29.04.2013
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Dans les classes sans note, "il y a très peu d'élèves démotivés ou décrocheurs"

Les classes sans note se déve­loppent au col­lège. Pour com­prendre leur fonc­tion­ne­ment et leurs béné­fices, VousNousIls est allé à la ren­contre de deux col­lèges de l'Académie de Nantes, par­ti­cu­liè­re­ment en pointe sur le sujet.
Collège de Bercé sans notes

Au col­lège de Bercé à Château-du-Loir, il n'y a pas de notes dans cer­taines classes de 6ème : les élèves sont évalués sur des compétences.

Une année sco­laire sans note, sans clas­se­ment, où seules les com­pé­tences sont valo­ri­sées... Un rêve d'élève, expé­ri­menté dans « plu­sieurs cen­taines » de col­lèges et lycéesde France, selon le Ministère de l'éducation nationale.

Dans l'Académie de Nantes,  plu­sieurs établis­se­ments appliquent cette inno­va­tion péda­go­gique. Le col­lège Trouvé-Chauvel de La Suze-sur-Sarthe fait par­tie des plus avan­cés : après cinq années d'expérimentation menée sur plu­sieurs classes, tout le niveau de 6e est passé « sans note » en sep­tembre 2012.

« En 2007–2008, nous avons constaté un manque d'enthousiasme et de tra­vail per­son­nel de cer­tains élèves », explique Jean-François Augereau, pro­fes­seur d'histoire géo­gra­phie, « pour éviter qu'ils ne décrochent, nous nous sommes deman­dés quelle remé­dia­tion pro­po­ser. Comme ma col­lègue pro­fes­seur d'arts plas­tique (Odile Jourdren) tra­vaillait déjà avec des évalua­tions non notées et qu'elle s'y retrou­vait mieux, nous nous sommes appuyés sur son expé­rience ». Au début, seuls quelques ensei­gnants se sont lan­cés, avant que toute l'équipe péda­go­gique n'adopte ce fonc­tion­ne­ment l'année sui­vante. « Ca a fait boule de neige », témoigne Jean-François Augereau, « nous étions cinq ensei­gnants au démar­rage, et aujourd'hui six équipes péda­go­giques participent. »

Moins de décrocheurs

Le bul­le­tin tri­mes­triel de chaque élève de 6e, accom­pa­gné d'un livret de com­pé­tences, ne com­porte plus que des com­men­taires. « Chaque ensei­gnant a établi une grille des apti­tudes atten­dues, en fonc­tion du pro­gramme sco­laire », indique Jean-François Augereau. L'enseignant indique pour chaque com­pé­tence, si elle est « acquise », « presque acquise », « en cours d'acquisition » ou « non acquise ». « En his­toire par exemple, nous avons déter­miné 10 com­pé­tences, parmi les­quelles la capa­cité à apprendre son cours et à le res­ti­tuer, la connais­sance du voca­bu­laire spé­ci­fique ou encore la capa­cité à recher­cher des infor­ma­tions dans un document... »

Résultat : les élèves ont moins d'appréhension face à l'évaluation. « La note n'est plus la réfé­rence », estime cet ensei­gnant, « on tra­vaille davan­tage sur les capa­ci­tés indi­vi­duelles, cela per­met de res­tau­rer la confiance de l'élève. Mais on ne va pas se le cacher : les bons élèves res­tent de bons élèves mais pour les plus faibles, le col­lège sans note est béné­fique, ils décrochent moins. »

« La 6e, une réelle classe d'adaptation »

Au col­lège de Bercé à Château-du-Loir, l'expérimentation se pour­suit pour la troi­sième année, avec la volonté de l'étendre à tout le niveau de 6e. Le constat est iden­tique : « L'intérêt est évident pour les élèves en dif­fi­cul­tés. Nous avons très peu d'élèves démo­ti­vés ou décro­cheurs dans les classes sans note », constate Béatrice Latouche, prin­ci­pale adjointe, « quand un élève obtient un 2/20 il lui est dif­fi­cile de voir sur quels points pro­gres­ser. Avec la grille de com­pé­tences, on peut tra­vailler sur les com­pé­tences non acquises et le choc de la note n'existe plus ».

Les parents, eux, posent beau­coup de ques­tions car, pour beau­coup, « la note reste la norme, mais peu à peu ils s'habituent ». Le choix n'est de toute façon pas per­mis : « nos 6e sans note ne sont pas flé­chées », sou­ligne Béatrice Latouche, « les parents découvrent à la ren­trée si leur enfant sera noté ou non. Notre objec­tif est que la classe de 6e soit une réelle classe d'adaptation », sachant que la majo­rité des écoles dont sont issus les élèves fonc­tionnent déjà sans note.

Le col­lège Trouvé-Chauvel voit déjà plus loin : « nous réflé­chis­sons à étendre l'initiative aux classes de 5e », confie Jean-François Augereau. Avant un col­lège inté­gra­le­ment sans note ? « Cela paraît plus com­pli­qué après la 5», estime l'enseignant, « vis-à-vis des établis­se­ments qui accueillent les jeunes après la 3e ».

Charles Centofanti


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magalisorin
le 6 mai 2013

L'auteur de l'article et les acteurs inter­ro­gés semblent ici faire la pro­mo­tion de la péda­go­gie par com­pé­tences et sans note. Sur quoi s'appuient-ils, quelles don­nées, pour dire que les élèves décrochent moins ? Y a-t-il eu des recherches ou études sur cette question ?

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coco42
le 14 mai 2013

Bonjour ! Mon fils est actuel­le­ment dans une classe de 6e sans note dans les Landes. Nous sommes au mois de mai et pour lui cette année sans note est réel­le­ment un échec. Il n'est pas arrivé à situer son niveau pen­dant cette année. Lors des retours de contrôles, la seule appré­cia­tion ne fai­sait pas écho chez lui. Il n'y a que les élèves qui ont peu de dif­fi­cul­tés ou qui sont plus âgés, qui sont aptes à reprendre leur copie pour les éplu­cher de A à Z. De plus, les com­men­taires ne sont pas tou­jours construc­tifs pour l'enfant. Une aide presque indi­vi­duelle devait être appor­tée lorsqu'il ren­con­trait des dif­fi­cul­tés et cela n'a pas été mis en place. Pour nous, c'est un bilan plu­tôt négatif.

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coco42
le 14 mai 2013

Une ques­tion me vient à l'esprit lorsque je lis quelques com­men­taires sur ces classes sans note. Tous sont faits par des adultes avec leurs regards d'adulte. Il n'y a aucun retour de la part des enfants qui sont dans ces classes. C'est pour­tant eux les pre­miers concer­nés. Pourquoi n'y a-t-il pas leurs réac­tions et leurs commentaires ?

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