16.11.2012
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Université : "une situation préoccupante et un échec massif" en licence

Sophie Morlaix, pro­fes­seure en sciences de l'éducation et Cathy Perret, ingé­nieure de recherche à l'université de Bourgogne, ont mené une recherche sur les effets du Plan Réussite en Licence (PRL) lancé en 2007 par Valérie Pécresse, alors ministre de l'enseignement supé­rieur. Entretien avec Sophie Morlaix.
Sophie Morlaix

Sophie Morlaix

Vous poin­tez des résul­tats "déce­vants" du PRL. Quelles sont les rai­sons de cet échec ?

Notre recherche met au jour une situa­tion pré­oc­cu­pante avec un échec mas­sif et des résul­tats moins bons, année après année. Cela pose un cer­tain nombre de ques­tions, notam­ment par rap­port au chan­ge­ment observé, sur six années, dans la struc­ture de la popu­la­tion étudiante arri­vant en L1 : la pro­por­tion de bache­liers non géné­raux aux résul­tats plus médiocres, c'est-à-dire avec moins de men­tion et sou­vent en retard, s'accroît. Autre pro­blème : il n'y a pas eu de consignes pré­cises d'application de ce plan qui défi­nis­sait des objec­tifs très géné­raux (réno­va­tion des conte­nus, mise en place d'un ensei­gnant réfé­rent pour chaque étudiant, accrois­se­ment du volume horaire...) et lais­sait les équipes péda­go­giques libres d'adapter ce plan en fonc­tion des situa­tions locales. Dans une note parue en 2010, l'Inspection Générale de l'Administration, de l'Education Nationale et de la Recherche (IGAEN) poin­tait déjà le fait que les uni­ver­si­tés éprou­vaient " de réelles dif­fi­cul­tés à iden­ti­fier les cré­dits PRL et à en assu­rer le suivi" et que l'application du plan était très inégale selon les universités.

Avez-vous perçu des retom­bées positives ?

On peut sup­po­ser que les résul­tats des étudiants seraient encore plus mau­vais si le PRL n'avait pas vu le jour. Certaines actions peuvent avoir, très ponc­tuel­le­ment, des effets posi­tifs. Par exemple, les actions d'accueil et de suivi péda­go­gique ren­forcé se révèlent plus effi­caces que les actions de métho­do­lo­gie du tra­vail uni­ver­si­taire, en rédui­sant le taux d'abandon des bache­liers issus des séries ES et l'échec des bache­liers issus des séries L.

Comment réduire le taux d'échec en licence et quels sont les défis à rele­ver pour renou­ve­ler l'attractivité de l'université ?

Nos recherches récentes montrent que ce sont prin­ci­pa­le­ment les variables clas­siques, liées au par­cours sco­laire des étudiants (retard, série et men­tion au bac), qui déter­minent le suc­cès à la fin de la pre­mière année uni­ver­si­taire. D'autres fac­teurs doivent être pris en compte : la moti­va­tion des étudiants ou les pra­tiques péda­go­giques des ensei­gnants. Les ana­lyses consa­crées à l'explication des dif­fé­rences de réus­site des étudiants mettent l'accent sur les fac­teurs sociaux et ceux liés au passé sco­laire, pour sou­li­gner la per­sis­tance des inéga­li­tés dans un contexte de mas­si­fi­ca­tion de l'enseignement supé­rieur. Mais ces tra­vaux ne donnent que peu de pistes d'actions pour les acteurs de l'université tra­vaillant à la réus­site des étudiants.

S'intéresser aux pra­tiques péda­go­giques des ensei­gnants du supé­rieur pour­rait per­mettre de trou­ver des leviers pour amé­lio­rer la qua­lité du ser­vice éduca­tif. On s'y est très peu inté­ressé pen­sant qu'un bon cher­cheur est for­cé­ment bon ensei­gnant et bon péda­gogue. Quelques uni­ver­si­tés fran­çaises, dont l'Université de Bourgogne, s'intéressent de près à l'influence des pra­tiques péda­go­giques inno­vantes sur la réus­site. Tous les ensei­gnants du supé­rieur ne sont pas effi­caces de la même façon pour trans­mettre un mes­sage aux étudiants et compte tenu de l'hétérogénéité sco­laire et sociale du public accueilli, il faut réflé­chir à de nou­velles formes de trans­mis­sion du savoir, plus inno­vantes que le cours magistral.

Charles Centofanti

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Cassandre
le 17 novembre 2012

Il semble que le pro­blème soit égale­ment lié à l'absence de pas­sion. Les étudiants sont sou­vent là par défaut, défaut d'une grande école ou même de trou­ver du tra­vail. Pour nombre d'entre eux le tra­vail uni­ver­si­taire per­met d'occuper le temps sans gros­sir la cohorte des chô­meurs. De plus, comme dans toute la filière éduca­tive, on a ouvert la faculté à tout le monde sans pour autant adap­ter les pro­grammes et les méthodes. C'est ce que je constate en par­lant avec tous les jeunes qui me sont confiés

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le 19 novembre 2012

Effectivement, il n'y a pas que des bons ensei­gnants et de bons péda­gogues chez les ensei­gnants, mais il y en a dont on garde de très bons sou­ve­nirs comme c'est le cas pour Madame Sophie Morlaix que j'ai eu la chance d'avoir comme pro­fes­seur en Licence 3.

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