09.11.2012
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Dépression : "avec moins d'élèves par classe, les enseignants y seraient moins exposés"

Fatigue intense, troubles du som­meil, perte d'appétit… Comment savoir s'il s'agit d'un simple coup de déprime à l'approche de l'hiver ou d'une vraie dépres­sion ? Entretien avec le Pr Roland Jouvent, psy­chiatre, chef du ser­vice de psy­chia­trie adultes à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et pro­fes­seur à l'Université Pierre et Marie Curie (Paris VI).

Pr Roland JouventComment dis­tin­guer la déprime pas­sa­gère, le blues hiver­nal, et la vraie dépression ?

Lorsque la tris­tesse cor­res­pond à des événe­ments dou­lou­reux et qu'elle ne dure pas plus d'une dizaine de jours, il n'y a rien d'anormal. Il s'agit le plus sou­vent d'une réac­tion légi­time à un événe­ment dou­lou­reux, à une perte... En revanche, ce qui doit inquié­ter c'est lorsque ce spleen s'accompagne de modi­fi­ca­tions phy­siques : un som­meil per­turbé, une perte d'appétit, des troubles diges­tifs, des dif­fi­cul­tés de concentration...

Le « blues hiver­nal » fait réfé­rence à la sai­son : tout le monde étant sen­sible à la lumière, le besoin de som­meil est natu­rel­le­ment plus impor­tant l'hiver. Sur le plan médi­cal, le corps peut souf­frir d'un défi­cit du neu­ro­mé­dia­teur appelé « séro­to­nine », sécrété notam­ment lorsque l'on mange du cho­co­lat ou que l'on boit de l'alcool. Rien de grave dans la plu­part des cas. Mais la dépres­sion sai­son­nière, bien qu'assez rare, existe. C'est une patho­lo­gie qui, au début de l'hiver, se tra­duit par une hyper­som­nie, une prise de poids signi­fi­ca­tive. C'est le Dr Norman Rosenthal  qui a décou­vert cette mala­die, liée au manque de lumière hiver­nale. En clair, si la tris­tesse dure au moins 15 jours et qu'elle s'accompagne de symp­tômes soma­tiques et psy­cho­lo­giques, on peut alors par­ler de dépression.

Est-on tous égaux face à la dépres­sion ? Quels sont les « ter­rains » favorables ?

Non, nous ne sommes pas tous égaux face à la dépres­sion. Il peut exis­ter un ter­rain fami­lial ou régio­nal favo­rable. Des fac­teurs géné­tiques et envi­ron­ne­men­taux peuvent inter­ve­nir. Ce qui est sûr, c'est que les gens hyper­sen­sibles sont plus vul­né­rables face à la dépres­sion et qu'au fil des géné­ra­tions on remarque qu'ils ont ten­dance à se regrou­per dans les mêmes régions. De la même manière, des carences ou des mal­trai­tances pen­dant l'enfance pré­dis­posent à la dépression.

Les ensei­gnants sont-ils plus expo­sés que d'autres à la dépression ?

Les ensei­gnants ont une sur­charge émotion­nelle et cog­ni­tive évidente. Leur capa­cité atten­tion­nelle, pour le contrôle du groupe, est plus sol­li­ci­tée que dans d'autres pro­fes­sions. Mais ce n'est pas leur métier qui les expose plus à la dépres­sion, c'est plu­tôt le phé­no­mène quan­ti­ta­tif qui joue. Dit autre­ment, s'ils avaient 10 élèves par classe, ils y seraient moins exposés.

Comment réagir pour ten­ter d'enrayer le pro­ces­sus qui mène à la vraie dépression ?

Il y a deux cas de figure. S'il n'y a pas d'antécédents par­ti­cu­liers, il suf­fit de res­pec­ter les cycles veille/sommeil, de faire des pauses dans la jour­née, et de sol­li­ci­ter une aide pour sur­mon­ter des événe­ments dou­lou­reux. La lumière et le sport font par­tie de l'hygiène de vie en amont, ce sont des fac­teurs qui per­mettent d'être moins vul­né­rables. En revanche, pour les gens qui ont déjà fait une vraie dépres­sion, un trai­te­ment est nécessaire.

A quel moment faut-il consul­ter et existe-t-il des trai­te­ments efficaces ?

Dès que les symp­tômes de la dépres­sion appa­raissent, il faut consul­ter. Lorsque la dépres­sion est ins­tal­lée, elle se soigne très bien en un mois dans 7 cas sur 10, prin­ci­pa­le­ment avec des anti­dé­pres­seurs pres­crits avec minu­tie. Ensuite, pour pré­ve­nir la rechute au sor­tir de la dépres­sion, il est conseillé de suivre une psychothérapie.

Charles Centofanti

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tacatac
le 9 novembre 2012

Qui entend cette per­sonne? Gavons-nous de pilules roses, c'est bien mieux pour tout le monde.

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