adop­tée par l'Académie de Nantes pour le pri­maire, solu­tion issue du meilleur de la péda­go­gie des pays nor­diques, et la solu­tion que les régions Île-de-France ou Rhône-Alpes ont impo­sée à leurs lycées, avec des taux d'usages catas­tro­phiques, c'est comme com­pa­rer une BMW et une Lada...
Sauf que la BMW est plus chère que la Lada, ce qui n'est pas le cas du meilleur des deux ENT, et que la Lada.... marche, ce qui n'est pas le cas du pire des deux ENTs ;-)

Signaler

un autre prof le 30 Juin 2013
le 30 juin 2013

Il y a une entre­prise en France où les sala­riés doivent s'acheter eux-mêmes leur maté­riel s'il veulent uti­li­ser les NTICE, c'est l'Education Nationale.

Signaler

Encore un prof.. utililisateur lorsque c'est possible.
le 13 novembre 2013

Le pro­blème de l'utilisation des TIC dans l'éducation natio­nale n'est sûre­ment pas un manque de moti­va­tion ni de for­ma­tion des profs, il vient bel et bien du manque de fia­bi­lité du maté­riel.
Dans les établis­se­ments dans les­quels je tra­vaille, j'ai recensé pas loin de 500 uti­li­sa­teurs dif­fé­rents et une tren­taine de logi­ciels (entre les maths, le fran­çais, la phy­sique, la tech­no­lo­gie, la musique,...) qui doivent tour­ner sur la même machine.
Qui n'a pas vécu de séance où la moi­tié de la classe com­mence le tra­vail pen­dant que le prof se dépa­touille avec le reste pour télé­char­ger le plu­gin qui manque (quand il a le droit de l'installer), le logi­ciel qui ne démarre pas etc... Pour celles et ceux qui dési­rent uti­li­ser l'informatique dans leur cours, après une ou deux séances de ce type, ils aban­donnent. Cela génère éner­ve­ments et frus­tra­tions et on devient contre-productif.
Ce qu'il faut pour que ça tourne c'est un ser­vice main­te­nance digne de ce nom, dans les établis­se­ments. J'ai du mal à com­prendre que nos chers déci­deurs n'aient pas com­pris cette pro­blé­ma­tique et qu'ils soient autant décon­nec­tés de la réa­lité. A croire qu'on ne vit pas dans le même monde...

Signaler

5 réactions