Morale laïque : "l'école ne peut pas suppléer toutes les difficultés sociales"
Quel est l'objectif de la mission de réflexion que vous conduisez ?
Le ministre de l'Education nationale, Vincent Peillon, nous (1) a demandé de réfléchir aux conditions de l'enseignement laïc de la morale à l'école. Beaucoup de choses se font déjà aujourd'hui, à l'école primaire notamment, mais cet enseignement pourrait être mieux pensé dans sa continuité, de l'école jusqu'au lycée. Se pose le problème de la cohabitation avec l'Education civique, juridique et sociale (ECJS) qui, depuis 2001, est au programme au lycée. Notre mission est, entre autres, de bien définir ce que l'on entend par « morale commune ».
Comment allez-vous procéder ?
De manière classique : nous allons réaliser un état des lieux de ce qui est fait actuellement dans les différents niveaux de l'éducation, en observant la situation dans les autres pays d'Europe. A partir de début novembre et jusqu'au mois de mars, nous pratiquerons des auditions : d'enseignants, de chercheurs, de personnalités, d'anciens responsables de l'Education nationale... Toutefois, il ne s'agit pas d'une commission mais d'une mission : nous n'allons donc pas auditionner la France entière, le dispositif est plus léger.
L'absence de ces leçons de morale, autrefois présentes quotidiennement à l'école, peut-elle expliquer en partie la perte des valeurs actuelles ?
Les leçons de morale ne sont pas absentes de l'école. Depuis 2008, l'instruction morale et civique est au programme en primaire. Simplement, l'école ne peut pas suppléer toutes les difficultés de la société...
Allez-vous vous inspirer d'expériences à l'étranger, en particulier dans les pays européens ?
Bien sûr ! Nous allons étudier attentivement les pratiques en Belgique, pays qui propose un enseignement non confessionnel de la morale, en Angleterre, en Suisse ou encore au Canada et plus précisément au Québec.
Les enseignants sont-ils motivés à l'idée de s'emparer de cette « nouvelle » discipline ?
Les enseignants y sont favorables sur le principe. Mais leur réaction dépendra surtout de l'actualité, des préoccupations du moment et des propositions que nous leur ferons en mars 2013. Une chose est sûre : ce ne pourra pas être seulement une adaptation, il faudra aller plus loin. Nous avons besoin de l'éducation civique mais aussi d'un enseignement laïc de la morale en tant que tel.
Charles Centofanti
- (1) Avec Laurence Loeffel, professeure des universités en Sciences de l’éducation à l’Université Charles de Gaulle-Lille 3 ; et Rémy Schwarts, conseiller d’Etat et professeur associé à l’université de Paris.


Je suis d'accord avec le fait que l'école ne peut tout régler.
A quoi cela sert-il de transmettre des valeurs qui ne sont plus portées par certains parents eux-mêmes ou par la société ?
La morale existait autrefois à l'école comme une continuité de la vie civile et morale. Les enfants et adolescents comprennent ce qu'ils voient et vivent, pas seulement les "leçons".
Ce sont les adultes qui servent de modèle en quelque sorte. Est-ce le cas aujourd'hui ? Pas toujours je trouve, certaines personnes attendent tout de l'école, cela devient vraiment insupportable !
Et si encore nous avions du TEMPS ! mais l'institution demande tellement ! c'est épuisant.
Je constate beaucoup de stress au travail et pourtant nous ne sommes pas un établissement particulièrement difficile. Je me demande comment font les autres !
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