Vincent Berger : « Le cours magistral est devenu désuet »

L’invité

Vincent Berger est le rapporteur général des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche. Certaines propositions de son rapport, rendu le 17 décembre à François Hollande, recommandent la fin du cours magistral à l’université. Une « institution » qui, à l’ère du numérique, doit selon lui être repensée. Explications.

Vincent Berger

Vincent Berger

Lors des Assises, la pertinence du cours magistral a été remise en question, pourquoi ?

L’émergence des technologies numériques change la donne. Le numérique, ce n’est pas seulement un outil, c’est aussi un bouleversement de notre rapport aux savoirs. La connaissance est partout, disponible en permanence, sur Internet, sur les téléphones… Cela modifie forcément le rapport à l’enseignant. Il n’est plus le seul dépositaire de la connaissance. Il n’est plus là pour délivrer le savoir mais pour enseigner à « savoir savoir ». Dans ce contexte, le cours en amphithéâtre, qui est unidirectionnel, parait désuet, voire anachronique.

Par quoi seraient alors remplacés ces cours magistraux ?

Il ne faut pas imaginer que le numérique puisse résoudre tous les problèmes et que, par son utilisation, on ne vise que la réalisation d’économies ! Rien ne remplace le contact humain. La valeur ajoutée de l’université aujourd’hui c’est l’humain. Nous préconisons une double approche, avec d’un côté le développement des cours en ligne et de l’autre une nouvelle relation au savoir entre l’enseignant et l’étudiant avec plus de temps consacré au suivi des études. On peut imaginer davantage de travaux dirigés, de travail en petits groupes et d’échanges directs avec les enseignants. C’est une transition qui se fera sur plusieurs années, la transformation des pratiques sera longue.

Comment imaginez-vous cette université en ligne ?

Les Etats-Unis développent déjà l’université en ligne. Ce pays a un modèle d’université qui selon moi n’est pas tenable en France. Aux Etats-Unis l’enseignement supérieur est un marché et où les frais d’inscription sont très élevés. En France, c’est un service public. Cela doit le rester. Mais l’université et l’école en ligne à la française sont à construire. Tout est imaginable, à commencer par une coopération entre les établissements d’enseignement supérieur, avec la mise au « pot commun » de certains cours. Toutes les universités auraient ensuite le droit d’utiliser ces cours. Dans cette configuration, on demanderait aux étudiants de suivre en ligne tel cours avant une date donnée. Bien sûr, cela représenterait un investissement de départ important et un énorme travail de fabrication du « matériau premier » et de réalisation des supports adéquats.

C’est donc l’avenir de nos universités ?

Les universités et les écoles françaises s’ouvriraient à tous, sur le territoire national comme à l’étranger. Tout étudiant motivé pourrait suivre les cours et décrocher un diplôme, qu’il soit malade et dans l’incapacité de se déplacer, qu’il s’agisse des étudiants empêchés, c’est-à-dire en prison, ou encore des élèves francophones basés à l’étranger, en Afrique par exemple. Si l’université française rate ce virage, des structures étrangères s’engouffreront dans la brèche. Lors des Assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche, beaucoup de collègues, qui n’avaient pas vu venir ces changements, en ont pris conscience. C’est devenu un sujet d’indépendance nationale.

Emilie Salvaing

4 commentaires sur "Vincent Berger : « Le cours magistral est devenu désuet »"

  1. A.Nonimo  22 décembre 2012 à 17 h 40 min

    Le problème, c’est que « savoir savoir » n’est qu’une petite partie de ce que nous, enseignants-chercheurs, transmettons. Mieux, nous le transmettons tout en le comprenant plus profondément nous-mêmes, et recevons parfois autant que nous « donnons » en présence de nos étudiants et jeunes chercheurs. Dans cette relation complexe, faite inséparablement de praxis et de théorie (généralement appliquée), d’interaction et d’apprentissage, le savoir est certes central mais articulé à l’ensemble d’une relation humaine : c’est pourquoi – sauf peut-être dans la spécialité de M. Berger, qui n’est ni plus ni moins digne qu’une autre, mais qui n’est qu’une toute petite partie de ce que transmet l’Université -, le rapport direct, en petits groupes (et non en cours magistral comme il a l’air de le croire encore) est irremplaçable. Enfin, penser que les résultats de nos recherches, parfois en cours d’élaboration, pourraient se trouver déjà pré-digérées dans le machin numérique est une curieuse idée, pour un grand savant physicien comme ce Monsieur serait ou passe pour être…

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  2. Gib  5 janvier 2013 à 10 h 43 min

    L’article parle de « nouveau rapport au savoir ». Il est où ce nouveau rapport aux savoirs avec les cours en ligne ? Que de clichés ! Si les cours magistraux sont parfois « imbuvables », les cours « en ligne » le sont parfois pires encore ! Et il ne suffit pas de compléter par des TD pour développer un « nouveau » rapport (rappelons que les TD existent depuis longtemps complémentairement aux cours magistraux !). Bref, s’il est nécessaire aujourd’hui d’inventer un nouveau rapport aux savoirs, les cours en ligne en tant que tels créent plus un artifice de nouveauté qu’autre chose !! Pour créer du changement, il faut repenser les choses en profondeur : ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on invente l’ampoule !!!

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  3. marine baro  7 janvier 2013 à 16 h 50 min

    Exact, le cours magistral est désuet. Voici une autre façon de faire en classe :
    http://marine.baro.free.fr/wordpress/

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  4. Michel Piou  13 janvier 2013 à 21 h 36 min

    La mise en commun des cours réalisés par les enseignants se pratique dans les IUT avec la structure IUTenligne. Un nouveau projet appelé Moodle IUT En Ligne (MIEL) prépare la mise en commun de questionnaires interactifs réalisés sous Moodle.
    Michel Piou

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