Rythmes scolaires : « travail en commun des enseignants et animateurs » pour une réforme réussie

Georges Fotinos, chercheur, ancien Inspecteur général de l’éducation nationale (Igen) en charge du dossier des rythmes scolaires, estime qu’il y a urgence à alléger le calendrier scolaire.

Georges Fotinos Membres du BN MGEN 25/10/07 Paris

Georges Fotinos

Est-ce la priorité de modifier les rythmes scolaires avant même de revoir le contenu des programmes ?

Il y a urgence et pour une raison simple : en 2000, l’école française figurait parmi les bons élèves de l’Europe. Depuis, la France s’enfonce dans les profondeurs des études Pisa. L’urgence est d’autant plus grande que l’aménagement du temps scolaires mené entre 1984 et 1998 a montré qu’il s’agit d’un levier du changement. La réforme des rythmes scolaires est une amorce : à partir du moment où l’on modifie l’organisation de la journée d’école et du calendrier annuel, les programmes et les pratiques pédagogiques ne peuvent plus être les mêmes. Une réforme réussie passe par le travail en commun des enseignants et des animateurs professionnels, chargés des activités sportives et culturelles. Cette fertilisation croisée crée ce cercle vertueux de la réussite des apprentissages, avec un phénomène de « transfert ». En clair, si certains élèves s’épanouissent en musique par exemple, leur technique musicale les aidera ensuite à mieux réussir dans d’autres disciplines.

Pourquoi le dossier des rythmes scolaires est-il le « cactus » de chaque nouveau ministre de l’Education nationale ?

L’illustration la plus évidente, ce sont les grèves nationales que suscite ce dossier. Modifier les rythmes scolaires, c’est toucher à la vie familiale des Français et à l’économie du pays. Le dossier est explosif car les intérêts sont contradictoires. Il est courageux de s’atteler à cette tâche. Peu de ministres l’ont fait. Parmi les premiers qui ont osé, Philippe Seguin a mené une expérience  éclairante dans sa ville d’Epinal : en réduisant la durée de la journée scolaire, le calendrier annuel s’est allongé de 12 jours en moyenne pour les enseignants. Malgré cela, aucune équipe enseignante n’a souhaité revenir en arrière car chacun trouvait ses conditions de travail améliorées. Un vrai aménagement du temps scolaire bénéficie autant aux élèves qu’aux enseignants !

Un compromis vous semble-t-il possible ?

Je pensais que nous étions sur le point d’aboutir car en 2011 déjà, lors de la Conférence nationale sur les rythmes scolaires pilotée par Luc Chatel, nous avions rendu un rapport au ministre dans lequel nous préconisions une journée d’école moins lourde, avec l’arrêt du temps scolaire à 15h et un accompagnement éducatif jusqu’à 17h. Les principaux syndicats enseignants étaient d’accord sur les grandes lignes de ce changement… Les inquiétudes « identitaires » des enseignants comme celles du monde de l’industrie touristique sont légitimes mais ne doivent pas faire oublier que l’objectif premier est la réussite de l’élève. Le compromis est donc inévitable. Son meilleur fil rouge serait de lier les ajustements du temps scolaire quotidien et hebdomadaire aux modifications du temps scolaire annuel.

Etes-vous finalement favorable à la réforme portée par le ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon ?

Globalement, c’est un progrès certain. Cependant Vincent Peillon aurait dû montrer davantage que l’aménagement de la journée scolaire et de la semaine est intimement lié à celui du calendrier annuel. De plus, les décisions prises me semblent timides. Il faudrait que la journée scolaire puisse, selon les projets locaux, se terminer à 15h et non à 15h30 ou 16h et que la complémentarité des enseignements avec les activités périscolaires soit plus affirmée. La situation économique actuelle rend la marge de manœuvre limitée. Malgré cela, il faut avancer. Promouvoir une pédagogie de coopération plutôt qu’une pédagogie de la concurrence apparaît comme l’autre levier de ce changement. Je trouve aussi que la loi et le décret ne promeuvent pas suffisamment l’innovation. Actuellement, ils ne permettent pas de toucher au calendrier annuel, pourtant essentiel, ni de concevoir la durée du temps scolaire en fonction de l’âge des enfants. Le principe de l’organisation en « 7/2 », qui ne m’est pas étranger, soit environ sept semaines travaillées suivies de deux semaines de congés tout au long de l’année scolaire, est aujourd’hui accepté par tous. Ne serait-ce pas la base du compromis nécessaire qui, avec le choix d’une journée allégée, devrait alors reconsidérer le nombre de zones et de petites vacances ainsi que la durée de l’année scolaire ?

4 commentaires sur "Rythmes scolaires : « travail en commun des enseignants et animateurs » pour une réforme réussie"

  1. Spartacus  8 mars 2013 à 12 h 47 min

    Je suis bien d’accord avec M.Fotinos, il faut faire travailler en commun les enseignants et les animateurs mais qui va coordonner ce travail au plus près du terrain. Le directeur du centre social pour les animateurs mais, pour l’école, qui la représentera ? L’IEN est actuellement le chef d’établissement de toutes les école de son secteur mais a-t-il un vision assez nette de chacune d’entre elles? Seul le directeur pourrait le faire mais aujourd’hui il n’a pas le statut lui permettant de représenter l’état donc pour réformer les rythmes scolaires au plus proche du terrain, il faut donner, en priorité, un statut aux directrices et directeurs d’école.Signaler un abus

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  2. penbida  8 mars 2013 à 20 h 09 min

    ancien professeur de collège en retraite,je désapprouve complètement que les cours commencent à 8h le matin;les élèves des collèges dont les cours débutaient à 8h1/2 étaient plus réceptifs et plus reposés en arrivant aux cours mais je constate que personne ne soulève ce problèmeSignaler un abus

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  3. Minerve  8 mars 2013 à 23 h 42 min

    Monsieur Fotinos, vous qui avez clairement mis en évidence la souffrance au travail que connaissent les enseignants du 1er degré, comment pouvez-vous ne pas percevoir que le 1er degré a essentiellement besoin de sérénité, de constance, de confiance, de considération, … Et non pas de bouleversements successifs. Les résultats à Pisa sont en baisse, croyez-vous que la seule et unique cause en soit la suppression du samedi matin, alors que les cohortes « impactées » n’ont pas atteint l’âge de l’évaluation Pisa ?…
    Ne pourrait-on pas invoquer les changements continuels de programmes (1995, 2002, 2007, 2008, 2014), sans qu’aucun bilan n »ait été tiré, la suppression des RASED, l’accroissement des effectifs (parfois plus de 30 élèves au Cycle 2), la formation des PE, initiale et continue, l' »observation réfléchie de la Langue », l’enseignement « des » langues vivantes (dispositif jamais évalué), le manque d’autonomie des établissements, etc.
    La marge de manoeuvre est étroite, effectivement. Mieux vaut ne rien faire que de casser encore un peu plus l »école et ses enseignants (car c’est ce qui se passe actuellement). Merci de votre attention.Signaler un abus

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  4. joel  9 mars 2013 à 9 h 21 min

    on semble vouloir réaffirmer ce que les mouvements complémentaires de l’école ont défendu depuis plus 50 ans. Dans les années 70 et 80 de nombreuses expérimentations ont montré l’intérêt du travail commun entre l’enseignant et l’animateur . Avant de réinventer allons rechercher toutes les expériences des CLAE : centres de loisirs associés à l’école . Toutes les modalités de fonctionnement ont été décrites. N’allons pas jusqu’à regretter le temps où l’enseignant dans sa formation devait obligatoirement se former à l’animation mais quand même qu’est-ce que cela facilitait le dialogue…. et la complémentarité!!Signaler un abus

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