Anglais à l’université : « une nécessité vitale » pour Bruno Sire

La loi Fioraso, votée à l’Assemblée nationale ce 28 mai, donne la possibilité aux universités d’intégrer des cursus en anglais. Bruno Sire, président de l’université de Toulouse 1 Capitole, fait partie des défenseurs farouches de la mesure.

Pour quelles raisons êtes-vous convaincu par l’introduction de cours en anglais à l’université ?

C’est une nécessité vitale pour la recherche et une mesure indispensable pour la réussite des étudiants dans un monde globalisé. Parmi les missions de l’université, il y a la recherche, la formation et aussi l’insertion professionnelle. Ce dernier point concerne nos doctorants : nous devons les préparer à s’insérer dans des réseaux internationaux. Pour qu’ils puissent diffuser les résultats de leurs recherches, une langue véhiculaire commune est indispensable. Autrefois ce fut le latin, demain ce sera peut-être l’espagnol ou le chinois… Aujourd’hui en tout cas c’est l’anglais. Je suis donc pragmatique : nous devons préparer nos étudiants en Master à faire des doctorats dans de bonnes conditions. Et pour acquérir un vocabulaire de spécialiste, c’est-à-dire être capable de comprendre et de communiquer sur la scène internationale, le plus efficace c’est que les chercheurs assistent à des cours et à des conférences en anglais. Si nous ne le faisons pas, la recherche française décrochera.

Comprenez-vous les réactions hostiles suscitées par cet article 2 du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche ?

Les opposants ont fait des amalgames et confondu les choses. Le combat pour la culture française, j’y souscris pleinement. Je suis moi-même très fier de la culture humaniste de notre pays et je sais combien la langue est importante pour construire une culture. Quand nous instaurons des cours et filières en anglais au sein de mon université, ce n’est pas que nous n’aimons pas la culture française, mais c’est que nous devons préparer nos étudiants à s’insérer au mieux dans la vie professionnelle. Le combat pour la culture est légitime mais le champ de bataille n’est pas le bon ! Il faut plutôt travailler à la diffusion de la langue française, en agissant notamment à l’international par le biais des lycées français à l’étranger ou en renforçant par exemple les moyens de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Il faut aussi se battre pour que les concepts et les mots nouveaux soient traduits le plus vite possible en français et que cette traduction figure dans le dictionnaire. Actuellement, la France a un temps de retard : il n’est pas possible d’attendre cinq ans que l’Académie Française nous donne une traduction. Je l’invite donc à balayer devant sa porte avant de critiquer. Enfin, dans les collèges et les lycées, il faut mener le combat de l’apprentissage du français. Il est important de réapprendre les classiques et de lire Ronsard, Montaigne ou encore Victor Hugo !

Le français ne peut-il pas être une langue internationale, comme semble le penser le philosophe Michel Serres ?

Ça ne se décrète pas ! Il l’a été mais dans les faits il l’est de moins en moins. La vraie question est la suivante : combien de citoyens pratiquent le français aujourd’hui ? La réalité c’est que l’anglais est aujourd’hui la langue la plus communément utilisée et que demain ce sera peut-être le mandarin. En utilisant l’anglais, seule langue aujourd’hui en mesure de rivaliser avec le mandarin parlé par 1,5 milliard d’individus, nous préservons la culture européenne. Si demain nous parlons chinois dans le monde des affaires ce ne sera plus le cas.

Tous les enseignants chercheurs sont-ils capables de faire des cours en anglais ?

La question n’est pas là. Il ne s’agit pas de faire parler anglais les enseignants qui maîtrisent mal la langue. La loi offre juste une possibilité à ceux qui la maîtrisent de s’en servir. Dans mon université, 10% du corps professoral est étranger. La plupart ne parlent pas suffisamment bien le français pour faire cours. Un professeur russe qui vient à Toulouse faire de la recherche, maîtrise en général mieux l’anglais que le français. Si je l’oblige à faire des cours en français, il ne viendra tout simplement plus enseigner en France et nous serons tous perdants.

3 commentaires sur "Anglais à l’université : « une nécessité vitale » pour Bruno Sire"

  1. NotSag  9 juin 2013 à 21 h 04 min

    Avec tout le respect envers M.Bruno Sire, je pense qu’il a le tort d’être trop en retard pour penser à résoudre le problème de la mondialisation.
    Qu’il sache que de nombreux intellectuels parmi lesquels je citerai : Albert Einstein, Marie Curie, Bergson, etc, se sont penchés dès l’après-guerre de 1914 en coopérant au sein de l’Institut International de Coopération Intellectuelle pour résoudre ce problème linguistique.
    Quelle réaction a-t-il eu en 2005 lorsque le rapport François Grin a été mis au placard alors que ce chercheur suisse, rappelé au Haut Comité de l’Évaluation de l’École qui le lui avait demandé, a souligné que la solution existait depuis septembre 1922, mais que notre ambassadeur Gabriel Hanoteaux a refusé de signer ! Ce dernier n’avait sans doute jamais songé comme V.Hugo que nous devrions construire une Europe et pour cela, enseigner une Langue Auxiliaire Internationale (l’espéranto). Aujourd’hui nous aurions cet outil international à disposition entre les peuples et nous ne serions sans doute pas dans la situation (financière entre autres) que nous connaissons. Alors M.SIRE pense-t-il qu’il vaut mieux subir l’Impérialisme linguistique dénoncé par Robert Phillipson ?Signaler un abus

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  2. LB  10 juin 2013 à 10 h 37 min

    « En uti­li­sant l’anglais, seule langue aujourd’hui en mesure de riva­li­ser avec le man­da­rin parlé par 1,5 mil­liard d’individus, nous pré­ser­vons la culture euro­péenne. » En conclusion, monsieur Bruno Sire a une vision très « choc des civilisations » du monde, vision néoconservatrice, majoritaire dans les élites socio-politiquo-économiques. Mais la langue anglaise, ce n’est pas la défense de la culture européenne. La langue anglaise c’est la défense des intérêts des Etats de langue anglaise, en premiers USA et RU.Signaler un abus

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  3. Encorun  17 juin 2013 à 22 h 38 min

    « en parlant l’anglais, nous préserverons la culture européenne. »
    Je ne sais pas quelles sont les compétences requises pour être président d’université, de toute évidence celle de comique doit être exigée.
    « Le français a été une langue internationale mais dans les faits elle l’est de moins en moins. »
    Comment s’en étonner si tout le monde fait comme vous et la bannit de l’enseignement. Comment les autres pourraient croire en nous et vouloir apprendre notre langue, si nous-mêmes n’y croyons plus et l’abandonnons ?
    Vous ne faites absolument rien pour la défense et la promotion de la langue française en France et encore moins ailleurs. La vérité est que vous vous en fichez éperdument.
    Nos universités vont devenir des lieux hors-sol. Des places américaines en terre de France.
    Vous nous préparez un monde ultralibéral à l’américaine qui présage le pire déclin que ce pays est connu depuis longtemps.
    Le bien commun ne doit plus être une préoccupation pour vous et ce pays ne doit plus rien représenter non plus à vos yeux, du haut de votre prestigieuse et pourtant dérisoire situation.
    Plus aucune vision audacieuse pour ce pays. Vous pourriez remettre en cause la mondialisation que j’appelle de son vrai nom l’américanisation et lui préférer l’universalisation, bien plus proche de nos idéaux. Et cette universalisation, monsieur, seule la langue française en est porteuse.
    Mais j’ai bien compris que l’aspect marchand, rentable et de concurrence de tout le monde contre tout le monde l’emporte sur toute autre considération. Ah le classement de Shangaï réalisé sur des critères américains (tiens ?) L’université est devenue un lieu emblématique du conformisme de la pensée ultralibérale. Époque décidément d’une grande médiocrité.
    Et l’espace francophone ? Trop pauvre actuellement pour y porter le moindre intérêt ? Ça doit être ça.Signaler un abus

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