Tableau interactif : « une minorité d’enseignants est prête »

L’invité

Marc Philippe est enseignant de technologie, détaché au CRDP de l’académie de Paris pour assister les enseignants aux usages des TICE. Il estime que le tableau numérique interactif rencontre de nombreuses réticences.

Marc Philippe

Marc Philippe

Les enseignants sont-ils prêts à passer au tout-numérique à l’école ?

Honnêtement, non. Ceux qui se lancent sont ceux qui croient au changement et ils sont une minorité. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas toujours les jeunes enseignants qui sont les plus à l’aise avec le TNI . Beaucoup d’entre eux croient maîtriser les outils mais ils perdent du temps, pour une raison simple : ils manquent de culture informatique.

Quels sont les autres freins ?

J’en identifie plusieurs. Il m’arrive de former les enseignants, de la maternelle jusqu’au BTS, sur leur lieu de travail. Et je constate parfois que leur matériel est obsolète et bridé, ce qui rend impossible les mises à jour. Quand le matériel est récent, il n’est pas toujours homogène et il n’existe pas de solution pour importer un travail d’un tableau à l’autre. Autre problème, celui de l’information : nombreux sont les professeurs qui par exemple ne savent pas que l’établissement détenteur d’un TNI dispose d’une licence, laquelle donne le droit d’utiliser le logiciel sur place mais aussi sur les ordinateurs personnels des enseignants.

Par ailleurs, je note aussi un frein culturel : quand je propose d’accompagner des enseignants pendant leur premiers cours avec un TNI, ils sont parfois réticents, pensant que cela risque de perturber les élèves. Dans d’autres pays d’Europe, cela ne pose pourtant aucun problème.

Comment convaincre les réticents de l’utilité  du TNI ?

Ceux qui hésitent à s’en servir ont déjà fait la moitié du chemin et je parviens à les convaincre. Il suffit de leur montrer le côté interactif du TNI, la diversité des supports accessibles : vidéos, sons, images… Un jour, lors d’une formation, une enseignante d’anglais m’a prévenu que ses élèves de seconde n’étaient pas faciles. Nous avons expérimenté le TNI en leur proposant un exercice à trous à partir d’une vidéo envoyée sur leur portable afin qu’ils puissent la réécouter à leur rythme. L’enseignante m’a confié qu’elle n’avait jamais vu ses élèves autant travailler… Autre atout majeur du TNI propre à séduire les enseignants : on peut interrompre un cours et l’enregistrer tel quel pour le reprendre au cours suivant, alors que sur un tableau classique, on efface systématiquement et l’on ne peut donc conserver aucune trace de son travail.

Quels sont les prérequis nécessaires ?

Le TNI ne présente pas de difficultés de prise en main. Il peut être utilisé aussi bien par un enseignant de musique que par un enseignant de latin ou de mathématiques. Une seule condition : savoir utiliser un ordinateur de manière usuelle (organiser les fichiers, les sauvegarder au bon endroit…).

Comment débuter avec le TNI et par quel type d’utilisation ?

Je conseille de commencer par une utilisation simple, de l’utiliser comme un tableau blanc traditionnel. Et puis, petit à petit, d’ajouter des documents, en mettant des éléments en évidence. Ensuite, il est possible de mêler des exercices interactifs. Ce qui bloque c’est la peur de l’erreur. Il faut accepter de ne pas tout maîtriser d’un seul coup ! Certes l’utilisation d’un TNI demande au départ plus de temps de préparation, mais il faut accepter d’en perdre pour en gagner ensuite.

2 commentaires sur "Tableau interactif : « une minorité d’enseignants est prête »"

  1. Boulu  6 février 2013 à 10 h 33 min

    Je me rappelle m’être intéressé à ce tableau il y a quelques années de ça. Il y avait un collègue, ( il y en a toujours un dans chaque école) féru d’ « informatique ». J’avais apporté une clé USB avec une chanson que je me proposais de faire apprendre à mes élèves. Le collègue avait insisté pour que j’affiche les paroles de la chanson au tableau. Pourquoi pas ? Il se proposa donc de m’enseigner la démarche à suivre. Bref… La chanson est apparue sur le tableau au bout de 17 clics de souris et d’un bon quart d’heure de manipulations diverses et variées.

    Ça m’a calmé. Vu mon âge, définitivement.

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  2. Nicolote  10 février 2013 à 15 h 31 min

    Moi, j’adorerais avoir un TBI dans ma classe et cela fait des années que j’en rêve. Mais pour des raisons budgétaires municipales, ça traîne… L’égalité républicaine est une utopie : il faut déjà admettre le constat que les communes ne font pas les mêmes investissements dans les écoles ! Dont celui de l’équipement numérique !

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