26.10.2012
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Morale laïque : "l'école ne peut pas suppléer toutes les difficultés sociales"

Alain Bergounioux, ins­pec­teur géné­ral de l'Education Nationale et pro­fes­seur asso­cié à Sciences Po Paris, est l'une des trois per­son­na­li­tés nom­mées en octobre pour diri­ger une mis­sion de réflexion sur la morale laïque à l'école. Alors que ses tra­vaux vont débu­ter en novembre en vue de la livrai­son d'un rap­port en mars 2013, Alain Bergounioux dévoile les grandes lignes de ses recherches.

Alain Bergounioux (photo DR)Quel est l'objectif de la mis­sion de réflexion que vous conduisez ?

Le ministre de l'Education natio­nale, Vincent Peillon, nous (1) a demandé de réflé­chir aux condi­tions de l'enseignement laïc de la morale à l'école. Beaucoup de choses se font déjà aujourd'hui, à l'école pri­maire notam­ment, mais cet ensei­gne­ment pour­rait être mieux pensé dans sa conti­nuité, de l'école jusqu'au lycée. Se pose le pro­blème de la coha­bi­ta­tion avec l'Education civique, juri­dique et sociale (ECJS) qui, depuis 2001, est au pro­gramme au lycée. Notre mis­sion est, entre autres, de bien défi­nir ce que l'on entend par « morale commune ».

Comment allez-vous procéder ?

De manière clas­sique : nous allons réa­li­ser un état des lieux de ce qui est fait actuel­le­ment dans les dif­fé­rents niveaux de l'éducation, en obser­vant la situa­tion dans les autres pays d'Europe. A par­tir de début novembre et jusqu'au mois de mars, nous pra­ti­que­rons des audi­tions : d'enseignants, de cher­cheurs, de per­son­na­li­tés, d'anciens res­pon­sables de l'Education natio­nale... Toutefois, il ne s'agit pas d'une com­mis­sion mais d'une mis­sion : nous n'allons donc pas audi­tion­ner la France entière, le dis­po­si­tif est plus léger.

L'absence de ces leçons de morale, autre­fois pré­sentes quo­ti­dien­ne­ment à l'école, peut-elle expli­quer en par­tie la perte des valeurs actuelles ?

Les leçons de morale ne sont pas absentes de l'école. Depuis 2008, l'ins­truc­tion morale et civique est au pro­gramme en pri­maire. Simplement, l'école ne peut pas sup­pléer toutes les dif­fi­cul­tés de la société...

Allez-vous vous ins­pi­rer d'expériences à l'étranger, en par­ti­cu­lier dans les pays européens  ?

Bien sûr ! Nous allons étudier atten­ti­ve­ment les pra­tiques en Belgique, pays qui pro­pose un ensei­gne­ment non confes­sion­nel de la morale, en Angleterre, en Suisse ou encore au Canada et plus pré­ci­sé­ment au Québec.

Les ensei­gnants sont-ils moti­vés à l'idée de s'emparer de cette « nou­velle » discipline ?

Les ensei­gnants y sont favo­rables sur le prin­cipe. Mais leur réac­tion dépen­dra sur­tout de l'actualité, des pré­oc­cu­pa­tions du moment et des pro­po­si­tions que nous leur ferons en mars 2013. Une chose est sûre : ce ne pourra pas être seule­ment une adap­ta­tion, il fau­dra aller plus loin. Nous avons besoin de l'éducation civique mais aussi d'un ensei­gne­ment laïc de la morale en tant que tel.

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Avec Laurence Loeffel, professeure des universités en Sciences de l’éducation à l’Université Charles de Gaulle-Lille 3 ; et Rémy Schwarts, conseiller d’Etat et professeur associé à l’université de Paris.
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manue
le 26 octobre 2012

Je suis d'accord avec le fait que l'école ne peut tout régler.
A quoi cela sert-il de trans­mettre des valeurs qui ne sont plus por­tées par cer­tains parents eux-mêmes ou par la société ?
La morale exis­tait autre­fois à l'école comme une conti­nuité de la vie civile et morale. Les enfants et ado­les­cents com­prennent ce qu'ils voient et vivent, pas seule­ment les "leçons".
Ce sont les adultes qui servent de modèle en quelque sorte. Est-ce le cas aujourd'hui ? Pas tou­jours je trouve, cer­taines per­sonnes attendent tout de l'école, cela devient vrai­ment insup­por­table !
Et si encore nous avions du TEMPS ! mais l'institution demande tel­le­ment ! c'est épui­sant.
Je constate beau­coup de stress au tra­vail et pour­tant nous ne sommes pas un établis­se­ment par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile. Je me demande com­ment font les autres !

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antoine
le 26 octobre 2012

La morale laïque n'existe pas. Mais dans un pays laïque il y a des lois ; il est inad­mis­sible que ces lois soient igno­rées des enfants qui sortent de la période d'enseignement obligatoire.

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sueur
le 27 octobre 2012

Avant de faire des leçons de morale aux autres, iIl est néces­saire que l'adulte ait un com­por­te­ment exem­plaire.
Ce n'est pas le cas de nos dépu­tés lorsqu'on les voit se "crê­per le chi­gnon" lors des audiences de l'assemblée nationale.

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claudie
le 7 novembre 2012

Je suis d'accord avec les obser­va­tions des com­men­taires pré­cé­dents. La com­mu­ni­ca­tion avec les parents est dif­fi­cile. Il y a bien sou­vent un fossé (pas tou­jours heu­reu­se­ment) entre les attentes de l'école et l'éducation que les parents donnent ou croient don­ner à leurs enfants. En revanche pour ce qu'ils ne par­viennent pas à obte­nir à la mai­son, ils espèrent que l'école va prendre le relais.
L'exemple au sein de l'Hémicycle notam­ment me laisse bien son­geuse. Comment des gens qui ont des com­por­te­ments aussi peu civiques sans même avoir la décence d'être dis­crets peuvent deman­der aux ensei­gnants de don­ner des leçons de morale aux enfants. Quand on voit des pho­tos de par­le­men­taires endor­mis ou les bancs de l'assemblée à moi­tié vides, on se demande quelle image nos élus poli­tiques véhiculent.

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