ENT et numérique à l’école : la formation des enseignants reste l’obstacle principal

Chronik'éduc

Une table ronde organisée la semaine dernière sur l'école numérique a souligné le manque de formation des enseignants sur le sujet. Le ministère de l'Education nationale compte y remédier rapidement.

conférence ENT école numérique UGAPL’UGAP a organisé jeudi dernier à Paris une table ronde sur les ENT et les avancées de l’école numérique.

Pour Jacques Delaune, conseiller TICE au rectorat de Nantes, l’école doit permettre aux plus jeunes de s’approprier le numérique. Ce doit être un lieu « où apprendre ce qu’est une messagerie, apprendre à travailler en réseau… » tout en s’affranchissant de la communication « parfois agressive » d’Internet. L’Espace numérique de travail (ENT) permet d’utiliser tous ces outils « en sécurité », souligne-t-il.

L’ENT est un portail d’accès sécurisé à un ensemble de services numériques. Dans le secondaire, il est centré sur la vie scolaire : notes, absences, devoirs… Le primaire, qui connaît un retard dans le déploiement d’ENT, a davantage besoin d’outils d’e-learning à utiliser en classe, par exemple pour l’enregistrement et la lecture audio et vidéo. Il doit aussi permettre de conserver les traces des enseignements, pour rendre la progression de l’élève visible auprès des parents.

Les contraintes techniques de l’équipement numérique

Mais si l’ENT n’est pas simple d’utilisation, l’enseignant se lassera vite et n’utilisera pas le matériel à sa disposition. C’est pourquoi l’UGAP proposera dès 2014 un ENT pour le primaire « clé en main, conforme aux spécifications du SDET, facilement accessible et économiquement performant », annonce Guy-Nöel Noguera, directeur de projets en charge du développement informatique pour l’UGAP. Il fonctionnera selon un système d’abonnement.

L’ENT n’est qu’un élément de l’écosystème numérique de l’école, et il faut réfléchir à un plan d’équipement global : TNI, tablettes… Chacun de ces composants a des contraintes techniques qu’il convient d’anticiper. L’IGEN Daniel Auverlot cite l’exemple d’une professeure de français dans l’académie de Grenoble, qui n’a pas pu passer des extraits vidéo de pièces de théâtre sur son nouveau TNI à cause d’un débit Internet insuffisant. D’autres établissements ont par ailleurs dû se priver d’équipement numérique, faute de locaux assez sécurisés.

Daniel Auverlot a aussi observé de grandes réussites dans l’utilisation du numérique à l’école. Il parle ainsi d’un professeur de SES qui laisse ses élèves se renseigner sur le sujet du cours sur des iPads pendant une demi-heure, puis « construit son cours à partir des informations trouvées par les élèves, en expliquant pourquoi certaines ne sont pas crédibles en fonction des sources ». Pas besoin de beaucoup de matériel : parfois, un simple « clavier Bluetooth » qui circule dans la classe encourage les élèves à participer car ils voient « le travail en train de se faire » au tableau.

Le numérique inscrit dans les fondements de l’école

Le principal blocage à l’utilisation du numérique à l’école vient avant tout « des enseignants », selon la majorité des intervenants. Le manque de formation est pointé du doigt. Gilles Braun, conseiller de Vincent Peillon sur le numérique, revient à cette occasion sur la stratégie de l’Education nationale. « Nous allons veiller à ce que dans les ÉSPÉ le numérique prenne sa place tout de suite », annonce-t-il notamment, mais il reconnaît que la formation initiale est une politique de « moyen terme ».

La loi sur la refondation de l’école votée hier comprend un volet sur le numérique éducatif qui devrait obliger les enseignants à adopter rapidement le numérique. « Pour la première fois le numérique sera inscrit (…) dans les fondements de l’école », se réjouit Gilles Braun. Daniel Auverlot rappelle que les professeurs « sont des fonctionnaires, ils vont devoir obéir à la loi ! ». Il ajoute que l’inspection les y pousse également : un volet de l’inspection est systématiquement consacré à l’usage des TICE. « La part importante de télé-formation l’an prochain va aussi obliger les enseignants à s’y mettre. »

Il suggère enfin, comme solution de dernier recours, de supprimer le « budget photocopie, colle et ciseaux » des établissements, pour obliger les enseignants à se mettre au TNI.
Un exemple d’utilisation réussie du numérique en primaire, à l’école d’Auriac (Corrèze) :

5 commentaires sur "ENT et numérique à l’école : la formation des enseignants reste l’obstacle principal"

  1. Loys  26 juin 2013 à 23 h 26 min

    L’élève du XXIe siècle s’est tellement approprié le numérique qu’en regard des réseaux sociaux dont il est membre les ENT de l’Éducation Nationale font figure de dinosaures informatiques !

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  2. un prof ...  28 juin 2013 à 7 h 55 min

    Monsieur Daniel Auverlot veut supprimer le budget « photocopie colle et ciseaux ». Bien, ok. Alors faudrait un budget « PC qui fonctionne, réseau, logiciels, scanner ». Et puis, demandez à un élève quel outil est le plus pratique pour réviser dans la cour, dans un couloir, dans le bus, sur un banc : une photocopie avec des exercices ou une tablette ? J’échange pendant un mois ma place avec cet IGEN et on en rediscute ensuite… chiche ? Pour information, j’ai eu un autre métier avant : j’étais analyste programmeur Java, alors les Tice, ça ne me bloque pas spécialement. Et à l’époque, c’est l’utilisateur qu’on écoutait pour fabriquer son outil…

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  3. Pericles  28 juin 2013 à 17 h 27 min

    Pour répondre à Loys, le problème c’est qu’on compare des solutions qui portent le même nom (ENT) mais qui sont radicalement différentes.
    Par exemple, comparer la solution adoptée par l’Académie de Nantes pour le primaire, solution issue du meilleur de la pédagogie des pays nordiques, et la solution que les régions Île-de-France ou Rhône-Alpes ont imposée à leurs lycées, avec des taux d’usages catastrophiques, c’est comme comparer une BMW et une Lada…
    Sauf que la BMW est plus chère que la Lada, ce qui n’est pas le cas du meilleur des deux ENT, et que la Lada…. marche, ce qui n’est pas le cas du pire des deux ENTs ;-)

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  4. un autre prof le 30 Juin 2013  30 juin 2013 à 8 h 30 min

    Il y a une entreprise en France où les salariés doivent s’acheter eux-mêmes leur matériel s’il veulent utiliser les NTICE, c’est l’Education Nationale.

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  5. Encore un prof.. utililisateur lorsque c'est possible.  13 novembre 2013 à 19 h 01 min

    Le problème de l’utilisation des TIC dans l’éducation nationale n’est sûrement pas un manque de motivation ni de formation des profs, il vient bel et bien du manque de fiabilité du matériel.
    Dans les établissements dans lesquels je travaille, j’ai recensé pas loin de 500 utilisateurs différents et une trentaine de logiciels (entre les maths, le français, la physique, la technologie, la musique,…) qui doivent tourner sur la même machine.
    Qui n’a pas vécu de séance où la moitié de la classe commence le travail pendant que le prof se dépatouille avec le reste pour télécharger le plugin qui manque (quand il a le droit de l’installer), le logiciel qui ne démarre pas etc… Pour celles et ceux qui désirent utiliser l’informatique dans leur cours, après une ou deux séances de ce type, ils abandonnent. Cela génère énervements et frustrations et on devient contre-productif.
    Ce qu’il faut pour que ça tourne c’est un service maintenance digne de ce nom, dans les établissements. J’ai du mal à comprendre que nos chers décideurs n’aient pas compris cette problématique et qu’ils soient autant déconnectés de la réalité. A croire qu’on ne vit pas dans le même monde…

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