29.10.2012
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Faut-il encore noter les élèves ?

En se pro­non­çant contre les notes "sanc­tion" et pour une "évalua­tion posi­tive", François Hollande a relancé le débat sur la nota­tion à l'école. Syndicats et ensei­gnants sont favo­rables à une évalua­tion valo­ri­sant davan­tage la pro­gres­sion des élèves. Témoignages.

Le ser­pent de mer de l'école sans notes resur­git ! Tandis que le rap­port issu de la concer­ta­tion sur l'école prône « une évalua­tion posi­tive simple et lisible, valo­ri­sant les pro­grès » plu­tôt qu'une « notation-sanction », François Hollande pré­co­nise d'« indiquer un niveau » plu­tôt que de « sanctionner ».

Les syn­di­cats d'enseignants s'étonnent du terme sanc­tion : « il est déjà inter­dit de mettre un zéro pour des pro­blèmes de com­por­te­ment », rap­pelle Frédérique Rolet, co-secrétaire géné­rale du SNES–FSU, « et, en géné­ral, les ensei­gnants expli­citent leur évalua­tion ». Albert-Jean Mougin, vice-président natio­nal du SNALC, conteste aussi l'expression car elle « sous-entend qu'il y a une volonté de faire tom­ber les élèves alors que la nota­tion posi­tive est déjà pra­ti­quée ! » Dans le pre­mier degré, Sébastien Sihr, secré­taire géné­ral du SNUipp–FSU déplore une « course à l'évaluation » ces der­nières années : « l'institution a déve­loppé des dis­po­si­tifs qui ont perdu leur visée péda­go­gique au béné­fice du pilo­tage. Le temps de l'évaluation a gri­gnoté le temps de l'apprentissage. »

« Les notes ne sont pas là pour punir »

La solu­tion ? Les syn­di­cats d'enseignants s'accordent à dire qu'une évalua­tion valo­ri­sant mieux la pro­gres­sion des élèves est néces­saire. « Il faut des­ser­rer la pres­sion sur les notes », pré­cise Frédérique Rolet, « elles ne sont pas là pour punir, il m'arrive de redon­ner une évalua­tion à un élève qui a eu une mau­vaise note. S'il fait l'effort de la refaire, je prends la deuxième note. » Albert-Jean Mougin sou­ligne que la note sur 20 ne doit pas être aban­don­née : « elle est un élément de repère qui date de la numé­ra­tion cel­tique ! Elle a le mérite de per­mettre une sub­ti­lité importante. Estimer un tra­vail n'est pas trau­ma­ti­sant à condi­tion qu'un enfant soit évalué sur des cri­tères objec­tifs, à l'aide d'une nota­tion régu­lière mais pas obsessionnelle. »

Camille Bedin, secré­taire natio­nale de l'UMP en charge de l'égalité des chances, est pour sa part oppo­sée à la sup­pres­sion des notes et du clas­se­ment qui crée une « émula­tion ». Selon elle, il faut tou­te­fois réflé­chir à un com­plé­ment à la nota­tion « clas­sique » : « pour­quoi pas un sys­tème de lettres qui évalue­rait la pro­gres­sion ? Aujourd'hui, le pro­blème c'est que les profs n'expliquent pas, ou rare­ment, ce sur quoi il faut s'améliorer. Et il faut don­ner une marge de manœuvre aux établis­se­ments où les dif­fi­cul­tés sont impor­tantes afin qu'ils puissent noter différemment. »

« A l'école pri­maire, les notes donnent un reflet faussé »

Julie(1), pro­fes­seur de fran­çais dans un col­lège en Essonne, indique que pour de nom­breux ensei­gnants, la sup­pres­sion de la note est inen­vi­sa­geable : « ce serait remettre en ques­tion leur auto­rité et le seul mode d'évaluation que nous avons le sen­ti­ment de maî­tri­ser ». L'évaluation posi­tive est une bonne idée mais pas vrai­ment nou­velle : « quand je cor­rige une rédac­tion, je note plus géné­reu­se­ment un élève qui fait des pro­grès qu'un élève à l'aise mais qui n'a fait aucun effort. Cette sub­jec­ti­vité n'est pas admise offi­ciel­le­ment mais elle est le seul moyen de conser­ver l'intérêt d'élèves qui font des efforts. » Julie va plus loin : « dans cer­tains établis­se­ment de type ZEP, les notes ne riment plus à rien ! Le niveau est tel­le­ment bas qu'une nota­tion “objec­tive” revien­drait à mettre 5 à tout le monde, ce qui entraî­ne­rait révolte et décou­ra­ge­ment. » Selon l'enseignante, le sys­tème de nota­tion atteint ses limites pour les élèves en grande dif­fi­culté, « mais ce ne sont pas seule­ment les méthodes des profs qu'il fau­dra chan­ger, c'est toute une men­ta­lité des parents et des élèves ! »

Delphine(1), pro­fes­seur des écoles en Ile-de-France, estime pour sa part qu'il est pos­sible de se pas­ser des notes, sou­vent vécues comme une sanc­tion, « au moins en pri­maire ». « Les notes donnent sou­vent un reflet faussé du niveau des élèves. En CM1, un élève peut obte­nir un 16/20 en maths et ne pas avoir acquis 2 com­pé­tences sur 4 ! Je note donc avec A,B,C ou D et par com­pé­tence. On note sur 20 à par­tir du CM1 pour pré­pa­rer au col­lège mais l'an der­nier une de mes col­lègues s'est faite incen­dier par un papa qui trou­vait que l'appréciation de la maî­tresse ne cor­res­pon­dait pas avec les notes de sa fille. Elle avait 12 ou 13 de moyenne... En pri­maire, c'est un petit niveau. »

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Les prénoms ont été modifiés.

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Vincent R
le 2 novembre 2012

Quelle drôle d'histoire !

La nota­tion est un élément péda­go­gique (le seul) ser­vant au pro­fes­seur pour mesu­rer l'assimilation d'une notion par la classe, en fonc­tion de ce qu'attend l'institution d'une part, et de ce que le pro­fes­seur pense être ou sait être incon­tour­nable d'autre part. Les deux der­nières n'étant pas for­cé­ment incom­pa­tibles.
Evidemment, on peut alors me rétor­quer que l'évaluation qua­li­ta­tive (lettres, com­pé­tence...) pour­rait faire l'affaire.
Non, ce n'est abso­lu­ment pas le cas.
D'abord, ces der­nières ne sont pas au point; on ris­que­rait de mettre en place un sys­tème dont on ne mesure pas tota­le­ment les consé­quences, or nous ne sommes pas des apprentis-sorciers mais des pro­fes­seurs : on ne joue pas avec nos élèves.
Ensuite, ce serait refu­ser à l'école son rôle de sélec­tion. Oui, j'ai bien écrit sélec­tion. Que préférez-vous ? Une école qui sélec­tionne suf­fi­sam­ment tôt les élèves et les oriente vers une filière cor­res­pon­dant le plus à leur niveau et leur sou­hait ou une école, comme main­te­nant, qui donne l'illusion qu'ils sont capables d'être uni­ver­si­taires, et plus tard, quand c'est trop tard, les voir ali­men­ter les 60% d'échecs sur la L1 ?

Enfin, ce n'est pas l'élève que l'on note, même pas non plus son tra­vail. Mais le résul­tat d'un tra­vail.
Peut-être serait-il bon de le rappeler.

Vincent R

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Pierrotlao
le 2 novembre 2012

o Évalua­tion : « Mettre des notes ou ne pas mettre de notes » est un faux-débat :
La com­pé­ti­tion entre les élèves est un mau­vais mode de sti­mu­la­tion et de moti­va­tion Seule la com­pé­ti­tion contre moi-même est une bonne sti­mu­la­tion.
L’évaluation doit être faite par rap­port à des objec­tifs défi­nis en termes d’actions mesu­rables Il est ainsi plus aisé de dire si l’objectif est atteint ou non atteint, et de vali­der des com­pé­tences. On peut ajou­ter, « objec­tif en voie d’acquisition » et davan­tage pré­ci­ser le tra­vail à faire pour atteindre l’objectif.
Pour une bonne (vraie) évalua­tion il faut réa­li­ser l’organisation sui­vante :
Il faut d’abord bien défi­nir les objec­tifs à évaluer en termes d’actions mesu­rables.
Il faut ensuite défi­nir les cri­tères de l’évaluation, ce qui per­met­tra de dire si l’objectif est atteint ou non. Préciser aussi si l’orthographe sera prise en compte ainsi que la pré­sen­ta­tion et la lon­gueur d’un texte par exemple, ou la des­crip­tion de la démarche uti­li­sée.
Il faut égale­ment pré­ci­ser les condi­tions de réa­li­sa­tions : Avec ou sans aide (dic­tion­naire, cal­cu­la­trice, avec un com­pas, en groupe avec l’aide d’un adulte, seul, en temps limité ou non.
Si le résul­tat attendu est atteint, l’élève peut avec un peu de pra­tique lui-même évaluer son tra­vail ; on revient alors à une saine com­pé­ti­tion avec soi-même, voire avec la mise en œuvre spon­ta­née d’un com­por­te­ment de recherche de cor­rec­tion de son propre tra­vail. On déve­loppe aussi de façon spec­ta­cu­laire l’autonomie de l’élève et de l’enfant, ce qui doit res­ter un objec­tif final du col­lège.
En résumé, il faut dire ce qui va être évalué, com­ment et ce qui mon­trera l’atteinte des objectifs.

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alaindaix
le 2 novembre 2012

Mr Rolet, si votre élève a eu une mau­vaise note, c'est qu'il n'a pas com­pris. Si vous lui faites refaire l'évaluation sans lui avoir fait com­prendre, vous obtien­drez le même résul­tat ! Votre atti­tude est carac­té­ris­tique des ensei­gnants fran­çais qui ne s'intéressent pas aux "mau­vais" élèves et conti­nuent à appli­quer le sys­tème bien connu de la "constante macabre" : il faut 1/3 de "mau­vais" pour valo­ri­ser le 1/3 de "bons". Ce qui conduit à la sor­tie du col­lège vers l'orientation subie : mau­vais en ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel, moyens en ensei­gne­ment tech­no­lo­gique, bons en ensei­gne­ment géné­ral. C'est ainsi que 50% des poly­tech­ni­ciens sont des enfants de profs. Ces der­niers, ini­tiés aux filières d'élite (alle­mand en par­ti­cu­lier), ont dès l'école pri­maire orienté leurs enfants de telle sorte qu'ils soient dans les "bons". Nous sommes les cham­pions de l'injustice sociale !!

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byor
le 3 novembre 2012

Pour moi, la note sert à comp­ter le nombre de bonnes réponses par rap­port aux ques­tions. Mes élèves –et leurs parents– savent qu'elle me per­met de savoir qui a besoin d'être aidé. Je note par com­pé­tences ce qui per­met de mieux déter­mi­ner les lacunes ou dif­fi­cul­tés. La note me per­met d'utiliser un logi­ciel d'aide à l'évaluation Livret One Click qui édite les bul­le­tins. Ce logi­ciel a besoin de nombres pour cal­cu­ler. Les "notes et moyennes" sont tra­duites en pour­cen­tages accom­pa­gnés d'un libellé. Ce libellé est ensuite colo­rié par les élèves : A vert, AR jaune, ECA orange, NA rouge. Les élèves se rendent ainsi compte de leurs dif­fi­cul­tés et peuvent mieux les affron­ter. Ils n'y trouvent rien à redire, leurs parents non plus. C'est un por­trait de réus­site qui est dressé, nous tra­vaillons ensuite à amé­lio­rer ce por­trait.
Je pense que cela dépend de l'utilisation des notes qui est faite.
Bernard Y

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Boulu
le 3 novembre 2012

En 36 ans d'enseignement en pri­maire en Bretagne, je n'ai jamais mis une note chif­frée à mes élèves. Mes ins­pec­teurs ne vou­laient pas. Dont acte.
Cette polé­mique autour des notes m'étonne beaucoup.

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Nico
le 9 novembre 2012

On voit l'efficacité des évalua­tions par com­pé­tences : depuis la mise en place au col­lège, je ne constate aucune hausse du niveau des élèves qui arrivent au lycée, c'est même l'inverse. Maintenant on dit "en cours d'acquisition" pour ne pas mettre une note basse, cela n'est qu'un cache misère, on se masque la réa­lité. D'autre part, mettre une note n'empêche pas de revoir ensuite ce qui n'a pas été com­pris et de modi­fier la note en consé­quence. Maintenant qu'on ne mette pas de note jusqu'au CE2 pour­quoi pas, il faut lais­ser le temps aux enfants de com­prendre ce qu'est la note.

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Gib
le 9 novembre 2012

Evaluer la pro­gres­sion existe déjà ! Le pro­blème avec ce sys­tème c'est que "noter" une pro­gres­sion n'a aucun sens : le "bon élève" pro­gres­sera peu (quelle note alors s'il passe du 16/20 au 17 ??) et le "mau­vais", s'il a une marge de pro­gres­sion plus grande com­ment le "noter" (s'il passe du 1/20 au 6/20 ??). Dans le sys­tème que vous pro­po­sez où c'est la pro­gres­sion qui est appré­ciée et donc notée, le "mau­vais" (et non moins méri­tant) se retrou­vera quand même avec une note supé­rieure au "bon", ce qui est injuste et pour tout dire ridicule !

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