13.02.2013
4 réactions

Pédagogie inversée avec Youtube : une vraie émulation en classe

Annick Arsenault Carter enseigne les mathé­ma­tiques à Moncton, au Canada, à des élèves de 7e (l'équivalent de la 5e en France). Avec une par­ti­cu­la­rité : elle donne ses cours sur YouTube.
Annick Arsenault Carter

Annick Arsenault Carter

Pourquoi faites-vous la classe « à l'envers », en don­nant vos cours sur YouTube pour ensuite ne plus faire que des exer­cices en classe ?

Cette méthode m'aide à mieux accom­pa­gner mes élèves en dif­fi­cul­tés. Publier mes vidéos sur ma chaîne YouTube me per­met aussi de com­mu­ni­quer avec d'autres ensei­gnants fran­co­phones. Cela m'ouvre une fenêtre sur le monde, avec un échange d'expériences très enrichissant.

Quel est l'intérêt pour les élèves ? Est-ce que la péda­go­gie inver­sée amé­liore leur réussite ?

J'enseigne en 7e année depuis 16 ans et je constate tous les jours que les élèves ont besoin de répé­ti­tion pour bien assi­mi­ler les notions. Avec la vidéo, ils n'hésitent plus à m'interrompre : dès qu'ils n'ont pas com­pris, ils peuvent cli­quer sur pause, revoir le cours et pro­gres­ser à leur rythme. Autre aspect posi­tif : cela me per­met de mettre en pra­tique le cours avec des exer­cices ou des acti­vi­tés. Je maxi­mise alors le temps auprès de mes élèves. Avant, je voyais les élèves en dif­fi­cul­tés avant ou après la classe : c'était épui­sant pour eux comme pour moi. Aujourd'hui, je cir­cule plus au milieu des élèves et j'ai du temps à consa­crer à ceux qui ont des dif­fi­cul­tés. Les meilleurs n'ont pas besoin d'attendre le groupe car pour chaque module, j'indique l'intégralité des vidéos dis­po­nibles et je pré­pare des fiches d'enrichissement. Comme je veille à ce que les élèves se regroupent et s'auto cor­rigent, il arrive que les meilleurs me rem­placent pour pro­po­ser des exer­cices aux autres. Une émula­tion se crée naturellement.

En France, cette méthode existe mais reste encore mar­gi­nale. Etes-vous un cas isolé au Canada ?

Lorsque j'ai com­mencé à pos­ter mes cours sur Internet, il y a un an, je pen­sais que j'allais être seule. Mais mon compte Twitter m'a per­mis d'entrer en contact avec d'autres ensei­gnants et de consta­ter deux choses : beau­coup uti­lisent la péda­go­gie inver­sée au Québec et cer­tains com­mencent à ten­ter l'expérience dans ma pro­vince du Nouveau-Brunswick. Aussi bien ma direc­tion que le direc­teur géné­ral de mon dis­trict sco­laire m'encouragent ! Je n'ai pas eu à les convaincre, je savais le poten­tiel de cette ini­tia­tive et j'ai eu carte blanche. Ils m'offrent même des occa­sions pour me for­mer aux nou­veaux outils !

Comment ont réagi les parents d'élèves et vos collègues ?

A chaque début d'année, j'organise tou­jours une réunion d'informations. En sep­tembre der­nier, je leur ai envoyé un lien pour leur expli­quer en vidéo ma démarche. Leur réac­tion a été très bonne. Désormais, les parents visionnent mes cours en ligne et com­prennent ainsi mieux le contenu de mes ensei­gne­ments. Leur inter­ven­tion est plus pré­cise pour accom­pa­gner leurs enfants. Mes col­lègues sont inté­res­sés mais cela prend du temps à mettre en place. Au départ, c'est un défi de pas­ser à la classe inver­sée. Je ne passe plus qu'une dizaine de minutes à enre­gis­trer chaque cours mais au début je met­tais 2h.

Avez-vous iden­ti­fié des points néga­tifs dans la pra­tique de la péda­go­gie inversée ?

Mon plus gros chal­lenge, c'est de par­ve­nir à aider tous les élèves gênés et de pal­lier la frac­ture numé­rique. Il y a tou­jours trois ou quatre élèves dans cha­cun de mes groupes qui n'ont pas accès à inter­net à la mai­son. Alors je tente de leur don­ner accès au cours par d'autres moyens : disque com­pact, clé usb pour ceux qui ont un ordi­na­teur... Je par­viens tou­jours à faire en sorte qu'ils aient la même chance que les autres. Mon inten­tion est vrai­ment qu'ils réflé­chissent chez eux, en leur don­nant un petit devoir à la fin de chaque vidéo qui dure rare­ment plus de 8 minutes. L'objectif est simple : que l'on dis­cute ensuite en classe. Il s'agit de gom­mer l'aspect magis­tral du cours pour davan­tage de pra­tique et d'échanges en classe.

Charles Centofanti

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Vos réactions :

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Florent Berthet
le 13 février 2013

Pour ceux que le sujet inté­resse, je vous invite à décou­vrir le site que j'ai créé spé­cia­le­ment sur cette péda­go­gie : http://www.classeinversee.com

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à voir
le 21 février 2013

Bonjour,
C'est une idée qui encou­rage notam­ment les élèves à tra­vailler par eux mêmes ce qui est bien évidem­ment une très bonne chose. On peut néan­moins se poser la ques­tion de ce qui se pas­sera si tous les ensei­gnants mettent en œuvre la même pra­tique...
Les élèves vont se retrou­ver à tra­vailler leurs cours la nuit pour pou­voir les mettre en appli­ca­tion le jour... On peut craindre qu'il y ait une sur­charge de tra­vail, voire à la longue une lec­ture sur­vo­lée des sup­ports péda­go­giques... Je suis donc un peu scep­tique de ce point de vue.

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cheval 53
le 1 mars 2013

Le maté­riel didac­tique est impor­tant pour l'apprentissage. Il peut amé­lio­rer l'acquis des enfants mais l'être humain est néces­saire pour com­plé­ter cet acquis et le rendre pra­ti­cable dans la vie cou­rante.
L'animateur de l'apprentissage qui n'est que le prof doit don­ner de son lui-même pour abou­tir à un objec­tif bien visé, c'est pour cela qu'il doit émettre de temps en temps une décharge affec­tive vers le récep­teur.
L'être humain doit faire cir­cu­ler les connais­sances et les valeurs par l'être humain. A tra­vers la méca­nique on peut avoir des résul­tats qui paraî­tront posi­tifs mais nous contri­buons d'une facon indi­recte à for­mer des auto­mates, et non à façon­ner la femme ou l'homme du futur.

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Annick Arsenault Carter
le 8 mars 2013

L'article ne peut que résu­mer de quoi il s'agit. Il faut aller voir de nos propres yeux qu'il y a encore plus de "décharges affec­tives" qui ne sont pas émises par des "auto­mates" dans une classe inver­sée. La ges­tion des vision­ne­ments de telles cap­sules (1 ou 2 par semaine) amé­liore la rela­tion éduca­tive en classe entre prof et élève qui main­te­nant prennent leur tour à se don­ner de soi-même en classe. Il n'y a pas de sur­charge de tra­vail dans mon cas. Libéré de contenu magis­tral, le cours maxi­mise le temps avec les élèves afin de valo­ri­ser la dif­fé­ren­cia­tion. JE, comme ensei­gnante, cir­cule et je fais décou­vrir les connaissances.

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