OCDE : un « retard français » dans la formation des enseignants ?

L'OCDE a organisé ce lundi un colloque sur la formation initiale et continue des enseignants en France et dans le monde. Retour sur les moments-clés de cet évènement.

Colloque OCDE 18 mars Enseigner un métier qui s'apprendL’OCDE a organisé ce lundi 18 mars à son siège parisien un colloque intitulé « Enseigner, un métier qui s’apprend ». L’Organisation de coopération et de développement économiques, à l’origine des évaluations PISA, a insisté sur la corrélation entre qualité de la formation des enseignants et performances du système éducatif.

« Si aujourd’hui on parle beaucoup de formation, c’est lié à une nouvelle étape que traversent les systèmes éducatifs », observe Nathalie Mons, grand témoin de ce colloque. L’objectif de cette nouvelle professionnalisation du métier est pour elle de former les enseignants à s’adresser « à un ensemble toujours plus large de publics scolaires », car dans le contexte économique compétitif d’aujourd’hui, le capital humain a de plus en plus de valeur. Cela contribue également à instaurer une véritable « démocratie sociale ».

Un retard français

Nathalie Mons estime que les grandes tendances de cette formation dans les pays de l’OCDE sont le passage du modèle consécutif au modèle simultané, l’universitarisation de l’enseignement, le développement des stages et de l’alternance, l’accompagnement des jeunes enseignants (via le tutorat par exemple), et une formation tout au long de la vie en lien avec la recherche.

Elle se demande si la France ne connaît pas un certain retard, dans la mesure où son « modèle académique centré sur les disciplines a peu de lien avec le travail réel ». Michael Davidson, responsable du programme PISA à l’OCDE, confirme que le système consécutif français est pour lui « très rigide », et comporte une « faible proportion de formation pratique ou professionnelle ».

Le modèle finlandais de formation : entre souplesse et expertise

Pertti Kansanen, professeur émérite à l’université de Helsinki, expose les spécificités du modèle finlandais de formation des enseignants. Le métier d’enseignant est tellement attractif que l’université de Helsinki enregistre 1.500 candidats pour 100 places, et choisit donc parmi les meilleurs. De nombreuses passerelles existent pour que les étudiants désireux de devenir professeur puissent se réorienter. Le système éducatif finlandais ne compte pas de programmes nationaux, peu d’examens nationaux, pas de filières élitistes… Tout repose sur les qualités de chaque enseignant, qui se sent ainsi valorisé.

basic conceptual level finnish teacher formation

Formation des enseignants en Finlande : du niveau basique au niveau conceptuel.

La formation des enseignants compte deux niveaux : un niveau « basique » centré sur les connaissances disciplinaires et les méthodes pédagogiques, et un niveau « conceptuel » où les futurs enseignants sont invités à adopter une démarche de recherche constante. Cette approche réflexive et méta-cognitive facilite la prise de décisions pédagogiques et fait des enseignants de véritables experts. La pratique est aussi très vite présente dans le cursus de formation, notamment au sein d’écoles d’application intégrées aux universités.

Formation continue au Québec : du collectif au particulier

Après la formation initiale, Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation au Québec, présente lui une stratégie multiforme de formation continue. Une approche « systémique » de formation peut ainsi être déployée à la suite de changements de programmes ou de réformes d’envergure, pour accélérer l’appropriation des nouveautés par les enseignants. Mais la demande individuelle est aussi prise en compte, notamment par l’attribution d’un budget annuel de 240 dollars par enseignant, qui est libre de l’utiliser pour une action de formation de son choix : participation à un colloque, inscription à un réseau d’enseignants…

Enfin, un modèle d' »organisation apprenante » émerge dans un nouveau contexte d’obligations de résultats : l’équipe-école est encouragée à s’auto-évaluer, à partager et confronter ses pratiques entre collègues, et à définir ensemble une stratégie de formation cohérente pour le groupe, sous l’impulsion du chef d’établissement, à la fois médiateur et facilitateur.

Un élément essentiel pour Claude Lessard est d’implanter dès la formation initiale l’habitude d’analyser sa pratique, de concevoir l’enseignement comme un travail perfectible « et non comme un don ».

Rendre le métier d’enseignant plus attractif en France

José Ángel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, revient sur le système éducatif français en soulignant que s’il y a « plus de bons élèves en France que dans autres pays de l’OCDE », nous comptons aussi « davantage d’élèves en difficulté ». Face à une montée de l’échec scolaire et « à un moment où l’on parle de crise des vocations » pour les enseignants, José Ángel Gurría rappelle que « proposer une formation de qualité est un moyen de rendre ce métier plus attractif et donc de susciter davantage de vocations ».

« Plus que jamais, les enseignants ont un rôle fondamental dans l’avenir de nos enfants. Ils doivent les préparer à vivre dans société plus en plus complexe. On attend d’eux qu’ils soient désireux et capables de poursuivre leur apprentissage tout au long de leur vie », constate le secrétaire général de l’OCDE.

Il préconise de passer à un modèle simultané de formation, d’accompagner davantage les jeunes enseignants, d’encourager les enseignants expérimentés à enseigner dans les établissements défavorisés, de revoir les rythmes scolaires, de privilégier l’acquisition du socle commun, de limiter le redoublement et d’encourager enfin « une plus grande individualisation de l’enseignement ». « Nombre de ces ingrédients sont présents dans la réforme française », remarque-t-il, en ajoutant qu’avec une bonne communication sur les objectifs visés, « les premiers bénéfices d’une bonne réforme » éducative peuvent s’obtenir rapidement, comme l’ont prouvé par exemple l’Allemagne ou la Corée ces dernières années.

Une grande discussion sur l’évolution du métier d’enseignant

Le ministre Vincent Peillon conclut en affirmant que les réformes lancées vont dans le sens des préconisations de l’OCDE, comme la priorité donnée au primaire (un niveau où « tout se joue »), et le lancement des ESPE à la rentrée 2013, qui vont délivrer des masters professionnels, assurer une intégration progressive dans le métier et proposer des actions de formation continue à tous les enseignants.

Par ailleurs, au cours du second semestre de l’année 2013 le ministre de l’Education nationale ouvrira « une grande discussion sur l’évolution du métier d’enseignant », pour que personne ne soit « obligé d’exercer la même tâche durant 40 années ». Cette évolution en matière d’activités « et de responsabilités » devrait contribuer à rendre le métier plus attractif.

Ce mardi 19 mars, le projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École sera soumis à un vote solennel à l’Assemblée nationale.

2 commentaires sur "OCDE : un « retard français » dans la formation des enseignants ?"

  1. Pedro Cordoba  24 mars 2013 à 21 h 24 min

    Madame Nathalie Mons pourrait-elle nous donner la listes des pays de l’OCDE qui sont passés d’un modèle consécutif à un modèle simultané? Pour ma part, je n’en connais pas un seul.Signaler un abus

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  2. lulu  21 avril 2013 à 23 h 19 min

    Si les finlandais se bousculent pour être enseignants, c’est aussi qu’ils sont plutôt bien payés, contrairement à la France où les enseignants sont parmi les moins bien payés d’Europe. Bac +5, salaire débutant à 1300 €….Signaler un abus

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