03.12.2012
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Relations parents-profs : les enseignants devraient être formés en communication

De plus en plus de parents cherchent à s'immiscer dans la pra­tique ensei­gnante : un far­deau pour les pro­fes­seurs. Comment réagir ? Témoignage d'enseignants et conseils de spécialistes.

Rares sont les ensei­gnants à n'avoir jamais été confron­tés à des parents encom­brants. Beaucoup se plaignent d'une dégra­da­tion des échanges, par­ti­cu­liè­re­ment au col­lège et dans les quar­tiers aisés. « Plus le niveau social des parents est élevé, plus ces der­niers sont intru­sifs », constate Luis, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques dans un col­lège privé à Paris. « Avant, j'enseignais dans un quar­tier moins huppé et je n'avais pas ce souci ». A l'école, les com­por­te­ments dépla­cés existent aussi. Ostiane Mathon, ensei­gnante à mi-temps en CM1 à Paris, for­ma­trice et auteure d'un guide sur la rela­tion parents-enseignants, le recon­naît : « des parents pots de colle, sys­té­ma­ti­que­ment au por­tail de l'école ou qui m'adressent des mes­sages non-stop sur l'agenda, j'en ai connus et ça peut deve­nir pesant. En cas de qui­pro­quo, il ne faut pas hési­ter à les rece­voir en se réfé­rant au cadre. Lorsque ce n'est pas jus­ti­fié, il faut être capable de leur dire qu'on com­prend leurs inquié­tudes mais qu'il n'y a pas d'urgence. » Fabienne (pré­nom modi­fié), pro­fes­seure des écoles en Ile-de-France, dresse le pro­fil des « casse-pieds » : « ils se croient sou­vent "supé­rieurs" à l'enseignant parce ce qu'ils ont un métier à res­pon­sa­bi­li­tés qu'ils estiment plus dif­fi­cile que le nôtre. Ils véri­fient les pro­grammes, cherchent à pié­ger les maî­tresses sur des ques­tions pré­cises, pré­pa­rées en avance, ou sur des points par­ti­cu­liers des pro­grammes... J'ai sou­vent l'impression qu'ils règlent leurs comptes avec l'éducation nationale. »

Présenter le « plan de vol »

Pour Jean-Louis Auduc, ancien direc­teur des études à l'IUFM de Créteil, chargé de cours à Paris 10 sur la connais­sance du sys­tème éduca­tif, il ne faut pas blâ­mer les parents : « ils sont angois­sés face à l'avenir de leurs enfants et com­prennent de moins en moins le sys­tème éduca­tif. » Spécialiste du sujet, il déplore le manque d'informations, à des­ti­na­tion des parents, sur le sys­tème éduca­tif fran­çais : « il n'y a aucune émis­sion d'information sur l'école à la télé­vi­sion ! La France est un des rares pays d'Europe où on ne dit rien aux parents. Or le sys­tème éduca­tif s'est plus trans­formé ces 30 der­nières années que pen­dant les 150 années précédentes. »

Entre autres conseils, Jean-Louis Auduc incite les ensei­gnants à pré­sen­ter le pro­gramme en début d'année : « C'est un peu comme en avion, connaître le plan de vol ras­sure. J'insiste auprès des ensei­gnants : pré­sen­tez le plan de vol lors de la pre­mière réunion. Les parents seront ainsi ras­su­rés et moins intru­sifs. » Jean-Louis Auduc sou­haite aussi que le minis­tère de l'Education réa­lise des docu­ments de vul­ga­ri­sa­tion des pro­grammes. Il appelle aussi de ses vœux l'instauration de cours de com­mu­ni­ca­tion dans la for­ma­tion des ensei­gnants : « ren­con­trer une famille se pré­pare. Il faut se mon­trer pro­fes­sion­nel. Par exemple lorsqu'on annonce une mau­vaise nou­velle ou que l'on oriente un élève vers un spé­cia­liste, il ne faut pas hési­ter à rédi­ger un mot de recom­man­da­tion. » Autre conseil d'Ostiane Mathon : impli­quer au maxi­mum les parents d'élèves, « en tant que per­sonnes res­sources, lors d'un forum des métiers par exemple ».

Jean-Louis Auduc consi­dère cepen­dant que les ten­sions parents-profs sont nor­males : « il faut avoir à l'esprit que pour les parents, leur enfant est la 8e mer­veille du monde. Tandis que l'enseignant, lui, a d'autres élèves à gérer. » Mais Ostiane Mathon, rap­pelle que le plus gros pro­blème est moins celui des parents enva­his­sants que celui des parents « invisibles ».

Charles Centofanti


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Boulu
le 3 décembre 2012

Pour moi les parents les plus gênants ont tou­jours été ceux qui défendent agres­si­ve­ment leurs enfants per­tur­ba­teurs. Pas les parents éduqués qui ne m'ont jamais fait de remon­trances, au contraire. Ce sont donc plus les pauvres que les riches avec les­quels j'ai eu par­fois des pro­blèmes. D'ailleurs, les rubriques de faits divers le prouvent lar­ge­ment. Ce que vous dites relève pour moi du cliché.

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Krokodilo
le 6 décembre 2012

Oui, mais n'oubliez pas que les profs nuls et fai­néants, quoique rares, sont assu­rés d'une totale impu­nité, au point que les établis­se­ments évitent à cer­tains profs de se retrou­ver avec les 3e ou les ter­mi­nales, années à exa­mens... On choi­sit son bou­lan­ger, son gara­giste, plom­bier, den­tiste, mais pas les ensei­gnants de ses enfants. Je pense qu'il fau­drait ins­ti­tu­tion­na­li­ser ces rela­tions, afin que les profs aient un retour, favo­rable ou cri­tique, fil­tré ou condensé qui serait la syn­thèse des avis expri­més par les élèves et les parents.

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cédille
le 7 décembre 2012

Boulu, "Ce sont donc plus les pauvres que les riches avec les­quels j'ai eu par­fois des pro­blèmes."
Cliché il y a peut être dans l'article, mais cli­ché dans vos paroles, ça c'est sur.
Ne peut on pas être "pauvre" et éduqué? j'ose espé­rer que si, issue d'une famille plu­tôt "pauvre" que "riche" je ne pense pas être moins bien éduquée que d'autres...
Je suis assez cho­quée par vos propos.

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alaindaix
le 7 décembre 2012

Je suis adhé­rent FCPE et cherche à appli­quer le mot d'ordre de notre pré­sident au sujet de la réno­va­tion de l'école" la réno­va­tion sera péda­go­gique ou ne sera pas". C'est nou­veau car cela consiste à por­ter un juge­ment sur la péda­go­gis, chasse gar­dée des ensei­gnants. Lorsqu'un parent se per­met de cri­ti­quer un ensei­gnant la réplique est ins­tan­ta­née "pas­sez d'abord les concours et ensei­gnaez, après vous pour­rez par­ler"!! Or il se trouve que je suis un ancien ensei­gnant reraité, après un pro­fes­so­rat et deux agré­ga­tions 33 ans d'enseinement et actuel­lemnt direc­teur péda­go­gique. Je me per­mets donc de pro­po­ser aux ensei­gnants de mon fils qui est au col­lège de décloi­son­ner leurs dis­ci­plines et de tra­vailler en équipe autour de pro­jets qui inté­ressent les élèves. De façon géné­rale, ces élèves s'ennuient en cours et les profs pensent les inci­ter à tra­vailler via une péda­go­gis répres­sive (nota­tion condui­sant à la constante macabre). Une péda­go­gie active consiste à mettre en oeuvre la main à la pâte en pri­maire; les iti­né­raires de décou­verte et les ensei­gne­ments inté­grés de sciences et tech­no­lo­gies au col­lège; les tra­vaux per­son­nels enca­drés au lycée. On ne vous demande pas de clas­ser les élèves en bons (ensei­gne­ment géné­ral), moyen (ensei­gne­ment tech­no­lo­gique), mau­vais (ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel). Sortez de ce cadre dépassé et faites avan­cer le trou­peau en aidant et encou­ra­ge­nat ceux qui ont des dif­fi­cul­tés. Surtout ne met­tez pas en avant l'élitisme qui vou­drait que les classes d'allemand et de latin soient les meilleures et aient droit à tous les avan­tages (voyages, meilleurs profs,..). Ces regrou­pe­ments par classe sont inad­mis­sibles et font l'objet de délit d'initiés. Les élèves doivent être répar­tis dans toutes les classes et être regrou­pés en sec­tions : alle­mand, latin, basket...

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Marco
le 7 décembre 2012

Former les ensei­gnants aux rela­tions avec les parents ... Mais va-t-on arrê­ter un jour dans cette pro­fes­sion de lais­ser croire que tout peut être acquis par la for­ma­tion des ensei­gnants ...? Certaines choses, comme l'intelligence rela­tion­nelle, l'humanité, l'humilité, la confiance en soi et en son tra­vail qui évite un excès de ner­vo­sité à la moindre ques­tion d'un parent, l'engagement dans ce métier d'enseignant par voca­tion et non par défaut... Tout cela ne peut être acquis par aucune for­ma­tion !! Quand repensera-t-on le recru­te­ment des ensei­gnants, plus basé sur des com­pé­tences humaines que tech­niques et livresques ?? Enseignant, je suis conscient que cer­tains parents sont un peu intru­sifs mais aussi que cer­tains ensei­gnants sont si peu inves­tis, intel­li­gents dans leurs expli­ca­tions, bête­ment cor­po­ra­tistes et pro­tes­ta­taires voire adeptes de la vic­ti­mi­sa­tion qu'ils ne devraient pas s'étonner de la mau­vaise image des ensei­gnants dans la popu­la­tion ... Beaucoup d'enseignants sont remar­quables mais ne cachons pas le fait que cer­tains le sont net­te­ment moins, donnent des leçons péremp­toires aux familles, jugent ou ne voient pas l'évidence, comme la dys­lexie, le haut poten­tiel d'un élève qui peut le rendre agité et le mettre en échec... Combien de fois ai-je entendu des phrases du type :" les parents croient que leur fils est un génie, qu'il est pré­coce... Il n'est pas pré­coce puisqu'il a de mau­vaises notes en dic­tée... Et il ne sait pas poser et cal­cu­ler une divi­sion posée" ... Alors que le même ensei­gnant n'a jamais tra­vaillé le sens des opé­ra­tions avant la tech­nique, ou fait faire dic­tée sur dic­tée aux élèves ... Se révol­ter contre une telle péda­go­gie est signé d'intelligence, et deman­der des expli­ca­tions en tant que parent est tout à fait logique !

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Boulu
le 8 décembre 2012

Cédille. Tout à fait d'accord avec vous. On peut être pauvre et éduqué ou riche et inculte etc, etc... Je ne dis le contraire. Je rap­por­tais mon " vécu" et c'est tout. Je n'ai rien ni contre les pauvres ni contre vous.

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Mimi
le 12 décembre 2012

Je crois que le fond du pro­blème est non seule­ment la com­mu­ni­ca­tion mais aussi l'acceptation des dif­fé­rences. Dans ce milieu je trouve qu'il y a beau­coup de pré­ju­gés, d'idées reçues sur les pauvres et les riches, les étran­gers ou les fran­çais. Il y a des imbé­ciles par­tout et ce quelque soit la race ou la caté­go­rie sociale. Bien des conflits peuvent être désa­mor­cés juste en pre­nant le temps de dis­cu­ter, que ce soit avec les parents ou avec les enfants. Et en même temps nous sommes tous humains donc loins d'être irré­pro­chables. Je crois que notre ensei­gne­ment se construit et se for­ti­fie à tra­vers les enfants. J'en apprends autant d'eux qu'ils en apprennent de nous. Les parents intru­sifs nous déplaisent car ils mettent le doigt là où ça ne va pas. Alors certes ils n'y mettent tou­jours pas la forme, mais ça ne fait de mal à per­sonne de se remettre en ques­tion et de remettre en cause notre façon d'enseigner. Il m'est arrivé plu­sieurs fois de me dire qu'une acti­vité sur laquelle j'avais tra­vaillé était en fin de compte mal pré­sen­tée.
Il n'y a pas de mal à ça. C'est comme ça qu'on évolue. Vous savez ce qu'on dit " il n'y a que les c.... qui ne changent pas."
L'implication des parents est impor­tante. Cela ne veut pas dire qu'ils ont tous les droits, mais ils ont tout de même le droit à l'information.
Je crois que cer­tains ensei­gnants devraient faire preuve d'un peu plus d'humilité et cer­tains parents d'un peu plus de sévérité.

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moi
le 12 décembre 2012

Formés en comm. Et s'ils avaient déjà une for­ma­tion ? Leur com­pé­tence est dis­ci­pli­naire, elle est de haut niveau, pour le reste c'est la débrouille et l'expérience ...

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