Des infirmières scolaires désarmées face à la violence

En pratique

7335 infirmières scolaires, puisqu’il s’agit très majoritairement de femmes, exercent en France en 2012. Mais que sait-on vraiment d’elles ? VousNousIls.fr a recueilli le témoignage de ces acteurs clés de l’éducation, en première ligne face aux phénomènes de violence.

Coups de poings, de compas, de cutter… En matière de violence, les infirmières scolaires ne s’étonnent plus de rien. Ou presque : « Le grand jeu en ce moment c’est de traverser les routes Nationales les yeux fermés », confie Valérie Cottin, infirmière à Trappes (Yvelines) et auteur d’un ouvrage sur son quotidien. « Et il y a des codes », ajoute-t-elle, « il suffit par exemple de rentrer dans les toilettes en parlant pour être frappé. » Joëlle Cerezo, infirmière dans un collège du 15e arrondissement de Marseille, est déconcertée face à cette augmentation de la brutalité, spécialement des garçons envers les filles : « l’inquiétant c’est qu’il y a des filles qui ne trouvent pas anormal de se faire frapper si elles ont eu tort… » Marie-Christine, en poste dans un lycée professionnel à Bourges (Cher), note une progression des jeux dangereux : « mais au lycée, ce sont plutôt les cyber intimidations et les humiliations qui gagnent du terrain. Certains élèves envoient jusqu’à 250 SMS par jour ! »

Le refuge des élèves en échec

Face à cela, les infirmières n’ont qu’un moyen d’action : le dialogue et la prévention. Loin de se cantonner aux visites médicales obligatoires, elles « écoutent, soignent et dépistent », rappelle Valérie Cottin. Elles sont aussi habilitées à renouveler les prescriptions de contraceptifs oraux, datant de moins d’un an, ainsi qu’à délivrer la pilule du lendemain. « Très peu de gens savent ce que nous faisons, y compris parmi nos partenaires proches », estime-t-elle. « Avant nous faisions surtout de la bobologie. Aujourd’hui, ce n’est que 10% de notre temps. »

A les écouter, il n’y a pas de journée type et il arrive que les demandes se bousculent : « dans les établissements sensibles, l’infirmerie est le refuge des élèves en échec et l’échappatoire pour sortir de cours », témoigne Joëlle Cerezo à Marseille. « Quand il y a trop de monde, je ne peux pas toujours répondre efficacement. Ceux qui reviennent plusieurs fois, j’essaie de les garder 1h. Je vais dans leur sens, sans juger. Mon but c’est qu’ils réussissent alors, parfois, je leur fais réviser une leçon. »

Combien d’infirmières scolaires ?

Selon l’édition 2012 de « Repères et références statistiques », disponible sur le site du ministère de l’Education nationale, elles sont 7335. Elles, car le métier est quasi exclusivement féminin.

Marie-Christine indique qu’il faut être patient et attentif pour déceler certains maux : « Quand un élève commence par “Madame, est-ce que je peux vous demander quelque chose ?”, c’est souvent le signe que ça ne va pas fort. » Autre tendance, selon elle : « dans mon secteur, les parents ont de moins en moins de temps et d’argent. Du coup, ils envoient leurs enfants vers nous plutôt que chez le médecin. »

Dialogue difficile avec certains profs

Tenues au secret médical, toutes l’assurent : « Rien ne sort de notre bureau. C’est la base de la confiance avec les élèves. Il est même difficile de faire comprendre à certains profs que nous ne pouvons pas être dans la sanction », insiste Joëlle Cerezo. Seule exception : lorsque l’élève est en danger, « dès lors que nous avons connaissance de faits graves, de menaces de mort, d’une tentative de suicide ou de révélations », précise Valérie Cottin.

Ecoute, orientation, éducation à la santé et à la sexualité, prévention face aux conduites addictives… Les infirmières scolaires sont sur tous les fronts. Patricia, infirmière dans un collège de Maubeuge (Nord), résume : « Avant un élève venait nous voir parce qu’il était malade. Aujourd’hui, nous devons répondre à un imbroglio de situations ». Ce qui rend le métier à la fois complexe et passionnant.

3 commentaires sur "Des infirmières scolaires désarmées face à la violence"

  1. Sabine01 IDE  14 décembre 2012 à 10 h 19 min

    Tout comme les professeurs, les infirmiers scolaires devraient bénéficier d’un poste unique et définitif dans chaque structure. Les enfants des collèges de zone rural ne peuvent se rendre à l’infirmerie qu’une fois par semaine (souvent même une demi-journée !). Résultat : des suicides qui auraient pu être évités, des hypoglycémies graves et d’autres maux moins graves pour nous adultes mais tellement important pour nos ados ! Hélas, le manque de moyen de notre gouvernement n’arrangera rien et des situations critiques, il y en aura encore…

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  2. alain432  18 décembre 2012 à 8 h 37 min

    Faits graves = menaces de mort, tentative de suicide ou révélations ? Une fille qui se fait frapper et ne trouve pas cela anormal, n’est-ce pas déjà un fait grave ? traverser une route les yeux fermés n’est-ce pas déjà un fait grave?
    Le problème est que trop de « bombes » restent dans les bureaux des infirmières scolaires. Elles les gardent en n’étant pas formées pour cela. Elles ne sont pas psychologues. Malheureusement avec toute leur bonne volonté, en accueillant cette détresse et en n’ayant pas l’attitude adaptée, elles contribuent à ce que les problèmes s’enkystent. Elles ont trop souvent sous leurs yeux des ados en très grande souffrance, qui sombrent. En ne remettant pas ces éléments aux parents (qui sont censés être les premiers à protéger leurs enfants) ou aux autorités compétentes si nécessaire (chef d’établissement, ser’vices sociaux, psychologues, justice…) elles deviennent partie intégrantes du problème de ces enfants.
    Mesdames les infirmières, s’il vous plait, arrêtez la « bobologie » psychologique.

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  3. asp80  13 janvier 2013 à 0 h 00 min

    Les autorités supérieures devraient prendre plus « soin » de leurs infirmières en leur proposant de vraies formations continues, pour un travail de qualité elles devraient être assistées d’un personnel type secouriste afin d’avoir aussi des temps pour se poser et ainsi leur permettre une meilleure analyse des situations. Ces personnels n’ont pas de hiérarchie corporatiste leur permettant un vrai travail évalué et reconnu donc elles ont un salaire et des primes très bas a contrario d’autres professionnel de l’EN.
    Elles font un boulot formidable, il faut juste prendre le temps de le découvrir, aidons-les dans leur pratique car aujourd’hui qui à part elles vérifie jusqu’à 4 fois sur 15 ans la vue binoculaire, de loin, de près, des couleurs, la stéréotypie, l’audition, la statique, les troubles des apprentissages, l’hygiène bucco-dentaire et de vie, les vaccinations, la prise de risque de vos enfants, qui parlent de consommation de drogues, de vie affective, … de mal-être, et accompagnent les élèves dans le cadre de la protection de l’enfance (maltraitance). Et en plus elles montent des projets pour avoir des financements pour que des interventions de qualités soient faites à vos enfants, en plus elles gèrent certes la bobologie mais aussi les crises d’appendicites, les occlusions intestinales, les méningites, les traumatismes… alors oui, elles n’appellent pas toujours les parents mais leurs journées sont bien remplies je trouve, car elles ont en moyenne 2000 élèves en charge (collège plus école primaire) !!!

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