Dépression : « avec moins d’élèves par classe, les enseignants y seraient moins exposés »

L’invité

Fatigue intense, troubles du sommeil, perte d’appétit… Comment savoir s’il s’agit d’un simple coup de déprime à l’approche de l’hiver ou d’une vraie dépression ? Entretien avec le Pr Roland Jouvent, psychiatre, chef du service de psychiatrie adultes à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière et professeur à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI).

Pr Roland JouventComment distinguer la déprime passagère, le blues hivernal, et la vraie dépression ?

Lorsque la tristesse correspond à des événements douloureux et qu’elle ne dure pas plus d’une dizaine de jours, il n’y a rien d’anormal. Il s’agit le plus souvent d’une réaction légitime à un événement douloureux, à une perte… En revanche, ce qui doit inquiéter c’est lorsque ce spleen s’accompagne de modifications physiques : un sommeil perturbé, une perte d’appétit, des troubles digestifs, des difficultés de concentration…

Le « blues hivernal » fait référence à la saison : tout le monde étant sensible à la lumière, le besoin de sommeil est naturellement plus important l’hiver. Sur le plan médical, le corps peut souffrir d’un déficit du neuromédiateur appelé « sérotonine », sécrété notamment lorsque l’on mange du chocolat ou que l’on boit de l’alcool. Rien de grave dans la plupart des cas. Mais la dépression saisonnière, bien qu’assez rare, existe. C’est une pathologie qui, au début de l’hiver, se traduit par une hypersomnie, une prise de poids significative. C’est le Dr Norman Rosenthal  qui a découvert cette maladie, liée au manque de lumière hivernale. En clair, si la tristesse dure au moins 15 jours et qu’elle s’accompagne de symptômes somatiques et psychologiques, on peut alors parler de dépression.

Est-on tous égaux face à la dépression ? Quels sont les « terrains » favorables ?

Non, nous ne sommes pas tous égaux face à la dépression. Il peut exister un terrain familial ou régional favorable. Des facteurs génétiques et environnementaux peuvent intervenir. Ce qui est sûr, c’est que les gens hypersensibles sont plus vulnérables face à la dépression et qu’au fil des générations on remarque qu’ils ont tendance à se regrouper dans les mêmes régions. De la même manière, des carences ou des maltraitances pendant l’enfance prédisposent à la dépression.

Les enseignants sont-ils plus exposés que d’autres à la dépression ?

Les enseignants ont une surcharge émotionnelle et cognitive évidente. Leur capacité attentionnelle, pour le contrôle du groupe, est plus sollicitée que dans d’autres professions. Mais ce n’est pas leur métier qui les expose plus à la dépression, c’est plutôt le phénomène quantitatif qui joue. Dit autrement, s’ils avaient 10 élèves par classe, ils y seraient moins exposés.

Comment réagir pour tenter d’enrayer le processus qui mène à la vraie dépression ?

Il y a deux cas de figure. S’il n’y a pas d’antécédents particuliers, il suffit de respecter les cycles veille/sommeil, de faire des pauses dans la journée, et de solliciter une aide pour surmonter des événements douloureux. La lumière et le sport font partie de l’hygiène de vie en amont, ce sont des facteurs qui permettent d’être moins vulnérables. En revanche, pour les gens qui ont déjà fait une vraie dépression, un traitement est nécessaire.

A quel moment faut-il consulter et existe-t-il des traitements efficaces ?

Dès que les symptômes de la dépression apparaissent, il faut consulter. Lorsque la dépression est installée, elle se soigne très bien en un mois dans 7 cas sur 10, principalement avec des antidépresseurs prescrits avec minutie. Ensuite, pour prévenir la rechute au sortir de la dépression, il est conseillé de suivre une psychothérapie.

1 commentaire sur "Dépression : « avec moins d’élèves par classe, les enseignants y seraient moins exposés »"

  1. tacatac  9 novembre 2012 à 16 h 45 min

    Qui entend cette personne? Gavons-nous de pilules roses, c’est bien mieux pour tout le monde.

    Répondre

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