L’avenir des CIO menacé

Selon l’avant-projet de loi de décentralisation, les CIO pourraient être transférés aux régions. Personnels et syndicats sont inquiets. Entretien avec Bruno Lévéder, secrétaire général du SNASUB-FSU.

Bruno Lévéder

Bruno Lévéder

Pour quelles raisons êtes-vous inquiet pour l’avenir des centres d’information et d’orientation (CIO) ?

L’avant-projet de loi de décentralisation et de réforme de l’action publique prévoit de confier les CIO aux Régions. Le risque est grand d’aggraver les inégalités pour les élèves et les étudiants, ce projet faisant éclater un service public national en 26 politiques régionales différentes. Toutes n’auront pas les mêmes moyens, ni les mêmes objectifs. Par ailleurs, ce n’est pas encore tranché, mais le transfert aux Régions de personnels administratifs est envisagé. Ce n’est pas acceptable. Seuls les conseillers d’orientation-psychologues (CO-P) resteraient à l’Etat, mais avec une mise à disposition partielle aux régions. Ils assumeraient, en plus de l’orientation scolaire, de nouvelles tâches confiées par les Régions. Les personnels administratifs, contribuant à l’organisation du travail (planning, gestion de dossiers, de documentation…), participent largement à ce travail d’équipe par leur connaissance du système éducatif. Il ne faut pas disloquer les équipes et les cultures professionnelles.

Le projet de loi pour la refondation de l’école prévoit aussi d’améliorer l’efficacité des CIO avec une « collaboration accrue entre l’Etat et les régions ». Un accompagnement de proximité n’est-il pas souhaitable ?

L’orientation des élèves relève d’une politique nationale. Ce droit pour la jeunesse doit être le même partout en France. La « collaboration » entre les différents niveaux de la puissance publique n’est pas un problème en soi. En confiant aux seules régions la responsabilité de l’orientation, notre crainte est que l’information et les conseils délivrés soient soumis aux besoins locaux en emplois. Si la prise en compte du marché du travail est une donnée, elle n’a pas la même pertinence chez des adultes à la recherche d’une insertion rapide que chez des élèves dont les projets se situent sur le long terme. Il ne faut pas raisonner en fonction des besoins immédiats ! Nous parlons de formation initiale. Il suffit de regarder l’évolution du développement économique des trente dernières années pour se convaincre que l’orientation des élèves ne relève pas de choix à court terme. Il n’y a pas d’adéquation immédiate. L’orientation doit s’appuyer d’abord sur les aspirations des jeunes.

Les critiques, dénonçant un service d’orientation coûteux et inefficace, ne datent pas d’hier. Les missions des CIO ne devraient-elles pas être redéfinies avec, comme cela a déjà été évoqué, la mise en place d’indicateurs de résultats ?

Je ne suis pas convaincu que tout le travail réalisé dans les CIO puisse être mesuré de manière pertinente par des indicateurs. En revanche, il est légitime de développer l’accès facilité à l’information, à l’accompagnement, aux conseils sur la scolarité et l’orientation en tout point du territoire, par des personnels formés. Le problème est qu’à aucun moment l’avis des personnels n’a été demandé : il n’y a pas eu de discussions sérieuses ! Les difficultés existent dans les CIO. Par exemple, la crise, depuis 2008, ou la réforme de la fiscalité locale du précédent gouvernement, ont conduit des collectivités à retirer des moyens avec pour conséquences la fermeture de CIO. Les suppressions de postes par l’Etat des années passées ont eu des effets aggravants.

Dans son rapport de septembre 2012 sur « L’orientation à la fin du collège », la Cour des comptes pointe du doigt un problème d’accès à certains CIO, en soulignant qu’ils ne correspondent pas toujours aux attentes des élèves. Qu’en pensez-vous ?

Aucun service d’orientation n’est plus proche des établissements scolaires que les CIO ! Il y en a 540, implantés dans chaque district scolaire. Paradoxe : prétextant la mise en place d’un service public territorialisé d’orientation, on est en train de fermer les CIO, cassant une réelle proximité. Et les CO-P vont dans les établissements. Chacun en ont deux ou trois, y reçoivent en entretien les élèves, et travaillent avec les équipes éducatives toutes les semaines. L’erreur serait de s’orienter vers des guichets uniques s’adressant à divers publics, sans prise en compte des besoins différenciés entre les adolescents et les adultes. Il ne faut pas déliter le seul réseau national public d’orientation ! Les personnels ont une formation de haut niveau et une expérience particulière et riche.

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