Enfants-tyrans : quand l’ennemi devient l’enseignant

Didier Pleux, psychologue et directeur de l'Institut français de Thérapie cognitive à Caen, constate une recrudescence des enfants-tyrans dans son cabinet. Il donne des conseils pour réagir.

Didier Pleux©drfp/odilejacob

Didier Pleux©drfp/odilejacob

Comment expliquez-vous cette augmentation du nombre d’enfants « tyrans » ?

Le nombre d’enfants irascibles, incapables de supporter la moindre frustration, progresse y compris chez les tout-petits. Ils ont pris le pouvoir et décident de tout au sein de la famille : de l’heure du coucher, de leur alimentation, du programme TV… Ce phénomène est dû à plusieurs facteurs dont une carence éducative évidente. Les parents n’ont pas les compétences éducatives suffisantes. Un enfant ce n’est pas juste du plaisir, un nounours que l’on cajole. Il faut lui fixer des règles. Or la psychologie classique vante les mérites d’une éducation par l’amour, en oubliant tout le reste et notamment la frustration et le sens de l’effort. Le discours sur l’ »enfant roi » de Françoise Dolto était très adapté dans les années 1950, mais il ne l’est plus aujourd’hui. En faisant exploser l’autoritarisme, elle a aussi détruit l’autorité.

Comment bascule-t-on d’enfant roi à enfant tyran ?

Choyer son enfant est normal mais il faut aussi lui inculquer des limites, sinon il va vouloir prendre le pouvoir. L’enfant n’est pas pervers mais il va naturellement « chosifier » ses parents, en les prenants pour des taxis, des blanchisseurs ou encore des cuisiniers… En un mot, il aura tendance à les considérer comme de simples vecteurs de plaisirs. Plus on fixe tôt les limites et plus « sa majesté des couches » les tolèrera en grandissant. Contrairement à ce qu’affirme la psychologie classique, la socialisation n’est pas naturelle, le rapport à l’autre s’apprend. Le problème en France c’est la victimisation ambiante de l’enfant. On entend sans arrêt dire que l’enfant doit se rebeller, qu’il faut le laisser s’exprimer sans s’opposer : c’est une ineptie !

Quelles sont les conséquences sur le comportement en classe ?

En général, les enfants-tyrans vont un peu mieux quand ils rentrent à l’école car ils se retrouvent confrontés à d’autres adultes que leurs parents. Mais le principe de la recherche du plaisir reste le même. Comme ces enfants sont considérés comme des petits adultes à la maison, avec qui l’on parle de philosophie, de politique, de sujets de grandes personnes, ils vont s’ennuyer en classe et être intenables. L’ennemi va devenir l’enseignant. Il y a un décalage entre la sphère familiale qui voit déjà dans l’enfant un futur Prix Nobel et le maître qui exige des savoirs académiques. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, dans la plupart des cas ces enfants ne sont pas des surdoués, juste des enfants capricieux à qui l’on a pas su dire non.

Quelle attitude adopter pour ne pas se laisser déborder quand on est enseignant ?

Il faut bien sûr respecter l’enfant. Mais il faut aussi lui dire qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut. La pédagogie ne doit pas être centrée sur l’élève mais sur le groupe, avec une notion de partage. Quand le ministre de l’Education, Vincent Peillon , met en avant la notion de « plaisir » pour refonder l’école, c’est un leurre ! Il n’est pas possible d’occulter la notion d’effort. Après on s’étonne que les prépas de prépas se multiplient après le baccalauréat…

Tout est affaire de mesure. Le rôle des enseignants et des parents n’est pas de castrer ni d’interdire, mais de réguler avec intelligence.

10 commentaires sur "Enfants-tyrans : quand l’ennemi devient l’enseignant"

  1. karoutcho  4 mars 2013 à 18 h 29 min

    Merci, enfin on parle de réels problèmes d’éducation. « Enfants capricieux », « carence éducative », parents qui « n’ont pas les compétences éducatives suffisantes », c’est rafraîchissant et ça change des discours éculés… On demande à l’école de suppléer les parents ce qui n’est pas son rôle à mon avis.Signaler un abus

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  2. Gege26  5 mars 2013 à 8 h 09 min

    Entièrement d’accord. Je le constate de plus en plus tous les ans ans dans mes classes (j’enseigne dans le primaire). Ce langage de la vérité est malheureusement loin des discours officiels des politiques, de ce qui était dit à l’époque dans les IUFM et de certains IEN. Aujourd’hui, il faudrait toujours déculpabiliser les parents. Or chacun doit tenir son rôle. Que les parents éduquent convenablement leurs enfants et on pourra enseigner dans de bonnes conditions.Signaler un abus

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  3. Lore  5 mars 2013 à 19 h 26 min

    En tant qu’AVS je suis confronté à cela. Un enfant de 8ans que j’épaule pour tout autre chose que son comportement au départ me prend pour sa « chose », dit qu’il « va me virer », que sa mère ne va « pas me payer », qu’il « ne veut pas de moi », mais dès qu’il a besoin, il m’appelle et EXIGE des choses -généralement que je fasse à sa place, lui obéisse). La moindre frustration, et il menace de faire une crise (qu’il fait) : insulte, me dénigre (remarques sur mon physique, mon « inutilité » dans la classe et la vie…),dégomme sa table, danse, sort et entre de la classe, provoque l’enseignante… Il est surtout comme ça avec moi, puisque je suis là POUR LUI . Invivable. Mais… que peut-on dire à un élève en difficulté et pointé du doigt comme en situation de handicap ????? pas grand-chose, j’ai l’impression.Signaler un abus

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  4. profencolère  5 mars 2013 à 22 h 34 min

    Oui, merci Monsieur Centofanti de mettre le doigt sur principal problème que rencontre les enseignants et qui est nié par tous les acteurs de l’éducation : Education Nationale, parents, collectivités locales…
    A l’école, de nos jours, les enseignants passent plus de temps à essayer d’éduquer qu’à instruire. C’est une des raisons pour lesquelles, il est impossible de finir les programmes. Même la violence physique ou verbale s’accroît à cause de ces enfants tyrans qui font tout pour obtenir ce qu’ils veulent. Quand l’Education Nationale va-t-elle enfin agir à ce niveau et s’adapter à notre société ?Signaler un abus

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  5. Sami  6 mars 2013 à 23 h 01 min

    L’,année dernière en ….GS!! un de mes élèves était un monstre et me dénigrait auprès de sa mère. Père inexistant. L’inspecteur de cico l’a, sur ma proposition, changé de classe. Ça a été mieux. Où bien ça se passait aussi mal et il discréditait ce qu’if racontait sur moi ou bien ça allait mieux et c’est tout bénéf pour tous. l ne faut pas hésiter à faire ça.Signaler un abus

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