Formation des enseignants dans les ESPÉ : les craintes de la CDIUFM

Patrick Demougin, président de la conférence des directeurs d'IUFM (CDIUFM) et directeur de l’IUFM de l’académie de Montpellier, redoute des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPÉ) à plusieurs vitesses. Entretien.

Patrick Demougin

Patrick Demougin

Pourquoi craignez-vous que les futures ESPÉ ne soient pas de « véritables écoles supérieures universitaires » ?

Dans les régions où les universités ne sont pas parvenues à se mettre d’accord sur le devenir de l’héritage des IUFM, les ESPÉ ne correspondront ni à une unité de lieu, ni à une unité d’organisation humaine et pédagogique, ni à une unité de formation avec des étudiants à demeure. A Montpellier, par exemple, l’IUFM deviendra une Faculté d’Education (UFR). L’ESPÉ ne sera qu’une structure de coordination des enseignements. Plus généralement, le problème est qu’on aboutira à des ESPÉ hétérogènes alors que la loi pour la refondation de l’école promettait une plus grande homogénéité et lisibilité dans l’offre de formation des enseignants.

Où en sont les groupes de travail qui planchent sur le lancement des ESPÉ ? Tout sera prêt pour la rentrée ?

La période d’activité des groupes de travail nationaux est terminée. Ils ont bien fonctionné et ont fourni des éléments de cadrage. Désormais, ils existent encore, mais localement, sous la forme de 5 à 8 groupes de travail par académie. Les réunions battent leur plein car les maquettes de chaque master ainsi que les montages financiers doivent êtres présentés à la fin du mois de mai, au Conseil d’administration de chaque université.

En ce qui concerne la formation, pourquoi parlez-vous d’un « replâtrage centré sur les enseignements disciplinaires », au détriment de son aspect professionnalisant ?

Les choses évoluent, les maquettes des concours de recrutement sont désormais connues. Et ce qu’il ressort, c’est une volonté très nette du ministère de l’Education nationale de professionnaliser la formation des enseignants. Le processus d’accréditation avait ouvert la porte à des revendications disciplinaires, souvent conservatrices, mais cela a été recadré en indiquant qu’il y aura un tronc commun pédagogique dans chaque formation de l’ESPÉ. En revanche, le concours placé à la fin du M1 reste problématique car il va obliger la formation à se dérouler à marche forcée et de manière caricaturale. Les candidats vont notamment devoir proposer une séquence complète d’enseignement. Le principe est intéressant mais dans la réalité, il sera très compliqué pour un étudiant qui n’aura jamais – ou presque – enseigné, de se prêter à cet exercice.

Qui seront les formateurs au sein des ESPÉ ? Assureront-ils à la fois la partie pédagogique et disciplinaire ?

Il faut déjà avoir à l’esprit qu’au sein des IUFM, il y avait des formateurs mais aussi des universitaires. Ces personnels assuraient l’intégralité des responsabilités, autant sur le plan des savoirs académiques que didactiques, en ce qui concerne le premier degré, le CAPET, le CAPLP ainsi que les concours de CPE. Dans les futures ESPÉ, ces grands modes d’organisation seront préservés. Tout l’enjeu repose sur le rééquilibrage entre les enseignements disciplinaires, didactiques et pédagogiques.

Que vont devenir les formateurs des IUFM ?

Tous ne seront pas repris dans les ESPÉ, puisqu’il y aura forcément des redéfinitions d’activités qui engendreront des transformations dans les emplois. Mais je ne suis pas inquiet, il n’y aura pas non plus une vague de départs ! Là où les IUFM seront reversés intégralement dans les ESPÉ, les formateurs continueront à exercer dans les mêmes conditions qu’avant. Ce qui est palpable, c’est l’épuisement et l’inquiétude des personnels des IUFM. C’est un peu la toile de Pénélope : après les bouleversements engendrés par la mastérisation qui a mobilisé tout le monde, ils ont l’impression de repartir pour un tour et de remettre l’ouvrage sur le métier.

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